Comme promis, touché de vos messages, Laurent Terzieff a bien voulu redonner de la voix. Il a ouvert à nouveau les portes de son appartement germanopratin (portes toujours ouvertes d'ailleurs, avec son nom écrit à la main sur un coin de feuille déchirée et épinglée en haut des marches couvertes de vieux livres) pour que le magnétophone enregistre ses lectures. 74 ans, très maigre, l'oeil bleu, en veste et pantalon, chaussettes de laine et baskets noires (par 25 dégrés), l'acteur a posé sur le bureau ses recueils de poésie. Ou plutôt ceux qu'il avait réunis pour des spectacles ou des lectures, avec son épouse disparue, Pascale de Boysson. Brecht, pour commencer, ses Poèmes, publiés à l'Arche. Sélection de poésie par temps de guerre, poèmes de résistances ou poèmes sur la mort. Puis Henrich Heine. Et Rilke, à nouveau, et son sublime "Cahier de Malte".Terzieff a préparé ce rendez-vous. Mais il veut encore répéter. Pris par le désir de ne pas cesser l'enregistrement, pour transmettre la poésie qu'il aime tant et le maintient sans doute dans une énergie quotidienne (drogué de poésie), l'acteur s'isole dans une pièce voisine qui fait office de gueuloir. Il relit, répète. Porte fermée, on entend sa voix, si belle.Le revoilà. Me voyant, patient, seul sur ma chaise, il plaisante : "J'espère que vous avez une vie intérieure!". Il se rasseoit, parfaitement au point. Une musique précise transcrit ses auteurs allemands de chevet. Une flamme Terzieff, toujours allumée. 2 heures de lecture, alors que dix minutes auraient suffi. "Vous couperez!" lance le comédien. Bonheur de regarder et d'écouter un tel amoureux de l'écrit, du talent des auteurs. Une vie à leur service, au service du public, ce destin est si palpable d'un coup, dans ce bureau d'un autre âge, usé par les années. Rendez-vous avec Terzieff si vous le souhaitez fin juin, dans "Esprit critique".

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VJ © Radio France
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