Il n’est pas certain que Jean François Coppé apprécierait « les Chiens de Navarre », lui qui s’émeut d’un livre pour enfants, « Tous à poils ». Car du poil, il y a dans les spectacles de ce collectif apparu en 2005, qui regroupe 5 acteurs et 3 actrices et un metteur en scène. « Les Chiens de Navarre » racontent, sur scène, des histoires puisées dans la vie, dans le réel mais ils montrent aussi ce qui se passe dans nos têtes, ce qu’on ne s’autorise pas dire, éducation oblige : notre inconscient, nos désirs de toutes sortes. C’est pour cela que, bien souvent, ils se déshabillent. Pour eux, le théâtre est le lieu de l’acteur et le plateau, un lieu d’expression total. Tout se montre, même le corps, tout se joue, même le grotesque et c’est ce qui fait l’originalité des "Chiens de Navarre" qui nous font rire, énormément, par leur culot et leur sens de l’improvisaiton, leur pertinence. Jubilatoire.

"Une raclette"
"Une raclette" © Radio France

Dans « la Raclette », par exemple, nous assistons à un dîner organisé dans un immeuble entre voisins. Le couple qui reçoit a fait une raclette pour que tout le monde apprenne à se connaître. Timidité des uns, maladresses des autres, convives ennuyeux qui racontent dans le détail leur amour de la randonnée, propos réactionnaires, parfois. Le dit et le non dit…

Notre discours apparemment civilisé mais aussi les plus sauvages de nos pulsions, ce qu’on dit en société et ce que l’on pense secrètement… Tout ça se joue. Le moi social et le surmoi. « Les Chiens de Navarre » sont libres. Au fil d’une scène, les acteurs peuvent se déshabiller, simuler des orgies, s’habiller d’un masque de vieillard en étant nus. Quelle vie, sur le plateau, quelle liberté ! On a rarement vu ça… situations plausibles : le dîner des voisins, situations grotesques, outrancières, ces nus dans des situations orgiaques, on pense à des tableaux de Jérôme Bosch. Ces paires de fesses, ces seins, ces sexes qui s’exhibent ne choquent pas, car ces moments s’inscrivent dans un spectacle né d’improvisations mais aussi pensé, calibré et construit.

Il y a de la justesse dans le regard des « Chiens de Navarre » sur nous, humains, notre grandeur ou notre médiocrité. Elle passe par les acteurs, leur sens de l’improvisation impressionnant, par leur histoire, par leur talent. Il y a dans leur pensée quelque chose de dadaïste, la preuve, les titres des spectacles : « regarde le lustre et articule », « Nous avons les machines », « Une raclette ».

Evoquer le travail des « Chiens de Navarre », à l’heure où les lycéens boivent leur chocolat, ce n’est pas faire l’apologie du sexe pour le sexe ou de la provocation gratuite. Loin de là ! C’est juste s’enthousiasmer pour un théâtre vivant qui convoque non pas le texte mais le burlesque, le grotesque, le rire pour témoigner des hauts et bas de notre vie, aujourd’hui.

« Les chiens de Navarre », au théâtre du Rond-Point, jusqu’au 2 mars et en tournée. A consulter sur leur site :

http://www.chiensdenavarre.com/lapageacceuil.html

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