Ce lundi, la justice doit étudier une procédure lancée en référé par l'application Molotov contre TF1. Le logiciel permettant de regarder et d'enregistrer la télévision accuse TF1 de rupture abusive de contrat.

A son lancement, Molotov proposait de regarder et d'enregistrer toutes les chaînes gratuites de la TNT... fonctions qui ont été réduites ensuite
A son lancement, Molotov proposait de regarder et d'enregistrer toutes les chaînes gratuites de la TNT... fonctions qui ont été réduites ensuite © AFP / ERIC PIERMONT

Le conflit continue de faire rage entre TF1 et Molotov, et s'est aggravé depuis le 1er juillet dernier. D'un côté, l'un des plus grands groupes audiovisuels européens, filiale du groupe Bouygues et propriétaire de pas moins de cinq chaînes sur la TNT : TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Films et LCI. De l'autre, Molotov, une application lancée en 2016 par l'ancien patron de Canal+ Pierre Lescure avec deux associés, dont le concept est simple : permettre à ses utilisateurs de regarder et d'enregistrer la télévision sur tous les terminaux, avec une interface différente de la télévision traditionnelle, mettant plus l'accent sur les programmes que sur les chaînes, à la manière de Netflix. On parle de modèle OTT (pour "over-the-top").

Plus d'accord avec TF1

Depuis le 1er juillet, le contrat qui liait les deux opérateurs n'a pas été renouvelé, faute d'accord commercial entre les deux parties. "L'accord entre TF1 et Molotov, qui rémunérait les chaînes, était un accord expérimental pour leur lancement", a expliqué TF1 au journal Les Echos. Mais aujourd'hui, le groupe audiovisuel a fixé de nouvelles exigences financières pour la diffusion de ses antennes - exigences qui l'ont déjà poussé au conflit avec Orange, Canal et Free.

En clair, TF1 veut que Molotov, qui propose un abonnement payant, verse plus d'argent pour avoir le droit de diffuser ses chaînes. Et pour Molotov, pas question de payer plus cher pour diffuser des chaînes disponibles par ailleurs gratuitement sur la TNT. Ainsi, depuis le 1er juillet et la fin du contrat qui liait les deux parties, les chaînes du groupe TF1 sont toujours disponibles sur l'application, via leur flux de diffusion TNT.

Difficultés économiques

Ce lundi, la justice étudie donc la procédure en référé de Molotov contre TF1 pour rupture abusive de contrat. Pour la plate-forme, cette décision est capitale : bien que la plateforme flirte avec les 8 millions et demi d'inscrits, elle n'a jamais réussi à engendrer des profits. Sans les chaînes de TF1, son modèle ne s'effondrerait pas totalement mais l'offre deviendrait bien moins intéressante : "Le modèle principal de Molotov c'était de faire redécouvrir la richesse des chaînes de télévisions gratuites à travers une application OTT. Si vous enlevez le premier de ces acteurs, ça pose un sérieux problème", juge Emmanuel Torregano, spécialiste des médias, fondateur du site Électron Libre.

Déjà en difficulté financière, Molotov pourrait donc perdre une partie de ses abonnés... et surtout manquer une levée de fonds sur laquelle l'entreprise compte beaucoup pour renflouer ses caisses. Ce qui ne déplairait pas nécessairement à TF1, qui espère lancer sa propre plate-forme, "Salto", avec France Télévisions et M6 - en admettant que l'autorité de la concurrence donne son feu vert pour ce nouveau service, ce qui n'est toujours pas le cas. Emmanuel Torregano analyse : "Salto arrivera face à Molotov qui a déjà 8,5 millions d'utilisateurs. TF1 et M6 partiraient donc avec un désavantage, d'autant plus que Salto est censé être payant. Ce que veut TF1, c'est donc forcer Molotov à devenir payant, et l'entraver avant de lancer sa propre plate-forme." De son côté, TF1 affirme que le conflit avec Molotov n'a "rien à voir" avec Salto. 

Des précédents face à M6

Ce n'est pas la première fois que la situation se tend entre Molotov et TF1 - de même qu'avec M6 : depuis le lancement de l'application en 2016, les groupes privés ont progressivement exigé que les fonctions d'enregistrement, de replay et de contrôle du direct soient de plus en plus limitées sur leurs chaînes.

Et début 2019, c'est M6 que Molotov a affronté devant la justice. Le groupe audiovisuel exigeait que Molotov rende payant le bouquet M6, composé de chaînes gratuites (M6, W9, 6Ter) et payantes (Teva, M6 Boutique, Paris Première), ce que refusait la plateforme. Le Tribunal de Commerce de Paris a donné raison à Molotov en première instance, mais le groupe M6 a fait appel - et l'affaire n'est pas encore repassée devant les tribunaux.

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