Le héros créé par Akira Toriyama en 1984 est devenu aussi culte ici que sur l'archipel nippon... Peut-être même plus. En 2018, il s'est vendu plus d'un million d'exemplaires du manga en France, soit un toutes les 30 secondes. Comment expliquer un aussi long succès en France, encore plus qu'ailleurs ?

Sangoku, un personnage qui a marqué trois générations de lecteurs français
Sangoku, un personnage qui a marqué trois générations de lecteurs français © BIRD STUDIO/SHUEISHA

Décidément, le manga est très présent au cinéma en ce début d'année. Que ce soit via des adaptations en film "live", comme "Battle Angel Alita" (film américain librement adapté du manga "Gunnm") ou "Nicky Larson" (film français vraiment très librement adapté du manga "City Hunter"), ou via des films d'animation, comme "Dragon Ball Super - Broly" qui sort ce 13 mars, premier long-métrage tiré de la nouvelle série animée lancée en 2015, près de 20 ans après la fin de la précédente série, Dragon Ball GT, elle-même une série dérivée de Dragon Ball et Dragon Ball Z.

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Aujourd'hui encore, Dragon Ball est le deuxième manga le plus lu et vendu au monde, après avoir été détrôné par One Piece, série plus récente mais qui compte plus du double de volumes. Plus de 250 millions d'exemplaires de l’œuvre de papier originale ont été vendus au total, dont 180 millions au Japon et 20 millions en France. Pas vraiment surprenant, puisque notre pays est le deuxième marché mondial pour le manga en général, juste derrière le Japon.

Les Français adorent le manga, certes, mais Dragon Ball a une place bien particulière dans leur cœur. D'abord parce qu'il faisait partie des premiers gros succès dans le pays, même s'il est arrivé chez nous dans le désordre. Au Japon, le manga (la version bande dessinée) a été publié dès 1984, avant d'être adapté en animé en 1986. En France, c'est le dessin animé qui a "accroché" des centaines de milliers de jeunes téléspectateurs du Club Dorothée, sur TF1 à partir de 1988. Le manga n'est arrivé que cinq ans plus tard, à partir de 1993.

Les aventures du jeune Sangoku ont donc été la parfaite passerelle pour passer du dessin animé et de la télévision (plus ancrée dans le quotidien des jeunes Français) au manga, une tradition bien moins ancrée dans la culture populaire en France qu'elle ne l'était au Japon. Le Club Dorothée, qui le diffusait, battant régulièrement des records d'audience (le mercredi matin, jusqu'à 65 % des jeunes Français étaient devant l'émission, soit 1,5 million de téléspectateurs), il a contribué à le rendre immensément populaire.

Sangoku, indestructible dans le manga comme dans la culture française

Une popularité qui aurait pu s'étioler avec la fin de la diffusion, à la fin des années 90. Paradoxalement, c'est d'ailleurs le rejet par le "monde des adultes" de ce dessin animé immensément populaire qui a renforcé l'amour des fans : décrié et déprogrammé en même temps que l'émission de Dorothée, Dragon Ball est devenu une valeur refuge pour ceux qui le suivaient. Et continuer à regarder par des moyens détournés (sur d'autres chaînes ayant récupéré la série, par exemple), ou à acheter le manga pour "compenser le manque", est quasiment devenu un acte de rébellion.

Ce côté rebelle a aussi contribué, notamment, à lier son destin à une autre culture méprisée à la même époque : le hip-hop. Depuis deux décennies, Dragon Ball a largement imprégné le rap français, et des personnages ou des références au manga ressortent régulièrement dans les textes ou dans les clips.

Plus largement, comme l'expliquait en 2014 Olivier Richard, biographe d'Akira Toriyama, dans Le Monde : "Ce que les médias généralistes ont longtemps raté, c’est que Dragon Ball, c’est vraiment une mythologie moderne, comparable à Star Wars en termes de longévité, de fans et de produits dérivés." D'ailleurs, même pendant la période où aucun nouvel épisode de Dragon Ball n'a été diffusé ou publié (en gros, de 1997 à 2015), la série a continué à connaître de multiples déclinaisons, films ou jeux vidéo en tête. Le dernier en date, "Dragon Ball FighterZ" s'est vendu à plus de 3,5 millions d'exemplaires en un an.

Enfin, il ne faut pas non plus oublier que la principale raison de la longévité d'une œuvre, c'est sa qualité. Dragon Ball, malgré ce qu'en pensaient ses critiques des années 90, est une histoire intemporelle et passionnante, qui véhicule des valeurs universelles (dépassement de soi, ouverture à l'autre, loyauté et amitié) et dont les différents récits sont en phase avec les questionnements de l'enfance, de l'adolescence et de l'âge adulte. C'est sans doute ce qui lui a aussi permis de traverser les générations : trois au total (pour l'instant) entre les enfants de la fin des années 80, ceux de la fin des années 90 et ceux nés après les années 2000, parfois même les enfants des premiers. Ce qui fait une mythologie, c'est aussi la transmission.

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