Après "Fleur de cactus" avec Catherine Frot et "Un amour qui ne finit pas" d'André Roussin, Michel Fau continue à revisiter ce théâtre de boulevard qu'il affectionne avec cette fois-ci une pièce écrite par Jean Poiret en 1970, et jamais rejouée depuis… Mauvais présage ?

Michel Fau, Rémy Laquittant, Christophe Paou, Mélanie Doutey et David Kammenos
Michel Fau, Rémy Laquittant, Christophe Paou, Mélanie Doutey et David Kammenos © Marcel Hartmann / Les Bouffes Parisiennes

Jérôme Garcin : "Ce qui m'a le plus frappé, c'est à quel point ce texte est bavard ; on a le sentiment de n'entendre que Michel Fau"

Il n'y a que Michel Fau pour aller ressortir, après avoir ressuscité Barillet et Grédy, une pièce totalement oubliée de Jean Poiret, auteur de La Cage au folle et de Joyeuse Pâques

Douce amère : avec Mélanie Doutey dans le rôle d'Elisabeth, fatiguée d'avoir vécu huit ans avec Philippe. Michel Fau, qui est enrobé dans un costume un peu tapisserie, est le mari délaissé - mais très sarcastique, pour ne pas dire méchant, qui va regarder sa femme, papillonner et séduire trois hommes qui sont évidemment plutôt des fantasmes. Une pièce qui avait été créée en 1970, au théâtre de la Renaissance, par Jacques Charon avec Jean Poiret et Nicole Courcel, que Michel Fau monte dans un décor "plus seventies, tu meurs", et en bande originale, la chanson Comme d'habitude de Claude François. 

Armelle Héliot : "Il faut accepter le jeu qu'impose Jean Poiret d'entrée"

J'ai beaucoup, beaucoup aimé ce spectacle ! 

J'ignorais tout de cette pièce. En 1970, je devais aller voir des trucs à la Cartoucherie de Vincennes, mais je ne fréquentais pas Jean Poiret, Vous pensez bien. J'étais une intellectuelle de gauche, je n'allais pas voir Jean Poiret. Sauf La Cage aux Folles

Il faut accepter le jeu qu'impose Jean Poiret d'entrée. C'est totalement artificiel dès le départ. Et comme Michel Fau est un sacré personnage, très roué, il nous plonge tout de suite dans quelque chose d'artificiel. ça se passe dans les années 70, mais on se dirait dans la maison de Pierre Cardin dans le sud, avec des mamelons, des trucs qui tournent, des couleurs fluos. Et les costumes !! La très jolie et très talentueuse Mélanie Doutey a au moins 25 tenues différentes en 1h30 d'action. 

C'est vrai que, pour le reste, ce n'est que le raisonnement du personnage que joue Michel Fau, donc du personnage écrit par Jean Poiret pour Jean Poiret. Et je dois dire que dès qu'il n'est plus là, on s'ennuie. Moi, j'ai adoré ça, mais il faut être de bonne humeur et accepter de s'embarquer dans cette navette vers les années 70.

Jacques Nerson : "On s'ennuie formidablement"

Je ne vois pas pourquoi il faut accepter de s'embarquer, ce n'est pas la question. C'était une mauvaise pièce et elle n'a pas marché à la création. Elle a été esquintée aussi bien par Jean-Jacques Gautier que par Poireau-Delpech qui disait que le texte était incroyablement verbeux, empesé et ampoulé. Et Poireau-Delpech avait entièrement raison. Tout le monde disait que c'était une mauvaise pièce

Fabienne Pascaud : C'est le sujet qui devait les gêner.  

JN : C'est pas du tout le sujet, c'est pas la question.

FP : C'est une femme qui se libère, c'est une femme qui décide de quitter son mari, c'est une femme qui a des amants... à l'époque, on était en 1970 !

JN : Surtout, c'était la première fois que Poiret se risquait hors d'un répertoire comique où il excellait et là, il ne sait pas bien faire. Elle n'est pas très drôle. Elle est très bavarde. On s'ennuie formidablement. Ce n'est pas vraiment le ton et l'esprit qu'on aime chez Poiret. Ce n'est pas Joyeuse Pâques qui a été remonté avec succès parce que c'est une très bonne mécanique de vaudeville, ce n'est pas La cage aux folles, c'est du mauvais Poiret.

Fabienne Pascaud : "c'est une pièce qui tient par le langage"

Je ne suis pas d'accord, ce n'est pas du mauvais Poiret.  Je trouve Michel Fau et Mélanie Doutey très bien, mais les trois autres... A mon avis, c'est une pièce qui tient par le langage. Il a un regard à la Sacha Guitry. C'est vrai qu'on rit, mais c'est quand même une pièce d'une mélancolie, d'une noirceur, d'une tristesse. C'est quand même un couple qui se décompose depuis huit ans. Ils n'ont pas grand chose à se dire.

JN : Mais qu'est-ce qu'il prennent comme temps pour le dire ! Deux heures.  

FP : Lui, il est pétillant. Toute la partition de Michel Fau, et à savoir de Jean Poiret, est délicieuse d'esprit, de finesse sur les relations homme / femme. Ça dit des choses formidables.

JN : Mais non. Ça ne dit pas des choses formidables. Comme vous y allez !  

FP : Mais si, remettez-vous dans le cadre de l'époque.

JN : Mais je m'en souviens en direct.

FP : Mais non, vous étiez petit.

JN : Ma mémoire fonctionnait déjà.

FP : J'ai été assez sensible aux propos post-soixante-huitard d'une femme qui essaye d'être libre et qui n'y arrive pas parce qu'elle est sous l'emprise de son mari et qui, à la fin, alors qu'elle demande un enfant, parce que la quarantaine vient, et bien tout le monde la quitte parce que personne n'a envie d'endosser la responsabilité de l'enfant. Qu'un homme ait ce regard là sur les femmes de son temps, c'est pas si mal. 

Et ça ne m'étonne pas que Jean-Jacques Gautier n'ait pas aimé.

Mélanie Doutey et Michel Fau
Mélanie Doutey et Michel Fau / Marcel Hartmann / Les Bouffes Parisiennes

Vincent Josse : "C'est une pièce qui n'a pas d'identité."

On a l'impression qu'il est un peu empêché, qu'il ne sait pas quelle direction prendre, en fait. Parfois, il va vers le drame, parfois on est un peu chez Marivaux. On entend souvent Guitry. Alors c'est très brillant mais extrêmement bavard. Michel Fau a des tirades parfois extrêmement longues. Et puis on est toujours dans le moi ou dans le sur-moi. Tout est dit, tout est formulé. Il n'y a rien qui nous est laissé, à nous spectateur pour penser des choses après ou réfléchir à ce qu'on vient de voir. Tout nous est montré. Tout est trop dit.  

Je ne comprends pas ce qu'est allé chercher Michel Fau en montant cette pièce. On sait qu'il aime le théâtre des années 50/60/70. Pourquoi celle-là ?

Armelle Héliot : Elle en aurait si toute la distribution était à la hauteur des deux personnages principaux.

JN : En 1970 il y avait une bonne distribution mais ça n'a pas marché parce que la pièce ne fonctionne pas   

  • (Ré)écoutez l'intégralité de la séquence
  • Douce amère aux Bouffes parisiens jusqu'au 22 avril avec Mélanie Doutey, Michel Fau, David Kammenos, Christophe Paou, Rémy Laquittant
  • Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.
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