Comme chaque année, la Fiac attire à Paris le monde de l'art contemporain. Nous avons parcouru les allées du Grand Palais à la recherche d’œuvres à ne pas manquer.

Une sélection d'oeuvres parmi les milliers présentées à la Fiac
Une sélection d'oeuvres parmi les milliers présentées à la Fiac © Radio France / Julien Baldacchino

1 - Duane Hanson, Old Couple on a Bench

Duane Hanson, Old Couple on a bench, Gagosian Gallery
Duane Hanson, Old Couple on a bench, Gagosian Gallery © Radio France / JB

C’est quoi ? Un vieil homme, une vieille dame, assis sur un banc, au milieu de la foire, à la lisière d’un stand. L’une des oeuvres les plus photographiées de cette édition 2016 de la Fiac.

Comment la regarder ? En se posant en face, pour saisir tout le réalisme criant de ces deux personnages sculptés. Et en profiter pour écouter les autres visiteurs se demander si ce sont des vraies personnes ou non.

Qu’est-ce que ça nous dit de l’art ? Contrairement aux idées reçues, une oeuvre d’art contemporain n’est pas forcément un gribouillis fait à la va-vite. Certaines demandent des semaines entières de travail. C’est le cas des oeuvres du mouvement hyperréaliste, représenté ici par l’Américain Duane Hanson dont les sculptures sont troublantes de vérité, et nous mettent face à nos semblables.

Gagosian Gallery

2 - Hubert Duprat, Hécatombe

Hubert Duprat, Hécatombe, Galerie Art : Concept
Hubert Duprat, Hécatombe, Galerie Art : Concept © Radio France / JB

C’est quoi ? Un pneu.

Comment la regarder ? De près. De très près même. Vous verrez que les petits cailloux coincés dans les rainures du pneu sont en réalité des diamants bruts.

Qu’est-ce que ça nous dit de l’art ? Souvent, si une oeuvre d’art vous paraît trop simpliste, il ne faut pas hésiter à la regarder un peu plus longuement. Beaucoup d’artistes aiment jouer avec la perception, les illusions et les double-sens. Si c’est trop facile, c’est qu’il y a un piège ! Hubert Duprat est connu pour ces hybridations entre des matériaux pauvres (des insectes notamment) et des métaux précieux.

Galerie Art : Concept, Paris

3 - Kehinde Wiley, Elisabeth of France, queen of Spain

Kehinde Wiley, Elisabeth of France, queen of Spain, Galerie Daniel Templon
Kehinde Wiley, Elisabeth of France, queen of Spain, Galerie Daniel Templon © Radio France / JB

C’est quoi ? Le portrait très réaliste d’un homme noir, tenant entre ses doigts le pendentif qui est autour de son cou, sur fond de tapisserie verte plutôt baroque.

Comment la regarder ? Avec un livre d’histoire de l’art en main. Vous y reconnaîtrez alors la posture royale du portrait d’Anne d’Autriche, reine de France, par Frans Pourbus le jeune, réalisé en 1616. Kehinde Wiley s’inspire des codes de l’histoire de l’art, qu’il adapte à la culture afro-américaine.

Qu’est-ce que ça nous dit de l’art ? Deux choses. D’une part, que contrairement à ce que certains observateurs du monde de l’art ont pensé il y a quelques années, la peinture (et notamment la peinture figurative) n’est pas morte, et elle a encore de beaux jours devant elle. Depuis le début des années 2010, de nombreux jeunes peintres réalistes ont été propulsés sur le devant de la scène. D’autre part, cette oeuvre nous montre que l’art contemporain sait s’adapter à la société d’aujourd’hui sans pour autant renier l’héritage culturel des siècles passés.

Galerie Daniel Templon. En ce moment exposé également au Petit Palais.

4 - Leandro Erlich, Changing Rooms

Leandro Erlich, Changing Rooms, Galerie Luciana Brito
Leandro Erlich, Changing Rooms, Galerie Luciana Brito © Radio France / JB

C’est quoi ? A première vue, une série de cabines d’essayage disposées les unes à côté des autres. Dans chacune d’entre elles, un rideau, un tabouret et des miroirs.

Comment la regarder ? En entrant à l’intérieur (si, si, vous avez le droit). Vous découvrirez alors que certains emplacements de miroirs sont vides, et que cette installation est en réalité un grand labyrinthe aux faux airs de palais des glaces.

Qu’est-ce que ça nous dit de l’art ? Ce trompe-l’oeil nous dit que dans l’art contemporain plus encore qu’ailleurs, “c’est le spectateur qui fait l’oeuvre”. Composées de miroirs, pénétrables, lumineuses, de très nombreuses installations ne prennent tout leur sens que quand des visiteurs entrent en interaction avec elles. C’est particulièrement le cas chez Leandro Erlich, qui a fait de ces installations monumentales qui jouent avec les sens une de ses spécialités. Il a par exemple invité les visiteurs d’un musée à marcher au fond d’une piscine pleine d’eau ou à marcher sur la paroi verticale d’un immeuble.

Galerie Luciana Brito

5 - Ivan Navarro, Silent Listen

Ivan Navarro, Silent Listen, galerie Daniel Templon
Ivan Navarro, Silent Listen, galerie Daniel Templon © Radio France / JB

C’est quoi ? Un tambour géant posé à la verticale, dans lequel des néons et des miroirs donnent une impression de profondeur infinie. D’un côté, on distingue le mot “Silent”, et de l’autre “Listen”.

Comment la regarder ? Sous toutes ses coutures. Pour bien prendre la mesure de la différence entre ce que vous voyez au premier abord et la réalité de l’oeuvre, il vous faudra sûrement en faire tout le tour. Vous réaliserez que cette infinité de rayons lumineux est en fait enfermée dans un tambour de quelques dizaines de centimètres de largeur à peine.

Qu’est-ce que ça nous dit de l’art ? Qu’il y a souvent plusieurs niveaux de lecture d’une oeuvre d’art. On peut voir d’abord le caractère ludique de cette oeuvre d’art et son habileté à sculpter la lumière pour créer des illusions d’optique, mais on peut aussi y voir un travail autour du contrôle et de l’emprisonnement, moins léger qu’il n’y paraît - c’est l’un des thèmes de travail d’Ivan Navarro. Et si vous poussez encore un peu plus loin, vous verrez qu’il y a aussi un jeu sur les mots : qu’un tambour affiche le mot “Silent” (silencieux) et qu’une oeuvre visuelle affiche le mot “Listen” (écouter) montre une certaine ironie.

Galerie Daniel Templon

6 - Richard Prince, Spiritual America

Richard Prince, Spiritual America, Nahmad Conteporary gallery
Richard Prince, Spiritual America, Nahmad Conteporary gallery © Radio France / JB

C’est quoi ? Une photo de l’actrice Brooke Shields, alors adolescente, nue dans son bain.

Comment la regarder ? En essayant de ne pas vous laisser berner. Vous avez peut-être déjà vu cette photo sulfureuse, qui a été au coeur d’une bataille juridique entre Brooke Shields et son photographe. Or le photographe en question ne s’appelait pas Richard Prince, mais Garry Gross. L’oeuvre exposée ici est une photo de la photo.

Qu’est-ce que ça nous dit de l’art ? Dans l’art contemporain, les artistes s’inspirent les uns les autres, se font des clins d’oeils, puisent des références… et cela va parfois très loin. Où sont les limites de l’appropriation du travail d’autrui ? C’est la question que pose le mouvement appropriationniste, dont Richard Prince est l’un des principaux représentants. Sur cette photo, il se contente de changer le titre, pour lui donner le nom d’une oeuvre du photographe Alfred Stieglitz, “Spiritual America”, où on voit un cheval harnaché et castré. Richard Prince, c’est aussi lui qui a fait scandale il y a quelques mois en exposant au musée des captures d’écran Instagram.

Galerie Nahmad Conteporary

7 - Les oeuvres de Do Ho Suh

L'installation de Do Ho Suh sur le stand de la galerie Victoria Miro
L'installation de Do Ho Suh sur le stand de la galerie Victoria Miro © Radio France / JB

C’est quoi ? Un élément architectural inspiré des grands appartements bourgeois, avec grandes portes et belles fenêtres… mais entièrement reproduit, en taille réelle et en fil de soie. Au Petit Palais, Do Ho Suh expose une structure similaire, plus grande.

Comment la regarder ? Là encore, le meilleur moyen d’en profiter est de pénétrer à l’intérieur. Vous réaliserez alors à quel point ces murs sont fins et fragiles.

Qu’est-ce que ça nous dit de l’art ? Au-delà de la dimension très poétique de cette oeuvre, il y a souvent un message à caractère sinon politique, au moins sociétal, dans les oeuvres d’art contemporain. Les maisons de Do Ho Suh jouent sur l’échelle et la matière, sur ces murs à la fois transparents et très fragiles, pour poser la question de ce qui est collectif, de ce qui est individuel, de l’intimité et des frontières.

Galerie Victoria Miro

8 - François Curlet, MilDo

François Curlet, MilDo, galerie Air de Paris
François Curlet, MilDo, galerie Air de Paris © Radio France / JB

C’est quoi ? Une double harpe jaune.

Comment la regarder ? La tête à l’envers. Vous y reconnaîtrez le logo d’une célèbre chaîne de fast-food.

Qu’est-ce que ça nous dit de l’art ? Qui a dit que l’art ne pouvait pas être amusant ? Les oeuvres de François Curlet puisent dans des univers que nous connaissons tous (les logos des grandes marques, les personnages de dessin animé, les objets de consommation courante). En les croisant, les modifiant, les transformant, il crée des associations d’objets étonnantes : une Jaguar-Corbillard, des logos de magasins discount en formica, ou cette harpe-fast-food.

Galerie Air de Paris

9 - Ugo Rondinone, Moonrise (east. january)

Ugo Rondinone, Moonrise (east. January), Gladstone Gallery
Ugo Rondinone, Moonrise (east. January), Gladstone Gallery © Radio France / JB

C’est quoi ? Un monstre. Ou plus exactement, un masque assez monstrueux aux dimensions gigantesques et au sourire inquiétant (qui n’est pas sans rappeler “L’homme qui rit” de Victor Hugo), doté de dents pointues et perché sur un piédestal en bois.

Comment la regarder ? Sans avoir peur ! Et en imaginant que ce visage n’est qu’un représentant d’une série de douze. Chacun porte le nom d’un mois de l’année.

Qu’est-ce que ça nous dit de l’art ? Vous avez peut-être déjà entendu cette critique : “Les artistes contemporains font tout le temps la même chose”. Le Suisse Ugo Rondinone prouve à lui seul le contraire ! Tour à tour peintre, sculpteur, dessinateur, vidéaste, ou même commissaire d’exposition (on lui doit la rétrospective consacrée au poète John Giorno l’an dernier à Paris), Ugo Rondinone se renouvelle à chaque exposition.

Gladstone Gallery

10 - Jonathan Monk, “La Boîte collector” de la Vache qui Rit

Les boîtes collector de la Vache qui Rit designées par Jonathan Monk
Les boîtes collector de la Vache qui Rit designées par Jonathan Monk © Radio France / JB

C’est quoi ? Une boîte de Vache qui Rit, une vraie, avec du fromage dedans. Mais dont la face supérieure a été totalement retournée, comme si elle était regardée dans un miroir. L’artiste Jonathan Monk est le troisième depuis 2014 à réinterpréter la célèbre boîte.

Comment la regarder ? Chez soi. Car il s’agit d’une vraie boîte en vente, dont le tirage est limité à 3.000 exemplaires. Pour cinq euros, vous pourrez repartir avec. Après, ce sera à vous de décider si vous résistez à l’envie de l’ouvrir !

Qu’est-ce que ça nous dit de l’art ? Que l’idée reçue selon laquelle l’art est toujours hors de prix est fausse ! Avec un tirage limité, cette série de boîtes de fromage est une oeuvre d’art bon marché. Et même ailleurs sur la Fiac, ou dans les autres salons de Paris, il est possible d’acquérir des oeuvres pour quelques dizaines d’euros. Collectionner l’art n’est pas réservé qu’aux plus riches !

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