La cinéaste Marceline Loridan-Ivens, camarade de déportation de Simone Veil pendant la Seconde guerre mondiale dans le camp d'Auschwitz-Birkenau, est morte mardi à Paris à 90 ans.

Marceline Loridan-Yvens
Marceline Loridan-Yvens © AFP / DOMINIQUE FAGET

Marceline Loridan-Ivens  était cinéaste, productrice et écrivaine. Elle a passé sa vie à dénoncer l'injustice et la violence, meurtrie à jamais par sa déportation, à l'âge de 15 ans, à Auschwitz-Birkenau.  Engagée dans la Résistance, sa famille fuit d'abord vers Vichy puis achète une maison à Bollène dans le Vaucluse. C'est là qu'elle sera arrêtée avec son père par la Gestapo en février 1944. Ils seront transférés à Drancy et déportés à Auschwitz-Birkenau le 13 avril 44. Elle va y faire la connaissance de Simone Veil.   Elle avait fait partie des déportés qui seront évacués par les Nazis, à l'approche de l'Armée Rouge, vers le camp de Bergen-Belsen puis à Theresienstadt, près de Prague.  Elle a donc fait partie des déportés libérés par l'armée russe, le 10 mai 45, deux jours après la capitulation allemande. 

Après la guerre, elle fréquente la Cinémathèque, tape des manuscrits pour Roland Barthes, fait connaissance d'Edgar Morin qui l'entraîne dans le tournage d'un film en 1961 avec Jean Rouch, Chronique d'un été.   C'est par ce film qu'elle entre dans le monde du cinéma où elle se fera connaître notamment par des documentaires sur le Vietnam ou la Chine de Mao avec son second mari, le cinéaste néerlandais Joris Ivens.  

En 2015, dans le livre Et tu n'es pas revenu (Grasset), écrit avec la journaliste Judith Perrignon, elle évoquait le souvenir de son père, qui l'a obsédée toute sa vie.   Il y a quelques mois, dans L'amour d'après (également coécrit avec Judith Perrignon), elle racontait la reconstruction d'une survivante.

Laure Adler, productrice à France Inter , disait dans la dernière émission qu'elle avait faite avec Marceline Loridan-Yvens : "Dans le récit de vie de Marceline, on ne trouve jamais de regrets, mais une infinie lucidité et une autodérision aussi salutaire que savoureuse."

REECOUTEZ

L'heure bleue, avec Marceline Loridan-Ivens, le 15 janvier 2018

"Nous croisons tous des hasards, à nous de savoir s'en saisir", le Grand entretien de Marceline Loridan-Ivens avec François Busnel sur France Inter, le 29 avril 2013

Réactions

Pour France Inter, l'historienne Annette Wieviorka revient sur la façon singulière et précieuse de Marceline Loridan-Ivens de témoigner de l'horreur des camps nazis. 

Elle était unique, dans sa façon de parler de tout, notamment quand elle parlait de corps. Elle avait une façon très crue de raconter.

59 sec

Annette Wievorka

Par France Inter

"C'était une camarade de déportation de maman, cet épisode de leur vie si difficile avait fait d'elles des amies indéfectibles", a indiqué Me Veil, dont la mère Simone, est décédée en 2017, est récemment entrée au Panthéon.  

"Marceline Loridan-Ivens, une leçon de vie, à méditer et perpétuer", a réagi sur Twitter le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.  "Son oeuvre, sa force de caractère et son humour ont toujours suscité mon admiration", a renchéri la maire de Paris, Anne Hidalgo.

"Cette femme avait connu l'horreur, c'était peut-être une des dernières survivantes des camps, qui avait vécu et pouvait transmettre l'innommable de cette période", a souligné la ministre de la Culture Françoise Nyssen.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.