Ce samedi, France 2 diffuse la deuxième demi-finale des sélections pour la chanson qui représentera la France à l'Eurovision, en mai prochain. Si "Mercy", l'une des favorites, l'emporte, elle s'inscrira dans une longue tradition de chansons engagées dans ce concours.

Jamala, gagnante du concours en 2016 pour l'Ukraine
Jamala, gagnante du concours en 2016 pour l'Ukraine © AFP / Maja Suslin / TT / TT News Agency

La chanson, interprétée par le duo Madame Monsieur, s'appelle "Mercy", et figure parmi les favorites des commentateurs, parmi les neuf qui seront présentées samedi sur France 2, pour accéder à la finale de "Destination Eurovision", et peut-être partir à Lisbonne pour représenter la France à l'Eurovision, en mai prochain. 

Mais derrière son arrangement très pop et moderne, la chanson raconte une histoire vraie, celle d'un bébé né sur l'Aquarius, ce bateau de l'association SOS Méditerrannée qui porte secours aux migrants en mer. La petite Mercy ("miséricorde" en français) est née le 21 mars 2017. Elle pourrait donc être l'héroïne d'une chanson présentée au concours de l'Eurovision.

Et si la chanson de Madame Monsieur finit par atteindre la scène de l'Altice Arena de Lisbonne, elle s'inscrira dans une longue tradition de chansons qui ont profité de l'exposition qu'apporte l'Eurovision (jusqu'à 200 millions de téléspectateurs) pour évoquer la politique, la société, le monde d'aujourd'hui. En voici cinq exemples, qui ont plus ou moins fait polémique.

2016 : Jamala, la victoire en plein conflit Ukraine-Russie

En 2016, la chanteuse ukrainienne Jamala remporte le concours de l'Eurovision en battant le record du nombre de points obtenus (534 points). Cette chanson évoque la déportation des Tatars de Crimée en 1944. Sur fond de conflit entre l'Ukraine et la Russie après l'annexion de la Crimée en 2014, la chanson est vue comme une provocation par la Russie. Avec la victoire de Jamala, l'édition 2017 du concours se déroule à Kiev, et aucun candidat Russe n'y était présent - la chanteuse pressentie pour la Russie ayant été interdite d'entrée en Ukraine. 

2015 : Lisa Angell, le contre-exemple

En 2015, la France déjà avait tenté de faire référence à l'Histoire. Soixante-dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, elle chantait "N'oubliez pas" sur fond d'images de guerre et de paysages dévastés. Pour cette fois, c'est raté : la France n'emporte que quatre points et finit avant-dernière. 

2007 : Verka Serduchka, fausse chanteuse avec vrai message ?

Derrière le personnage de l'extravagante Verka Serduchka se cache le comédien Andrii Danylko. Et si, en Ukraine, c'est le fait que ce soit une drag queen qui représente le pays, ça ne pose pas de problème au public, qui la classe deuxième. Mais la vraie controverse vient des paroles de la chanson : que signifie "Lasha Tumbai", chanté à plusieurs reprises dans le refrain ? Pour plusieurs observateurs, il s'agit en fait des mots "Russia goodbye" : déjà, les tensions entre la Russie et l'Ukraine font jaser. 

1998 : Dana International, première candidate transsexuelle

En 1998, la chanteuse Dana International remporte le concours et offre une troisième victoire à Israël. Bien connue dans son pays, la chanteuse a attiré l'attention de tous les médias : elle était la première artiste transsexuelle à participer à l'Eurovision. La chanson (interprétée en hébreu, langue nationale, comme l'imposait le concours avant 1999), est une ode aux femmes et aux déesses que furent Cléopâtre, la Victoire romaine et Aphrodite.

1974 et 1975 : le Portugal en pleine révolution des oeillets

En 1974, Paulo de Carhvalho chante E depois do adeus ("Et après l'adieu"), alors que le climat social est tendu au Portugal. La chanson ne fait pas de vague, elle finit même bonne dernière du concours. Mais quelques semaines plus tard, cette chanson connait un second souffle : elle est choisie comme signal secret pour lancer, lors d'une diffusion à la radio, le coup d'Etat militaire contre la dictature. 

L'année qui suit, le Portugal décide de rendre hommage à cette révolution des oeillets avec la chanson "Madrugada" ("Aube" en français) de Duarte Mendes. Le chanteur avait prévu d'arriver sur scène avec un uniforme et un fusil. 

1974 (aussi) : Gigliola Cinquetti a-t-elle exprimé son vote ?

En 1974, l'Italie est divisée sur la question d'autoriser ou non le divorce, question soumise à un référendum. Et en pleine campagne électorale, la chanteuse Gigliola Cinquetti, déjà lauréate du concours en 1964, choisit de chanter Si ("Oui"). Si la chanson n'a rien à voir avec la question du divorce, elle est accusée d'envoyer un message subliminal. La télévision publique, la Rai, décide donc de censurer la chanson, qui n'a été diffusée qu'après le référendum (où le "non" l'a emporté). 

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