Marcel Azzola, star de l'accordéon qui a laissé son empreinte sur le fameux "Vesoul" de Jacques Brel, est mort lundi matin à l'âge de 91 ans.

Marcel Azzola chez lui, avec sa collection d'accordéons, en mars 1986
Marcel Azzola chez lui, avec sa collection d'accordéons, en mars 1986 © Getty / Jerome Prebois/Kipa/Sygma

Marcel Azzola, virtuose de l'accordéon, avait donné en France un souffle nouveau à l'instrument en l'emmenant vers le jazz. Le musicien, dont le cœur a lâché, comme l'a expliqué sa compagne, est mort chez lui à Villennes-sur-Seine dans les Yvelines.

"Chauffe, Marcel chauffe!"

Nombreux sont ceux qui connaissent sans le savoir ce génie de l'accordéon grâce aux musiques de films de Jacques Tati et à la chanson "Vesoul" de Jacques Brel. Marcel Azzola est entré de plain pied dans la légende avec son chorus d'accordéon époustouflant sur ce titre, en 1968, et le fameux "Chauffe Marcel, Chauffe !" que lui avait alors lancé, survolté, Jacques Brel pendant l'enregistrement. 

Ses héritiers le vénèrent: "Il a toujours été un point de mire", affirme Richard Galliano. Né le 10 juillet 1927 dans le XXe arrondissement de Paris, de parents immigrés italiens installés à Pantin, le petit "Marcello" a été sensibilisé très tôt à la musique. 

Fréhel et Piaf

Après le violon, son père, maçon et musicien amateur, l'oriente vers l'accordéon. Attilio Bonhommi, son second professeur, lui a inoculé l'amour de cet instrument. Après son premier concours en 1937, il accompagne l'année suivante au débotté la chanteuse réaliste Fréhel lors d'un radio-crochet. 

Sa carrière est lancée. Depuis les années quarante, en se perfectionnant auprès de Médard Ferrero, "Il Professore", il a promené son piano à bretelles partout, de brasseries en dancings, de studios en Six Jours cycliste au Vel'd'Hiv, de tournées avec Yves Montand en aventures dans le jazz, de duos en grands orchestres. 

Sa culture classique, son habileté à déchiffrer, ont fait de lui dès la fin des années 40 un accordéoniste de studio très demandé. En 1949, il participe à l'enregistrement de "Sous le Ciel de Paris" d'Edith Piaf.  Puis vinrent Gilbert Bécaud, Barbara, Boris Vian, Mouloudji, Juliette Gréco, Francis Lemarque, Yves Montand, entre autres... L'accordéon de Marcel Azzola parcourt aussi la bande-son de nombreux films, comme cette petite mélodie accompagnant Monsieur Hulot sur son solex dans "Mon Oncle" de Jacques Tati.  

Il a aussi côtoyé les rois du musette: Gus Viseur, et surtout Tony Murena. Il a également fait du bal, animé plusieurs Six Jours cycliste au Vel'd'Hiv, un événement "people" à l'époque, suivi trois Tours de France dans la caravane... 

Un accordéon "technique"

Sa technique lui a aussi permis de se glisser avec aisance dans le monde du jazz, aux côtés de Stéphane Grappelli, Dany Doriz ou Toot Thielemans, et d'être un acteur du rapprochement entre jazz et musette dans les années 80. 

Professeur à l'École de musique d'Orsay pendant vingt ans, il a milité depuis les années 70, avec ses collègues Joe Rossi, Joss Baselli et André Astier, pour la reconnaissance de l'accordéon. Aboutissement de cet acharnement : l'inscription de cet instrument au CNSM (Conseil national supérieur de musique) de Paris en 2002. 

Ce musicien de grande classe souffrait depuis très longtemps de la Maladie de Dupuytren à la main droite. Le mal s'étant accentué, son activité s'était singulièrement réduite ces dernières années. Il passait l'essentiel de son temps dans la gentilhommière de Villennes-sur-Seine qu'il partageait avec Lina Bossatti, pianiste et violoniste talentueuse. 

Marcel Azzola aux Victoires du Jazz 2006 à Deauville en 2006
Marcel Azzola aux Victoires du Jazz 2006 à Deauville en 2006 © Getty / Jerome DOMINE/Gamma-Rapho

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