Le dernier épisode de la série diffusée sur Netflix propose au spectateur de faire des choix influençant son scénario, et pouvant aboutir à plusieurs fins différentes. Une expérience originale pour une série télé, beaucoup moins pour le jeu vidéo qui l'expérimente depuis longtemps.

Charlie Brooker, le créateur de la série "Black Mirror", teste pour la première fois ce format interactif
Charlie Brooker, le créateur de la série "Black Mirror", teste pour la première fois ce format interactif © Maxppp / Euan Cherry

C'est un concept dont la littérature a été la première à s'emparer, avec les fameux "livres dont vous êtes le héros" qui ont fait le bonheur des adolescents des années 80 et 90. "Bandersnatch" en reprend d'ailleurs à la fois le fonctionnement et l'histoire, puisque cet épisode spécial de "Black Mirror" a pour thème l'adaptation d'un de ces livres en jeu vidéo.

Justement, le jeu vidéo a lui aussi, depuis bien longtemps, utilisé ce concept pour proposer des fictions interactives. En voici quelques-unes à (re)découvrir si, une fois l'épisode terminé, vous avez encore envie de jouer les scénaristes en herbe.

Pour jouer les Sherlock Holmes : "Her Story"

Mise en abîme : "Her Story" vous place... devant un écran d'ordinateur. Vous avez accès à travers lui à l'intégralité des interrogatoires d'une jeune femme, dont le mari a visiblement été tué. Par qui ? Pourquoi ? Dans quelles circonstances ? Toutes les réponses sont cachées dans ce que raconte l'héroïne. À vous de recoller les morceaux du puzzle, ou plutôt de les retrouver : chaque vidéo est classée par mots-clés, il suffit de trouver les bons au fur et à mesure pour en savoir plus.

Un film-jeu à assembler soi-même, particulièrement malin et qui devrait plaire autant aux fans de Sherlock Holmes qu'à ceux du film "Memento".

Pour lacérer le canapé avec vos ongles : "The Walking Dead"

Difficile de parler de choix dans le jeu vidéo sans évoquer ceux, cruels et crispants, de l'adaptation de la bande dessinée de zombies par le studio Telltale (qui a fermé ses portes il y a peu). Dans un monde en pleine chute, chaque moment est une question de vie ou de mort(s) : sauver un enfant ou un camarade plus "utile" ? Abattre ou épargner un potentiel ennemi ? Voler de la nourriture ou ne pas en priver d'autres survivants ?

Si l'issue de cette tragédie morte-vivante changera peu selon vos choix, le déroulement de l'histoire telle que vous l'aurez racontée, et le héros que vous aurez ou non construit, risquent de vous hanter un bon moment.

Pour en prendre plein les yeux : "Detroit: Become Human"

Superproduction vidéoludique de l'année 2018, ce jeu est l’œuvre de David Cage, créateur français qui a fait de la fiction interactive à gros budget son cheval de bataille. Après "Heavy Rain" (sans doute son meilleur jeu dans ce genre) et "Beyond Two Souls", il s'attaque ici à un thriller d'anticipation qui mélange avec plus ou moins de subtilité les univers d'Asimov, de K. Dick ou de Spielberg.

Une histoire qui n'échappe pas à quelques longueurs, mais qui a l'avantage d'être facile d'accès, y compris pour des novices du jeu vidéo, et d'impressionner régulièrement par sa réalisation ambitieuse, ses acteurs convaincants ou sa bande-son digne des plus grands compositeurs d'Hollywood.

Pour frissonner : "Until Dawn"

Superbe hommage vidéoludique au "slasher" (ce genre typique du cinéma américain où un tueur increvable poursuit des adolescents désemparés), "Until Dawn" vous confie le sort d'un groupe de jeunes étudiants partis faire la fête dans un chalet isolé en pleine montagne. Certains mourront, d'autres survivront : cela dépendra des choix que vous aurez fait au fur et à mesure du déroulement de l'histoire.

Une histoire qui accomplit parfaitement sa mission, la même que celle de tout clone de "Halloween" ou "Scream" : vous faire sursauter sur votre fauteuil régulièrement. Avec cette petite goutte de sueur supplémentaire liée à l'impact de vos décisions sur toutes ces attachantes victimes potentielles.

Pour avoir une poussière dans l’œil : "Life is Strange"

Ce jeu français a été l'une des plus grosses surprises de l'année 2015. On y suit le parcours de deux adolescentes américaines, entre galères au lycée, problèmes de garçons (ou de filles), disparitions inquiétantes et voyage dans le temps. L'héroïne a en effet la possibilité de remonter le temps pour corriger une mauvaise décision. Idéal dans un jeu de ce type, où le moindre choix peut ensuite avoir des conséquences dramatiques.

Ambiance douce et émouvante, dialogues formidablement écrits et interprétés, "Life is Strange" est une très belle réussite à mille lieues des clichés que l'on peut avoir sur les jeux vidéo. 

La suite est en cours de "diffusion" (deux épisodes sur cinq sont déjà disponibles) et s'annonce tout aussi émouvante.

Pour vivre une aventure délirante : "Tales from the Borderlands"

Tout comme "The Walking Dead", "Tales from the Borderlands" est développé par le défunt studio Telltale. Mais là où le premier se prenait (avec brio) au sérieux, le second ressemble à une jubilatoire récréation. Dans un univers à la Mad Max (mais avec beaucoup plus de couleurs fluo), deux anti-héros se lancent dans une chasse au trésor improbable qui mettra sur leur route toutes sortes de personnages rocambolesques.

Contrairement à la plupart des aventures interactives du même genre, ici les choix ne sont pas là pour changer fondamentalement l'histoire du jeu, mais la manière dont elle se déroule. "Tales from the Borderlands" vous met moins dans la peau des personnages principaux que dans celle du metteur en scène : à vous de choisir la réplique qui fera le plus mouche, l'action la plus spectaculaire, ou la vanne qui vous fera le plus rire. Une sorte de simulateur de bon mot, entre "Le Bon, la Brute et le Truand" et les "Monty Python".

Pour ricaner : "Press X to Not Die"

Hommage "cheap" et jubilatoire aux séries B, "Press X to Not Die" leur emprunte les acteurs plus ou moins amateurs, le scénario tiré par les cheveux, et la réalisation approximative. Tout le concept du jeu est résumé dans son titre : "appuyer sur X pour ne pas mourir". Soit une succession de séquences proposant des choix absurdes ou vous demandant d'appuyer au bon moment sur une touche de votre manette.

Volontairement ridicule et crétin, le jeu idéal à finir en une seule soirée en grignotant des chips arrosés de bière.

Pour une soirée télé : "Late Shift"

Ultra-classique dans sa forme, "Late Shift" est sans doute l'un des jeux vidéo les moins déstabilisants si vous n'y connaissez rien aux jeux vidéo : comme dans "Bandersnatch", le film se déroule et ne vous demande d'intervenir qu'à certains moments, généralement pour choisir entre deux actions ou deux réponses dans un dialogue.

Thriller à la britannique, sur fond de casse, de trahisons et de ventes aux enchères, "Late Shift" ne révolutionne pas le genre, mais ouvre quelques portes intéressantes, à mi-chemin entre le film et le jeu vidéo.

Rien d'inoubliable, mais de quoi passer une soirée ciné sympathique sur son canapé.

Pour retourner vers le futur : "Tesla Effect: A Tex Murphy Adventure"

Dernier épisode d'une série de films interactifs lancée à la fin des années 80, Tex Murphy est lui aussi un hommage à cette époque pas si lointaine (les années 90) où tous les éditeurs de jeux vidéo pensaient que la vidéo était l'avenir du jeu. Entretemps, l'évolution des technologies ne leur a pas donné raison, mais cette nouvelle aventure a de quoi plaire autant aux nostalgiques qu'à ceux qui tomberont sous le charme du détective privé le plus attachant des années 2050.

Pour halluciner : "D4: Dark Dreams Don't Die"

On a gardé le plus bizarre pour la fin : "D4: Dark Dreams Don't Die", mini-série interactive inachevée venue du Japon, et plus précisément de l'esprit d'Hidetaka Suehiro (plus connu sous le pseudonyme de SWERY), à qui on devait le déjà très lynchien "Deadly Premonition". Après la mort de sa femme, un policier devenu détective privé développe un étrange pouvoir : il peut se projeter dans le passé en touchant des objets liés à un événement dramatique. Il tente de s'en servir pour élucider le meurtre de son épouse.

Forcément frustrant (puisqu'incomplet), le jeu est une expérience interactive éminemment bizarre à laquelle les amateurs d'OVNI culturels feraient bien de s'essayer. Son univers visuel, notamment, possède un charme fou.

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