Si les humains sont devenus des animaux savants, les recherches scientifiques et éthologiques ont montré que, biologiquement, le ressenti des émotions n'est pas tout à fait différent. C'est ce qu'est venue expliquer la chercheuse et éthologue Jessica Serra, au micro de Grand bien vous fasse.

Émotions, joie, empathie et masturbation… Ce que les humains et les animaux ont en commun
Émotions, joie, empathie et masturbation… Ce que les humains et les animaux ont en commun © Getty / Eliana Halloun / EyeEm

Sur l'intelligence, sur les émotions, beaucoup sont encore convaincus aujourd'hui que les animaux ne sont pas capables de ressentir comme nous autres, humains. Pourtant, la neurobiologie a montré que les mécanismes cérébraux et le ressenti émotionnel seraient très proches entre l'homme et les animaux. En 1872, déjà Charles Darwin avait livré une brillante étude dans laquelle il s'intéressait à L'expression des émotions chez l'homme et les animaux. Mais qu'en est-il aujourd'hui aux vues des dernières études scientifiques menées notamment par les naturalistes et les éthologues ?

Il y a beaucoup plus de ressemblances avec nous qu'on se l'imagine.

- Jessica Serra, éthologue

Les animaux aussi émotifs que nous autres humains

En termes de ressenti, Jessica Serra commence par rappeler que "nous sommes probablement sur le même degré. 

Un humain qui a peur va ressentir absolument la même chose qu'un animal qui a peur.

Certes, il y a, très certainement, une différence en termes de traitement cognitif de l'émotion, sur la manière dont nous traitons cette émotion. Néanmoins, les animaux sont tout à fait capables de se rappeler d'un contexte qui a créé telle ou telle émotion à un moment donné. Ils sont donc capables de fuir une situation qui a occasionné un sentiment de peur ou de douleur, et ce, même des années plus tard. 

C'est là qu'on se rend compte à quel point la mémoire est importante aussi chez l'animal.

C'est le partage social de l'émotion qui va varier : quand l'homme aura besoin, à travers ses mots, de partager plus longuement de son sentiment, les animaux, eux, vont avoir tendance à aller consoler leurs congénères. Mais cela ne veut absolument pas dire que les animaux ne partagent pas leurs émotions. Ils vont simplement le faire par ce qu'on appelle le phénomène de contagion émotionnelle". 

Les animaux sont aussi joyeux et joueurs que les humains

Jessica Serra : "Il est certain que la joie égaie l'existence des mammifères, mais aussi probablement celle des oiseaux et de plein d'autres familles d'animaux. 

On sait, par exemple, que le jeu égaie beaucoup l'existence. Pendant longtemps, on pensait que le jeu, chez l'animal, n'avait qu'une fonction d'apprentissage. On se rend compte que non : 

L'animal joue pour le jeu en lui-même !

Même les animaux sourient :)

On retrouve notamment des sourires spontanés chez les bébés chimpanzés et ce sont les mêmes sourires que chez les nourrissons. Jessica Serra rappelle que "ce n'est pas spécifique à notre espèce. 

On se rend compte que le sourire apparaît chez bien d'autres espèces animales.

Encore une fois, il n'aura pas forcément la même fonction sociale puisque, chez nous, le sourire a plusieurs fonctions. Mais on se rend compte que, chez les chimpanzés, le sourire va plutôt s'inscrire dans le cadre d'un comportement d'intimidation. On n'a pas forcément la même fonction biologique, mais le sourire est souvent relié lui aussi à une émotion particulière".

Un rapport affectif réciproque avec les chiens et les chats : l'humain et l'animal se cultivent l'un l'autre

En septembre dernier, une étude scientifique s'est intéressée aux propriétaires d'animaux de compagnie pendant le confinement, et a révélé que ces personnes avaient beaucoup mieux traversé la crise sur le plan émotionnel. L'éthologue révèle ce qu'il en est de cette connexion qui s'est faite tout naturellement entre les propriétaires et leur chat, ou leur chien : 

Jessica Serra : "Les chiens et les chats sont des animaux qu'on appelle "néoténiques". Ce sont des animaux qu'on a modelés à notre image humaine. Ce sont des animaux encore plus joueurs que leur ancêtre sauvage. Cela est dû au fait que le rapport avec les animaux domestiques n'est absolument plus le même qu'auparavant. En effet, ils n'ont plus les mêmes contraintes, telles que celui de survivre au quotidien aux lois de la nature. Ils vont donc tous avoir tendance à présenter des comportements juvéniles, et vont se mettre à jouer comme l'homme réussit très bien lui aussi à s'amuser. Les animaux domestiques apprivoisent les réactions qu'on leur porte. 

Le chat et le chien incarnent à merveille cette capacité à jouir du moment présent et nous apprennent qu'on peut savourer notre existence au jour le jour en interagissant simplement avec eux.

Quand on observe son chat, on est forcément fasciné par son lâcher prise. L'animal a cette capacité à créer une bulle protectrice et à nous communiquer leurs ressentis, leur quiétude intérieure et à nous couper de la réalité anxiogène et extérieure du monde".

Relations sexuelles et masturbation : les animaux assument même plus que nous !

Des recherches ont montré que les animaux, comme les êtres humains, recherchent le plaisir sexuel et pas seulement en période de reproduction. L'animal n'a pas conscience qu'il va faire des bébés en s'accouplant. 

Surtout, ce qui guide l'animal dans l'accouplement, c'est avant tout le plaisir et sans plaisir pas d'accouplement.

Là encore, Jessica Serra rappelle combien nous autres humains "sommes pétris de croyances qui nous poussent à cacher notre sexualité. D'ailleurs, si certaines personnes répugnent toujours à l'idée que nous ayons des instincts sexuels similaires à ceux des animaux, la responsabilité revient à notre éducation aujourd'hui. Il faut se rendre compte que ça n'a pas toujours été le cas. La bisexualité, les relations homosexuelles étaient fréquentes, et constituaient la norme durant les époques les plus reculées. Les multiples partenaires étaient aussi fréquents. La diversité des relations sexuelles, en premier lieu, l'homosexualité, sont aussi dans la nature. 

Il y a au moins 450 espèces animales qui ont été répertoriées aujourd'hui qui ont des pratiques homosexuelles régulières.

Là encore, sur ce point, les animaux ont beaucoup à nous apprendre sur nous-mêmes !

De même, tous les singes se livrent à la masturbation. Tous les mammifères, n'ont pas forcément les mêmes techniques mais c'est la recherche du plaisir qui compte aussi. 

Comme chez les animaux et comme chez nous, le plaisir solitaire fait partie de la sexualité à part entière.

Le désir, une question d'odeur ? Un sens partagé avec les animaux, mais refoulé par les humains ? 

Jessica Serra : "C'est une étude récente qui a été menée aux Etats-Unis, à l’université de Brown, qui a révélé que l’odeur d’un partenaire compterait plus que son apparence. Au point que le désir sexuel peut augmenter si l’odeur apparaît comme bonne, ou au contraire fondre, si elle apparaît déplaisante. L'étude a montré que les femmes étaient plus attirées par des hommes qui avaient une odeur qui les renseignaient sur la compatibilité génétique.

En général, on va avoir tendance à choisir un partenaire sexuel qui est suffisamment éloigné de nous d'un point de vue génétique pour éviter les phénomènes de consanguinité

C'est l'effet des phéromones : ces composés odorants sexuellement attractifs, qui existent aussi bien chez l'être humain que l'animal. Mais notre culture continue à nous faire penser qu'on serait parmi les espèces les moins sensibles aux phéromones car nous avons appris à traiter les informations de manière plus cognitive en matière de rencontre amoureuse". 

Aller plus loin

🎧  RÉÉCOUTER - Grand bien vous fasse : Comment accepter notre part d'animalité ?

📖  LIRE - Jessica Serra : La Bête en nous (éditions HumenSciences)

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