Quarante-trois ans ans après avoir remporté le prix Goncourt, Didier Decoin devient le successeur de Bernard Pivot à la tête de l’illustre académie. Du cinéma à la littérature, nous revenons sur la vie, mouvementée, de l’artiste.

Didier Decoin
Didier Decoin © Getty / Ulf ANDERSEN

On oublie toujours de dire que le prix Goncourt, je l’ai eu, mais je l’ai aussi raté ! Je sais ce que c’est que de laisser le train partir sans vous.

L’écrivain est un habitué de la maison. Avant de remporter son prix il a échoué à deux reprises : en 1972 puis en 1975. La délivrance arrivera deux ans plus tard avec John l’enfer. Voilà alors le début de son histoire avec l’académie Goncourt. C’est en 1995 qu’il devient membre de cette dernière. Il était, avant son élection le 20 janvier 2020, secrétaire général de l’académie. D’après lui, confie-t-il à Augustin Trapenard dans Boomerang, il a été poussé par ses collègues à accepter le poste. Ils avaient envie de voir quelqu’un prolonger ce que Bernard Pivot avait mis en place : un club d’ami.

Âgé aujourd’hui de 74 ans, Didier Decoin débute sa carrière 54 ans plus tôt comme journaliste de presse écrite pour plusieurs médias. Tout juste âgé de 20 ans, il se met à l’écriture en parallèle et publie son premier roman Le procès à l’amour. 

Les écrivains avaient un autre métier : Claudel était ambassadeur, François-Régis Bastide aussi. Ils avaient tous des seconds métiers pour vivre, pour faire vivre leurs enfants, leur tortue. 

Cette angoisse de la précarité chez l’écrivain, Didier Decoin ne cesse de l’évoquer. Pour lui, il faut un second métier. Quand quelqu’un lui dit « Je suis écrivain », il lui demande spontanément son métier. Didier Decoin est passé par là. Il a décidé, pour assurer le quotidien, de vivre autrement de sa plume. Il devient scénariste. 

Didier Decoin durant le tournage d'une de ses adaptations
Didier Decoin durant le tournage d'une de ses adaptations © Getty / Keystone

Le désormais scénariste va adapter plusieurs scripts pour la télévision. Il sera récompensé du Sept d’Or du meilleur scénario en 1999 pour Le Comte de Monte-Cristo, une mini-série télévisée diffusée un an plus tôt. L’image va alors prendre une grande place dans sa vie, il le reconnaît au micro d’Augustin Trapenard : « J’ai besoin de 2 à 3 films par jour, c’est mon addiction, ça vaut beaucoup mieux que la cocaïne ». Ce gros consommateur de Netflix ne connaît pas qu’une addiction, son autre passion l’est aussi.

La lecture est chez moi une addiction totale. Je lis partout. Chez moi, j’ai même failli être tué par ma bibliothèque, qui s’est écroulée sur moi. J’ai failli mourir noyé par mes livres !

Ses addictions il va les partager et en faire ce pour quoi il est le plus reconnu aujourd’hui. Durant cette longue carrière il n’oublie pas ses proches. Didier, dans le rôle du père va partager avec ses fils ses passions. Un de ses trois enfants, Julien, est devenu écrivain. Didier dans le rôle du fils écrit sur son père: Henri ou Henry : le roman de mon père. Grand cinéaste, il l’admirait. Didier dans le rôle de l’ami aime parler de son éditeur et copain défunt, Jean-Marc Roberts, sur les moteurs qui les poussent à écrire. Lui, à l’inverse de son collègue, ce n’est pas la peur qui l’anime. 

L’écriture, chez moi, est coïtale, jubilatoire. C’est une giclée. C’est un feu d’artifice de mots. 

Le premier devoir de Dider Decoin en tant que président de la prestigieuse académie était de remplacer Virginie Despentes et Bernard Pivot. Les académiciens Goncourt se sont mis d’accord, à l’unanimité, sur l’essayiste Pascal Bruckner et la romancière Camille Laurens. L’histoire de Didier Decoin au sein de l’académie Goncourt continue. Son prochain rendez-vous a lieu le 3 mars pour la première réunion des nouveaux académiciens, au complet.

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(RÉ)ÉCOUTER | Boomerang : Didier Decoin Académie

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