After - Tome 5
After - Tome 5 © Hugo Roman / Anna Todd

Les critiques littéraires du Masque et la plume, Michel Crépu (La NRF), Jean-Louis Ezine, Olivia de Lamberterie (Elle) et Patricia Martin (France Inter) étaient réunis autour de Jérôme Garcin de France Inter et du Nouvel Observateur. Ils se sont payé le phénomène After d’Anna Todd paru chez Hugo Roman.

La présentation du roman par Jérôme Garcin :

Les cinq volumes d’After sont en tête des meilleures ventes, soitun million d’exemplaires vendus en France depuis six mois. Anna Todd est une jeune Texane de 26 ans qui a grandi dans une famille très pauvre de l’Ohio. Elle s’ennuyait tandis que son mari militaire combattait en Afghanistan. Elle a commencé à poster avec son smartphone son histoire (une sorte de Les hauts de Hurlevent , mâtinés d’Harlequin et de Fifty Shades of Grey ) sur le site Wattpad. After a été téléchargée un milliard de fois avant d’être éditée.

Olivia de Lamberterie :

J’aime bien l’histoire de cette femme qui écrit dans la cuisine avec son smartphone. Et je voulais comprendre pourquoi ce livre marchait. Tessa, l’héroïne, est une sorte d’oie blanche, très blonde qui a un ami très bien coiffé. C’est comme dans Fifty Shades : les cheveux ont leur importance. Dans Fifty Shades , il y avait cette phrase géniale : « Il avait un magnifique brushing post-coïtal ».

Mais elle rencontre un autre garçon très mal coiffé, couvert de tatouages. Il faut attendre la page 76 pour le premier baiser, la page 93 pour le second, la page 122, pour qu'elle enlève sa culotte, et à la page 444, elle perd sa viginité. Et là tu comprends pourquoi ça marche : la fille devient chaude comme une baraque à frites, et lui une bête de sommier, et quand on a 16 ans on rêve de lire un livre comme ça. On avait Moi, Christiane F ..., mais il y avait beaucoup de malheurs. C’est une sorte de Bicyclette bleue en beaucoup plus chaud et assez salace. Le mystère c’est comment elle tient cinq tomes avec cette histoire !

Patricia Martin :

C’est très salace. Je suis assez d’accord, c’est une expérience. [...] L'écriture, il n'y en a pas. Anna Todd s'en vante elle-même. Ça conduit à un copié-collé de la réalité. Elle ne maîtrise pas du tout ses personnages. Elle ne maîtrise pas son histoire. Elle ne sait même pas comment elle va finir sa phrase, mais elle sait raconter des histoires.

Tessa, l'héroïne, n'est pas si oie blanche que ça. Quelle est la fille qui peut dire qu'elle ne s'est jamais fait avoir avoir par un type comme ça, un peu borderline ? On est pris dans les rets du gars... Quand tu es mère d'une adolescente, tu préfères que ta fille lise ce livre, plutôt qu'elle fréquente un homme comme ça.

Michel Crépu :

Je crois que c’est la première fois de ma vie que je ne me sens définitivement pas à la hauteur d’un livre. J’ai d’abord voulu lire le livre en librairie, mais on m’a jeté des tomates.

Tu as l’impression que tu as touché le pire avec des Marc Lévy, ou des sous Marc Levy qui poussent. Et là, découverte extraordinaire, il y a un truc qui est encore dix fois pire.

[…] . Il n’y a rien, mais en même temps, il y a quelque chose. Ca me rappelle cette phrase de Roland Barthes : « Nous Deux est plus obscène que Sade. »

__ Jean-Louis Ezine :

Je ne suis pas d’accord avec Patricia qui dit qu’Anna Todd ne sait pas finir ses phrases. Elle les finit merveilleusement bien. Il y a même un plus au niveau du phrasé. Dans un roman classique, là où on lirait : « Je me sens trahi », Anna Todd écrit : « Je me sens trahi, putain ! », là où dans un roman classique on lirait : « J’ai pensé, c’est une épave ». Anna Todd écrit : « C’est une putain d’épave ! » Là où un roman classique dirait « Mon père ne m’a rien appris, hormis comment devenir un alcoolo », Anna Todd écrit : « Mon père ne m’a rien appris, hormis comment devenir un putain d'alcoolo ». Et encore, je n’emprunte ici que trois exemples cueillis au hasard dans la seule première page !

Je ne comprends pas pourquoi sur Amazon, ce livre n’a obtenu que 4,7 étoiles sur un maximum de 5. Je me demande ce que les lecteurs ont trouvé à redire à ce « putain » de chef d’œuvre !

Écouter l’extrait consacré à ce roman :

►►► Retrouver l'émission du Masque et la plume

Les autres livres abordés :

  • Les quatre saisons de l’été de Grégoire Delacourt (Lattès).
  • La nouvelle vie d’Arsène Lupin d'Adrien Goetz (Grasset).
  • Jardins de papier » d'Evelyne Bloch-Dano (Stock).
  • Un mois chez les filles de Maryse Choisy (Stock).
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.