Celle qui fut la portraitiste de Marie-Antoinette s'est également beaucoup représentée. Aujourd'hui, elle serait sur Instagram, elle twitterait et disputerait le titre de "Reine du selfie" à Rihanna, Kim Kardashian ou Rania de Jordanie...

De toutes les femmes artistes qui s’illustrèrent dans la France du XVIIIe siècle, seule Élisabeth Louise Vigée Le Brun est aujourd’hui encore un peu connue du grand public. Non seulement, on associe son nom aux portraits de Marie-Antoinette, et peut-être aussi au célèbre tableau du Louvre où elle s'est représentée avec sa fille, mais l’artiste est également restée dans les esprits comme une femme d’une grande beauté.

Madame Vigée Le Brun par Augustin Pajou, terre cuite
Madame Vigée Le Brun par Augustin Pajou, terre cuite © / Paris, musée du Louvre, département des Sculptures - 1783

Tout au long de sa carrière, Élisabeth Louise Vigée Le Brun n'a pas hésité à se peindre. Soulignant sa beauté, ses ambitions et son ascension sociale et professionnelle, ses nombreux autoportraits ont ainsi ajouté à sa renommée, de son vivant comme après sa disparition. Par ailleurs, la portraitiste a également été représentée par d'autres, en particulier le sculpteur Augustin Pajou, qui a fait d’elle un chef-d’oeuvre en terre cuite présenté en 1783 au Salon de l’Académie royale, l’année même au cours de laquelle Mme Vigée Le Brun était admise au sein de cette prestigieuse institution.

Vigée Le Brun utilise l’autoportrait pour affirmer son statut, diffuser son image et mais aussi rappeler la mère qu’elle est parvenue à devenir malgré les servitudes d’une carrière. Son plus grand coup de force à cet égard est de présenter au Salon de 1787 deux peintures qui restent associées et qui sont sans doute les plus connues. D’un côté, le portrait de Marie-Antoinette entourée de ses enfants ; de l’autre, le portrait d’une femme artiste serrant contre sa poitrine sa fille Julie.

Portraiturer la famille royale et la cour

Marie-Antoinette en chemise
Marie-Antoinette en chemise © / Kronberg, Hessische Hausstiftung - 1783

> C’est en l’année 1779 […] que j’ai fait pour la première fois le portrait de la reine, alors dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté. […] À la première séance, l’air imposant de la reine m’intimida d’abord prodigieusement ; mais S. M. me parla avec tant de bonté que sa grace si bienveillante dissipa bientôt cette impression.

Après avoir livré le premier grand portrait officiel de Marie-Antoinette, Madame Vigée Le Brun fut régulièrement sollicitée par la famille royale. Elle s’inscrit alors dans la tradition courtisane qui, tout en restant fidèle, embellit imperceptiblement certains modèles. Succès garanti.

En 1783, elle prit cependant quelques libertés en représentant la souveraine en robe de gaulle. Exposé au Salon, le portrait suscita des réactions indignées, la critique s’étonnant qu’un modèle aussi noble puisse paraître en tenue d’intérieur.

Marie-Antoinette et ses enfants
Marie-Antoinette et ses enfants © / Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon - 1787

Le 12 septembre 1785, la direction des Bâtiments du roi, sur ordre de Louis XVI, commanda à Mme Vigée Le Brun un grand portrait de la reine. La consigne était précise : le tableau, monumental, la représenterait dans son intérieur, en compagnie de ses enfants, garants de la continuité dynastique. Il devait restaurer l’image de Marie-Antoinette, lui rendre une respectabilité en l’exaltant dans son rôle de mère. Consciente de l’impopularité croissante de l’« Autrichienne », l’artiste n’osa pas envoyer le tableau au Salon. Le 25 août 1787, jour de l’ouverture, la place d’honneur qui lui était réservée resta donc vide, suscitant force quolibets, dont le célèbre « Voilà le déficit ! ». Pour endiguer le déferlement de critiques, l’ordonnateur du Salon, Amédée Van Loo, demanda à Mme Vigée Le Brun d’accrocher son oeuvre. Si ses qualités picturales furent appréciées, elle ne toucha guère. On fut frappé par la tristesse des visages, l’évocation d’une maternité qu’on eût souhaitée plus rayonnante. (Gwenola Firmin - Extrait du catalogue de l'exposition )

L'exposition

Je n’ai eu de Bonheur qu’en peinture

Cette rétrospective consacrée à l’ensemble de l’oeuvre d’Élisabeth Louise Vigée Le Brun montre une artiste dont la vie s’étend du règne de Louis XV à celui de Louis-Philippe, L'artiste a traversée l’une des périodes les plus mouvementées et orageuses de l’histoire européenne et surtout française des temps modernes.

Xavier Salmon, conservateur général du patrimoine, avec Jacqueline Pétroz

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►►► POUR ALLER + LOIN | Le site du Grand Palais

Rétrospective Élisabeth Louise Vigée Le Brun au Grand Palais du 23 septembre 2015 au 11 janvier 2016

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