L'amont, c'est la montagne. L'aval, c'est la vallée. L'amont, ça monte et l'aval ça dévale... C'est comme ça qu'on apprend à l'école. Le mont. Le val. L'éveillé du mont. Le dormeur du val... On dort. Dans la vallée. Enfin on meurt. Le dormeur du val il est mort. Alors qu'en amont, il était vivant. C'est d'ailleurs le cas de tous les morts. En amont, tous les morts étaient vivants... Et les vivants, en aval, ils sont morts. L'amont, c'est ce qui est dessus ou bien ce qui précède. C’est la source. C’est ce qui précède l'aval. L'aval n'est pas « sans précédent », bien au contraire... Pour qu'il y ait un aval, il faut nécessairement qu'il y ait avant un amont. Et réciproquement. S'il y a un amont, c'est qu'il y a un aval. Pourtant, si l'on écoute comme on nous parle, c'est toujours de l'amont qu'il est question. Et pas seulement au parti socialiste, n'en déplaise à Benoît. L'amont, ça monte et l'aval ça dévale... Mais avant l'amont ? Qu'y a-t-il en amont... de l'amont ? En aval de l'aval, c'est la mer. Mais en amont de l'amont c'est quoi ? Le ciel ? Ben non. Quand on est au ciel, c'est qu'on est mort. Et la mort, c'est l'aval... Raison peut-être pour laquelle on entend si peu ce mot-là dans le langage de ceux qui s'expriment dans les médias, où l’on ne cesse en revanche de nous dire qu'on doit réfléchir en amont à ceci ou cela... On doit toujours réfléchir en amont... En aval on peut dire ce qui nous passe par la tête, mais en amont faut réfléchir... Réfléchir en amont aux conditions d'attribution du RSA... Réfléchir en amont aux conditions de sélection des gamins qui jouent au foot... Réfléchir en amont à l'opportunité d'accepter d'utiliser la belle voiture d'un copain... L'amont par ci, l'amont par là, mais l'aval on n'en parle pas. Laval, pourtant, c'est important... Franchement ! Laval ! C'est quand même à Laval que j'ai goûté ma première hostie ! Et c'est là qu'habite ma grand-mère ! Ma grand-mère qui, d'ailleurs, est assez réservée sur Benoit Hamon. Elle préfère Daniel Auteuil. Elle le trouve meilleur comédien. Eh oui... Je peux dire n'importe quoi, elle ne m'écoute pas, ma grand-mère. Elle me l'a encore dit l'autre jour. « Mon petit lapin... » Parfois, c'est « mon petit poulet », parfois « mon petit canard », cette fois c'était « mon petit lapin »... Donc elle m'a dit : « Mon petit lapin, je ne t'entends jamais ! » « En même temps », lui ai-je répondu, « tu n'allumes jamais la radio »... « Non, mais je ne t'entends jamais ! » « Ben faut allumer ta radio... » D'autant qu'en amont, je lui ai réglé son poste sur France Inter... Mais en aval, ça ne sert à rien. Ma grand-mère, la radio ce n’est pas son truc. Elle voudrait que je travaille à Télé-Matin... Alors je vois venir la question. Pourquoi Daniel Auteuil ? Pourquoi ce coup de cœur pour Daniel Auteuil ? Ben j'en sais rien. Mais c'est quand même mieux que Laurent Wauquiez. Et puis Laurent Wauquiez qui jouerait du Pagnol... « Dis, le Papet, tu le touches, toi, le RSA ? » « Mais arrête Ugolin, avec le RSA ! Va plutôt voir Manon ! » « Et elle est où Manon ? » « Manon, elle est avec ses chèvres dans la montagne ! » « Mais où, dans la montagne ? En aval ou en amont ? » « En amont, Gallinette, en amont ! C'est Manon des sources ! » Là, ça y est, vous avez les images... Emmanuelle Béart qui se baigne toute nue... Et qui joue de l'harmonica, toute nue... en amont... Vous avez les yeux qui brillent, les garçons... Si, vous avez les yeux qui brillent... Et je ne veux pas savoir ce qui se passe en aval... De toute façon, Emmanuelle Béart, même le dormeur du val, elle l'aurait réveillé...

Chronique du 13 mai dans l’émission « Comme on nous parle »

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