La famille, c’est vraiment quelque chose d’important. Souvent, quand ça va pas bien au travail ou qu’on est un petit peu malade, on dit : « Ben heureusement qu’il reste la famille. » La famille, normalement, c’est l’endroit où l’on se sent bien. C’est les parents. C’est les enfants. Les frères, les sœurs. Les poissons rouges. Moi quand j’étais petit, j’avais un poisson rouge. Il était très rouge. Il n’avait pas beaucoup de conversation, mais vraiment je le considérais comme étant de ma famille ! C’est à lui que je me confiais quand j’avais un problème. Et donc à tout le monde je lançais : « Heureusement qu’il reste Jean-Paulette ! » Personne n’ayant su me dire si c’était un garçon ou une fille, je l’avais appelé Jean-Paulette.

Bref, la famille, c’est important. Même si, d’après la chanson, on ne la choisit pas. « On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille. On choisit pas non plus les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher. » C’est une très belle chanson, mais ça mérite quand même qu’on s’arrête sur le texte. « On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille » : est-ce que ça tient vraiment la route, une assertion pareille ? Politiquement parlant. « On choisit pas sa famille » : ben si ! Politiquement parlant, on choisit sa famille ! Comme quand on veut entrer dans la mafia ! La famille Paccini. La famille Paccina. La famille Guérini. La famille Pasqua...

En politique, on a même le droit de changer de famille ! Comme ça, sur un coup de tête, on claque la porte et hop ! On va sonner chez les voisins ! Bernard Kouchner, Eric Besson : ils ont changé de famille ! Et ils ont donc changé de parents. On peut donc choisir aussi ses parents. Kouchner et Besson, ils ont quitté la famille de la gauche pour aller dans la famille de la droite. C’est toujours dans ce sens-là que ça fonctionne. De la gauche à la droite. Quand on est jeune on est souvent dans la famille de gauche, et puis parfois quand on prend de l’âge on passe dans la famille de droite. C’est jamais dans le sens inverse...Sauf quand on meurt. Quand on meurt, on passe l’arme à gauche. Y compris les gens de droite. Y compris Jean-Paulette !

Mais faut dire que pour les vivants, la famille de la droite est très accueillante. C’est la grande famille de l’UMP. Avec papa. Nicolas. Avec maman. Carla. Maman qui avant était elle aussi dans une autre famille. Mais papa a l’esprit très large et l’UMP, de toute façon, c’est une famille recomposée, une sorte de communauté. Comme les mormons. Y’a la famille sarkozyste, la famille chiraquienne et tout le monde vit ensemble. Avec papy. Chirac. Dans toutes les familles, y a un papy gâteux. Et une mamie gâteau. Ici c’est Bernadette. Elle est très chouette. Y a aussi pleins d’enfants. Copé, Morano, Balkany... (Ah oui, dans toutes les familles, comme dans toutes les mafias, y a des repris de justice !) Et puis il y a des vieilles choses qui viennent pour le goûter. Le vieux Valéry. Lui, il est mythomane. Il s’invente des histoires sexuelles et ça fait rigoler. Le vieil Edouard. Lui, il est plus secret. Il cache des choses, les vieil Edouard. Et les gosses ont interdiction de lui faire des guiliguilis sur les mentons, parce qu’il est super susceptible.

Dans la famille centriste aussi, tout le monde se vexe pour un rien. Là, c’est une famille très éclatée, dans laquelle tout le monde est d’accord, mais personne ne s’entend. Y’a Morin, y’a Bayrou, y’a Borloo, y’a Boutin : ils disent tous la même chose, mais ils peuvent pas se voir en peinture et sont parfaitement incapables de se retrouver pour les fêtes à Noël ou pour un pique-nique le dimanche !

Alors que dans la famille socialiste, le pique-nique c’est une tradition. On fait ça avec les cousins de la famille communiste. Sur l’arbre généalogique de la gauche, c’est une vieille branche, les communistes, mais ils sont de moins en moins nombreux. On invite aussi les cousins de la famille écologiste. Chez eux, avant, ça gueulait tout le temps ! C’était insupportable. Là, ils se sont un peu calmés. Et ils attendent de voir qui va l’emporter au PS entre le frère et la sœur. Martine et François. Ils se sont toujours détestés, ces deux là, et en ce moment, ils essayent tous les deux de se mettre dans la poche le petit dernier, le petit Nono… Nono, il est très sûr de lui. Il est un peu tout fou, mais il s’exprime très bien et puis il a un truc : il a du charme…

Comme la cousine Ségolène. Tous les garçons de la famille étaient amoureux d’elle il y a quelques années. Aujourd’hui, elle a un peu perdu, mais elle assure encore. Y a toujours des belles nanas dans les familles ! Et puis y a des parrains libidineux. Qui tripotent les filles au dessert. Même sous le regard de leur femme, ça les dérange pas. Tout le monde ferme les yeux. Faut pas que ça se sache... Dans la famille socialiste, je voudrais le parrain libidineux ! Bonne pioche ! Ça, c’est quand même très mauvais pour l’image. Pour l’image de la famille. Avec en prime cette bizarrerie, qui veut que le frère et la sœur ne se battent pas du tout pour choper l’héritage de leur papa Lionel. Eux, Martine et François, ce qui les intéresse, c’est l’héritage de leur tonton !

Chronique du 14.10.2011 dans « Comme on nous parle »

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