La cantatrice américaine Jessye Norman est décédée lundi à New York à 74 ans, des suites d'une septicémie. Interprète de "La Marseillaise" pour le bicentenaire de la Révolution Française en 1989, elle avait conquis les publics du monde entier.

La cantatrice Jessye Norman lors d'un gala de l'AMFAR en 2012 à Whashington
La cantatrice Jessye Norman lors d'un gala de l'AMFAR en 2012 à Whashington © Getty / Jason Kempin

"La beauté et le pouvoir, la singularité de la voix de Jessye Norman : je ne me souviens pas d'autre chose de semblable", déclarait en 2014 la Prix Nobel de littérature Toni Morrison, disparue elle-même en août dernier. Pour elle, la voix de cette soprano d'exception "soignait son âme", comme pour beaucoup de ses fans. A l'annonce de son décès lundi soir, les hommages ont commencé à affluer du monde entier.

De la Géorgie aux plus belles scènes d'Europe

Née le 15 septembre 1945 à Augusta, dans un Etat de Géorgie alors soumis à la ségrégation, Jessye Norman, issue d'une famille de cinq enfants, s'initie à la musique par l'église, en chantant les traditionnels "spirituals". En grandissant, elle se met à écouter les opéras à la radio, notamment ceux du prestigieux Metropolitan Opera, où elle allait elle-même devenir une star. 

Jeune femme noire dans un milieu de la musique classique essentiellement blanc, elle décroche une bourse pour étudier la musique à l'université Howard, un établissement historiquement noir de Washington. Engagée dès 1968 - elle n'a alors que 23 ans - au Deutsche Oper de Berlin, elle débute en France cinq ans plus tard, dans l'"Aïda" de Verdi.  Des invitations suivent au Festival d'Aix-en-Provence ("Hippolyte et Aricie" de Rameau en 1983, "Ariane à Naxos" de Richard Strauss en 1985), à l'Opéra-Comique (1984) et au Châtelet (1983, et régulièrement depuis 2000). 

Elle s'installe en Europe où, avec son timbre sombre et pulpeux, elle s'impose comme l'une des sopranos dramatiques les plus reconnues, en particulier pour ses interprétations de Wagner. La cantatrice devenue icône, qui avait surtout marqué les esprits en France en chantant "La Marseillaise" en 1989 pour le bicentenaire de la révolution. En 2006, elle avait ensuite remporté cinq Grammys, dont un récompensant l'ensemble de sa carrière en 2006.

Convictions et discrétion

Jessye Norman était aussi une femme de convictions, socialement engagée, notamment pour les artistes des milieux défavorisés. Elle avait notamment fondé dans sa ville natale d'Augusta la Jessye Norman School of the Arts, gratuite pour les plus désargentés. Si elle avait chanté aux cérémonies d'investiture des présidents américains Ronald Reagan et Bill Clinton, ou pour le 60e anniversaire de la reine Elizabeth II, en 1986, avant de recevoir la Médaille nationale des arts des mains du président Barack Obama en 2009, la cantatrice s'était retirée de la scène ces dernières années, cultivant la discrétion et le secret autour de sa vie privée. Elle s'est éteint, ce lundi à New York à 74 ans, des suites d'une septicémie contractée après une blessure au dos en 2015. 

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