Un siècle de lumière et de mouvement dans l’art, 1913-2013

Les notions d’espace, de vision, de mouvement et de lumière traversent l’art abstrait du XXe siècle et concernent de nombreux artistes contemporains mondialement reconnus , comme Ann Veronica Janssens , Anish Kapoor,John Armleder, Carsten Höller, Philippe Decrauzat, Jeppe Hein, Felice Varini ou encore Xavier Veilhan . En plaçant la vibration ainsi que le spectateur et sa perception au coeur de leurs oeuvres, ils offrent de multiples résonances avec l’art optique et cinétique, un courant inauguré lors de l’exposition Le Mouvement à la galerie Denise René à Paris en 1955, mais aussi, plus largement, avec ce qui fut ensuite qualifié d’« art perceptuel » lors de l’exposition The Responsive Eye au Museum of Modern Art de New York en 1965.

De façon totalement inédite, l’exposition occupe la totalité des Galeries nationales du Grand Palais, soit environ 3700 m2 , afin de présenter près de 150 artistes travaillant parfois en groupe qui ont contribué au développement de cette forme d’art sur une centaine d’années. Parmi ceux-ci se distinguent Julio Le Parc, François Morellet, Gianni Colombo, Jesús Rafael Soto, Dan Flavin, Hans Haacke, James Turrell, Yayoi Kusama, Victor Vasarely, Kenneth Noland, Jean Tinguely, Yaacov Agam, Tony Conrad, Pol Bury, Alexander Calder, Marcel Duchamp, Gerhard von Graevenitz, Christian Megert, Nicolas Schöffer, Bridget Riley, Dan Graham, Takis, Gregorio Vardanega , ainsi que les collectifs d’artistes tels que le GRAV (groupe de recherche d’art visuel), et le groupe Zero.

Ann Veronica Janssens - Bluette, 2006 Brouillard artificiel, filtres colorés
Ann Veronica Janssens - Bluette, 2006 Brouillard artificiel, filtres colorés © Courtesy Air de Paris, Galerie Micheline Szwajcer & kamel mennour, Paris. © Adagp, Paris

Le visiteur est accueilli par une sculpture de brume deFujiko Nakaya dès le square Jean Perrin. Après une introduction axée sur les réalisations les plus récentes, l’exposition privilégie par la suite le dialogue entre les périodes, afin de rendre compte à la fois de la continuité et du tissage complexe de ces préoccupations. Deux parties principales, intitulées « vision » et « espace », se subdivisent ainsi en seize sections consacrées à différents thèmes liés à l’expérience phénoménale : l’immatériel, la monochromie, l’interférence, l’immersion, le clignotement, la nuée, l’instabilité, la distorsion, le vide, l’invisible ou encore la permutation où seront montrées de nombreuses oeuvres rares ou inédites mises ainsi en rapport, ainsi que de nombreuses installations et plusieurs environnements, dont le Labyrinthe du GRAV , créé en 1963 pour la Biennale de Paris.

La dernière partie du parcours, consacrée à la période la plus ancienne, rassemble des précurseurs de cette tendance : Giacomo Balla, Robert Delaunay, František Kupka, Marcel Duchamp, Hans Richter, Alexander Calder, Alexander Rodtchenko, ou encore LászlóMoholy-Nagy qui, les premiers, ont cherché à traduire par leurs tableaux, leurs sculptures ou bien leurs films, une conception profondément abstraite, dynamique et immatérielle de la réalité.

L’exposition commence avec des créations contemporaines, deux d’entre elles ont été conçues tout spécialement pour le Grand Palais : l’une pour la colonne de la façade, l’autre pour le grand escalier. Elle se termine par quelques-uns des pionniers les plus remarquables. La répartition des oeuvres, où les plus anciennes dialoguent avec les plus récentes, est ensuite donnée par le traitement qu’elles font de la vision ou du domaine de l’espace, selon 16 thèmes : claire voie, permutation, concentrique /excentrique, interférence, immersion, distorsion, tactile, trame, battement, abîme, champs de force, nuée, halo, maëlstrom, espace incertain, céleste.De salle en salle, le parcours présenté à travers tout le XXe siècle et l’art contemporain, loin des idées acquises sur l’art, réservera découvertes et étonnements, interrogations et éclaircissements.

Quelques thèmes

I – Vision

Claire-voie

Julio Le Parc Surface couleur - série 14-2E 1971 - Collection particulière
Julio Le Parc Surface couleur - série 14-2E 1971 - Collection particulière © Adagp, Paris 2013

À la fois tableaux, reliefs et sculptures, certaines oeuvres jouent sur la transparence et l’immatérialité, et questionnent leurs limites en tant qu’objets. Construites à claire-voie, à partir d’éléments ajourés, elles invitent la lumière et le regard à y circuler librement. C’est le cas des plans juxtaposés de Victor Vasarely et Francisco Sobrino , des cloisons verticales de Heinz Mack , Julio Le Parc et CarlosCruz-Diez , qui instaurent des jeux dynamiques dans lesquels la réalité se trouve filtrée, fragmentée ou démultipliée. Le film des frères Quistrebert présente un feuilletage similaire de l’espace et de la vision, tandis que chez François Morellet ou Nicolas Schöffer , c’est l’espace vide qui est modulé par des périmètres lumineux ou par des surfaces réfléchissantes et mobiles. Ces réalisations sont autant des objets matériels que des dispositifs de vision, qui intègrent et façonnent le réel alentour. Confronté à ces totems de l’instabilité, le spectateur cherchera en vain un point de vue central et privilégié : leur réalité, éminemment inconstante, s’appréhende selon la « vision en mouvement » prônée par László Moholy-Nagy.

Battement L’intermittence lumineuse joue un rôle essentiel. Pour Brion Gysin ou le Gruppo MID , cette palpitation est hypnotique. En accord avec un vocabulaire formel et chromatique extrêmement réduit, le rythme y est répétitif, sur un mode binaire – une façon pour les artistes d’échapper à la temporalité classique, illusionniste et narrative, qui est par exemple celle du cinéma. La capacité perceptive est mise à l’épreuve avec les clignotements de François Morellet , la boîte stroboscopique de Julio Le Parc , le film de Tony Conrad , composé d’une alternance rapide de photogrammes monochromes, et le film de Dieter Roth , qui consiste en une série de flashes produits par les perforations d’un filmvierge , réalisées à l’aide d’une simple cigarette allumée. La vision, sollicitée de façon extrême, crée des formes et des couleurs additionnelles. Soucieux d’entraîner le regard dans les arcanes de leurs sculptures, Nathaniel Rackowe , Gianni Colombo , Martha Boto et Gregorio Vardanega jouent ainsi sur l’effet Phi afin de procurer la sensation d’un déplacement entre un élément qui s’éteint et un autre qui s’allume.

Abîme

Anish Kapoor Islamic Mirror 2008 Acier inoxydable
Anish Kapoor Islamic Mirror 2008 Acier inoxydable © Anish Kapoor Photo. José Luis Montero / Courtesy the artist and kamel mennour, Paris © Adagp, Paris

Certains tableaux, sculptures ou environnements hébergent des espaces insondables. C’est le cas des monochromes en creux d’Anish Kapoor et de Francesco Lo Savio , dont l’apparence extérieure, hémisphérique ou cubique, abrite un intérieur qui se dérobe à la vue. Long de 12 mètres, le couloir immaculé et lumineux de Bruce Nauman interdit la déambulation et n’offre, à son extrémité, que l’image réfléchie de son observateur. L’environnement de James Turrell installe les conditions lumineuses nécessaires à l’apparition spectrale d’un tableau monochrome. La lumière révèle autant qu’elle le dissout le relief de Laurent Grasso , constitué de pyramides laquées de noir. Chez Christian Megert ou Keith Sonnier , un jeu de miroirs capte un pan d’espace pour le soustraire à notre perception et, littéralement, le mettre en abyme.

Espace incertain L’espace architectural s’ouvre également à la contingence et aux modulations ; il est utilisé comme support, voire comme médium de l’expérience perceptive. Faisant suite à une double projection lumineuse de Julio Le Parc, une sculpture cristalline deDan Graham révèle et dissimule alternativement ses alentours, tandis qu’à l’inverse l’espace se concentre dans une cellule, puis s’ouvre sur l’infini chez Christian Megert . Dans le cas de Gianni Colombo , des fils élastiques et lumineux plongés dans l’obscurité dessinent une structure pénétrable et instable, à l’instar du premier Labyrinthe du GRAV, véritable musée dans le musée, où se succèdent différents modes de perturbation spatio-visuelle. Ainsi de la cellule de François Morellet , entièrement recouverte de quarante mille carrés rouges ou bleus dont la palpitation optique incessante empêche toute focalisation du regard, ou de la salle de Julio Le Parc , où sont suspendues des plaques réfléchissantes « à pénétrer ».

Céleste L’utilisation de l’espace pour lui-même a été déterminante dans les arts plastiques au XXe siècle. Il s’agit d’un espace qui s’apparente à celui de l’architecture, limité, défini, mais également élargi, rendu flou ou incertain. Il peut aussi être infini, par analogie avec l’espace de l’univers. C’est ce que montrent les oeuvres de Georges Koskas et de Carmelo Arden Quin , constituées de points et de cercles mis en relation qui peuvent faire allusion à la représentation d’un système planétaire, de même que les pièces tridimensionnelles de Mary Vieira, Getulio Alvian i et Elias Crespin peuvent évoquer des anneaux dans le cosmos. C’est cet espace parcouru de forces, traversé par la lumière, scintillant de mille feux, qu’illustrent les oeuvres de Frank Malina , Julio Le Parc et Günther Uecker.

installation atmosphérique de Fujiko Nakaya

« Je crée une scène pour y laisser la nature s'exprimer. Je suis une sculpteuse de brume, mais je n'essaie pas de la modeler. L'atmosphère est le moule, le vent le burin. » explique Fujiko Nakaya.Son outil: des brumisateurs d'eau potable à haute pression qui pulvérisent de microscopiques gouttelettes, lesquelles s'exhalent en fines brumes volatiles. La sculpture de brume de Fujiko Nakaya pour le Grand Palais est installée dans la fontaine au centre du square Jean Perrin et son éclairage est conçu par Masao Nihei. L’artiste tient à laisser la brume réagir avec l’environnement en fonction des conditions climatiques et de la chaleur diffusée par l’éclairage et le public. La diffusion de la brume est reglée afin de laisser apparaître et disparaître les nymphes sculptées de la fontaine.Les sculptures de l’artiste reposent essentiellement sur la dynamique qui résulte de l’interrelation entre le brouillard artificiel et notre environnement naturel, incitant les gens à s’immerger physiquement dans un dialogue avec la nature.

Dan Flavin Untitled (to you, Heiner, with Admiration and Affection) 1973 Tubes fluorescents
Dan Flavin Untitled (to you, Heiner, with Admiration and Affection) 1973 Tubes fluorescents © Dia Art Foundation © Adagp, Paris

Autour de l’exposition

Visite-atelier Dessins en promenade Vous aimez dessiner ? Vous êtes professeur d’arts plastiques ou responsable d’un atelier de dessins ? Amateur ou artiste professionnel ? Avec votre matériel de dessin personnel, venez goûter seul ou à plusieurs, à l’ambiance du Grand Palais en ouverture restreinte. Accompagnés par les commentaires d’un conférencier, prenez le temps de remplir les pages d’un carnet de croquis des plus étonnantes créations... mardi 23 avril, 21 mai et 18 juin 14hVisite-atelier Tous les sens en éveil Acte I Surprise, stimulation et collaboration du spectateur, introduction de la technologie scientifique… C’est ainsi que de nombreux artistes envisagent la création au XXe siècle : géométrique, abstraite et participative ! Mais au-delà de la vue, du toucher, de l’ouïe, et si l’on sollicitait également l’odorat et le goût ? Thierry Marx nous propose un atelier culinaire pour faire dialoguer : saveurs et innovations, textures et émotions. De quoi développer des liens entre arts plastiques et art culinaire ! les vendredi 19 et samedi 20 avrilVisite-atelier Tous les sens en éveil Acte II Rond, structuré, complexe… Grâce aux commentaires d’un conférencier dans l’exposition, puis autour d'une sélection de crus composée par David Biraud qui représente la France au concours de meilleur sommelier du monde, art et oenologie se rencontrent le temps d'une promenade.... mercredi 15 mai, 12 juin et 03 juillet à 19hVisite-atelier Enfants 8-11 ans Monde mobileDe la sculpture en mouvement au mobile, il n’y a qu’un pas que certains artistes ont fait au XXe siècle avec bonheur ! Derrière l’apparente simplicité des formes conçues par Calder, Munari ou Veilhan, explorez la géométrie, questionnez la perception et développez le sens de l’observation des enfants. Puis, en atelier, ils imagineront à leur tour une création géométrique et légère, qui se joue de l’apesanteur !Hors vacances scolaires mercredi et samedi 14hVacances scolaires lundi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi 14h30

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