Le Bondy Blog va fêter dans quelques jours ses quinze ans d'existence. Premier "pure player" français, le "média qui raconte les quartiers depuis 2005" organise aussi des débats ouverts à tous. Autant d'occasions de rencontres entre journalistes et grand public.

Conférence de rédaction au Bondy Blog (2006)
Conférence de rédaction au Bondy Blog (2006) © AFP / Olivier Laban-Mattei

Nous ne sommes pas tous journalistes, mais nous avons des histoires à raconter. Nous sommes un média, mais aussi une association, un lieu de rencontre, d’entraide, d’émancipation… Nous sommes tant de réalités… Comme le sont les quartiers.

Ainsi se présente Le Bondy Blog, qui célèbre ses 15 ans d’existence : "En écrivant ça, explique la directrice du Bondy Blog, Latifa Oulkhouir, invitée de Jean-Philippe Balasse dans l'Instant M, ce qu'on voulait dire, c'est qu'il y a dans le traitement médiatique pour les quartiers, un droit à la normalité. C'est-à-dire que nous, notre travail en tant que journaliste, c'est pas de dire qu'il n'y a aucun problème dans les quartiers ni de dire que tout s'y passe bien. 

On raconte ce qui se passe et comment ça se passe avec toute la complexité qu'il y a.

La démarche pour certains journalistes de venir dans les quartiers pour y trouver la confirmation de leurs préjugés, c'est une démarche qui n'est pas du tout la nôtre. En écrivant ça, c'est ce qu'on voulait dire. On veut raconter cette normalité-là du quartier, quand c'est beau, comme quand c'est pas très beau". 

L'histoire du Bondy Blog commence par un drame qui va enflammer le pays. La mort de deux garçons de 17 et 15 ans, Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans un transformateur EDF à Clichy sous Bois après avoir voulu éviter un contrôle de police. Ce fait divers marque le début de ce qu'on appellera "les émeutes de 2005" dans plusieurs cités.

En novembre de cette même année, Mohamed Hamidi, qui est alors professeur d'économie, voit débarquer à Bondy Serge Michel, un journaliste suisse, déjà récompensé par le prix Albert-Londres pour son travail en Iran. Serge Michel travaille en immersion.

"Je l'ai rencontré le premier jour, se souvient Mohamed Hamidi. Il est arrivé à la gare de Bondy, s'est rendu dans une agence immobilière, à la recherche d'un appartement pour s'installer pour quelques semaines. Et là, on lui a dit 'c'est pas aussi simple que ça. Par contre, je peux vous présenter quelqu'un qui essayera de vous introduire auprès des quartiers, notamment le quartier Blanqui, qui est le quartier dans lequel j'ai grandi à Bondy'. 

Ensuite, la rédaction de l'Hebdo est venue tour à tour : des journalistes spécialistes de la société, de sport, d'économie. Ils sont venus une semaine chacun pour raconter les quartiers.". 

Et puis un jour, ils sont repartis. Mais ils ont laissé les clés à Mohamed et aux jeunes gens qui l'entouraient. 

"Serge Michel avait créé ce blog parce qu'il fallait bien un endroit pour poser tous ces témoignages. Et il m'a dit 'Qu'est ce qu'on fait de cet outil ?' Cet outil qui avait commencé à grandir. Je lui ai dit 'Moi, je veux bien garder ce bébé donc le Bondy Blog, mais il faut que qu'on aille voir des jeunes, des étudiants, des lycéens qui ont envie de raconter leur vie, qui ont envie de raconter leur quartier, qui on envie de s'initier au journalisme'. C'est ce qu'on a fait."

Et ça fait 15 ans que ça dure. Et pour célébrer ce 15ème anniversaire, l'équipe du Bondy blog aimerait faire un numéro spécial du Bondy Blog Café avec Emmanuel Macron.

On a lancé une invitation au président de la République pour faire un Bondy Blog café spécial pour les 15 ans. 

Changer le regard

"À l'époque des révoltes de 2005, poursuit Mohamed Hamidi, on se rendait bien compte que le traitement médiatique des banlieues, c'était un traitement qui était uniquement en période de crise. Ce qui a changé aujourd'hui, c'est que le Bondy Blog existe. 

Je pense que du coup, il y a entre 100 et 150 journalistes aujourd'hui qui sont issus de ce centre de formation entre guillemets, qui sont dans des rédactions et qui, lors des réunions de rédaction, peuvent dire au rédacteur en chef 'Non, je ne suis pas d'accord, ça ne se passe pas comme ça. Moi, j'y suis, j'y vis, j'y ai grandi et les choses ne sont pas aussi simples'. Quelque part, on en inoculant les rédactions par des jeunes qui sont issus de ces quartiers, qui ont introduit des métiers journalistiques, on a permis peut-être un petit peu de faire varier le regard." 

Le rôle des associations

"J'ai été animateur avec Faïza et Wilfried, les parents de Killian M'Bappé, se souvient Mohamed Hamidi. A cette époque-là, on était entourés par des associations, ce tissu associatif qui manque tant aujourd'hui et qui nous a permis d'apprendre, d'aller au cinéma, de partir en vacances, d'être formés et d'être les citoyens que nous sommes aujourd'hui. Ce réseau associatif a été complètement disloqué au début des années 2000 et c'est ce qui manque aujourd'hui. 

Ces associations faisaient une partie du travail de l'Etat en formant des jeunes. 

Aujourd'hui, beaucoup de jeunes qui partent à la dérive seraient recadrés s'il y avait plus d'associations sur le terrain. 

C'est très difficile aujourd'hui de pouvoir créer une association, d'avoir de l'argent pour pouvoir tenir une association. Politiquement, c'est ce qui devrait être fait en priorité pour rétablir un peu de conscience dans les quartiers."