À Sofia en Bulgarie, une galerie consacre, depuis le 30 mai, une exposition aux artistes du modernisme et de l'avant-garde bulgare. Seulement, des illustrateurs français ont reconnu leurs propres travaux parmi les œuvres présentées et signées d'artistes du début du siècle dernier...

La galerie concernée a fermé ses portes provisoirement le temps d'expertiser les oeuvres (image d'illustration)
La galerie concernée a fermé ses portes provisoirement le temps d'expertiser les oeuvres (image d'illustration) © Getty / Jupiterimages

Depuis le 30 mai dernier, la galerie Structura, à Sofia (Bulgarie), proposait une exposition consacrée aux artistes bulgares du modernisme et de l'avant-garde, annonçant certains travaux encore jamais présentés au public d'artistes célèbres. En Buglarie, l'exposition de ces œuvres appartenant à l'homme d'affaires Nikolai Nedelchev, patron local de Publicis dans le pays, a été couverte par des grands médias. 

Mais il y a un problème : parmi ces œuvres attribuées à des grands peintres bulgares du XXe siècle, on trouve des contrefaçons d'artistes vivants. Parmi eux, Malika Favre, connue notamment pour ses unes du magazine The New-Yorker, dont la couverture d'un livre sur le Kama-Sutra réalisée en 2012 a été copiée et signée par le peintre bulgare Srak Skitnik, mort... en 1943. "Un nouveau niveau atteint dans le plagiat", a-t-elle déploré sur Twitter. 

Au moins six dessins concernés

"C'est quand même exceptionnel, du plagiat à rebours : on attribue à un peintre mort l'oeuvre d'artistes contemporains", souligne Christophe Louis, alias Quibe, l'un des autres artistes concernés par ce plagiat - au moins six œuvres exposées dans la galerie ont été reconnues par leurs auteurs originels. C'est un journaliste bulgare qui lui a appris l'information : "J'avais vu la publication de Malika Favre, et je reçois deux jours plus tard un message d'un journaliste qui me parle de cette expo et me dit qu'un de mes dessins a été repéré dans la galerie : une classe a visité l'exposition, et l'un des élèves a expliqué que ce dessin ne pouvait pas être de Marko Kraculev, l'artiste auquel il est attribué", raconte-t-il. 

Depuis la révélation de ces copies conformes, la galerie a fermé ses portes provisoirement, le temps d'expertiser les différentes œuvres exposées et surtout de déterminer qui a su (et donc dissimulé) qu'il s'agissait de faux. Contactée par le journal britannique Métro, la galerie a répondu par un communiqué dans lequel elle présente ses excuses "à tous ceux qui ont été trompés", en son nom et au nom du collectionneur Nikolai Nedelchev, et accusant les marchands qui ont vendu les œuvres : 

"Nous avons nous-mêmes été les victimes d'une fraude menée par des vendeurs peu scrupuleux".

Des artistes plagiés au quotidien

"Pour les équipes de la galerie, il est très important d'ouvrir le débat sur le marché de la contrefaçon et des faux certificats en Bulgarie : l'existence d'un tel marché est un secret de polichinelle", explique la galerie. Marché mis en évidence par le journal bulgare ClubZ qui a pris contact avec Quibe : "Le journaliste est allé voir un marchand d'art en lui demandant s'il avait des dessins inconnus ou inédits de tel ou tel peintre. Une semaine et demi, le marchand appelait pour dire qu'il en avait trouvé. Et dans ce lot, il y avait des contrefaçons", raconte l'illustrateur, qui se dit "étonné de l'attitude de la galerie, du collectionneur qui n'est pas n'importe qui" et qui rappelle que ni lui, ni Malika Favre, n'ont été contactés par la galerie. 

Pour cet illustrateur reconnu, ce cas extrême est l'illustration d'un problème quotidien pour les artistes qui postent et vendent leurs œuvres sur Internet : "C'est en permanence, sur les quatre derniers jours j'ai dû désamorcer six cas de contrefaçon. La plupart de mes contrefaçons reposent sur le même dessin. Ca va du visuel de pochettes de disques aux visuels d'événements en passant par des collections de t-shirts", explique-t-il. "Il est très difficile de lutter : à force d'être confronté à ces situations, on se rend compte que le système ne fonctionne pas, on a l'impression que tout est fait pour que les plagiaires s'en sortent", déplore celui qui lutte en particulier contre la plateforme chinoise de vente en ligne Alibaba, où ses dessins sont repris sur tous les supports possibles. 

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