Un manuscrit sur lequel la main de l'auteur a laissé sa marque est un témoignage irremplaçable. Ce patrimoine vivant est conservé aujourd'hui dans une abbaye, près de Caen

Marguerite Duras. Carnet de notes pour le tournage d'India Song (1975), [1974-1975]. Fonds Marguerite Duras / IMEC
Marguerite Duras. Carnet de notes pour le tournage d'India Song (1975), [1974-1975]. Fonds Marguerite Duras / IMEC © M. Quemener

L’Institut Mémoire de l’Edition Contemporaine s’est installé en 2004 dans l’ancienne abbaye d’Ardenne et gère, depuis, les archives papier léguées, à ce jour, par six cents intellectuels, artistes, écrivains et poètes, et entreposées sur 27 km de linéaires. Des centaines de documents sont ainsi sauvés, restaurés, conservés, notamment par l'IMEC.

Pour inaugurer la nouvelle nef destinée aux expositions, l'Institut propose actuellement une exposition qui prend la forme d'un parcours fascinant et émouvant intitulé "L’Ineffacé".

Nathalie Léger, directrice de l’IMEC, en a confié la conception à Jean-Christophe Bailly, poète, dramaturge, écrivain.

L'Abbaye d'Ardenne est imprégnée de signes et de traces, on a même parfois l'impression en se promenant dans les allées que les archives prennent la parole, prennent corps et voix, forment un murmure.

Elsa Daynac est allée vérifier avec son micro pour tenter d'enregistrer cette rumeur palpable et étrange.
Le fantôme de Marguerite Duras n'est pas apparu pour répondre à ses questions. En revanche, le micro a enregistré l'ambiance sonore de cet espace particulier. Il y a beaucoup de portes à ouvrir et à fermer. Ici ça vente, là ça souffle, ici on murmure, là on lit, là-bas on trie. Dans la cour, il fait bon, il fait calme. C'est là qu'Elsa a croisé Yoann Thommerel, directeur du développement culturel de l’IMEC. Avec lui, on suit le chemin des archives, de la cave à l'église.

Jacques Audiberti. Notes sur papier peint pour Monorail (Éditions Egloff, 1947), [1944]. Fonds Jacques Audiberti / IMEC
Jacques Audiberti. Notes sur papier peint pour Monorail (Éditions Egloff, 1947), [1944]. Fonds Jacques Audiberti / IMEC © IMEC / M. Quemener

A découvrir en ce moment dans l’ancienne abbaye d’Ardenne des fragments, des éclats, des brouillons tirés des fonds de 45 artistes. d’Adamov à Hélion, de Barthes à Guibert, de Derrida à Duras.
Lorsqu'un écrivain décide de lui-même, comme ce fut le cas de Marguerite Duras de confier ses archives à l'IMEC, il y a des trouvailles, des pépites. Lors de la parution de la douleur, où elle évoque Robert Antelme de retour des camp de la mort, Duras racontait qu'elle l'avait retrouvé dans son armoire à Neauphle-le-Château.

Les carnets confiés par Duras contiennent beaucoup de choses qui donneront naissance à quelques-unes de ces œuvres postérieures. La douleur, donc mais aussi l'Amant.

Chaque fois qu'un fond arrive, il y a quelque chose de saisissant

"Tous ceux qui ont analysé les ronds de café sur les manuscrits de Balzac le savent, poursuit Nathalie Léger. il y a dans cette matière de papier, l'impression d'un corps, d'habitude, de combat parfois."

Pour aller + loin

L'humeur vagabonde - Kathleen Evin reçoit Nathalie Léger et Jean Christophe Bailly
Le site de l'exposition l'Ineffacé

Bibliothèque de l'abbaye d'Ardenne
Bibliothèque de l'abbaye d'Ardenne © IMEC / Philippe Delval
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