Aux USA, la série télévisée "Star Trek" est culte, un monument incontournable de la science-fiction au même titre que "Star Wars". En France, le succès de la série et de son univers est beaucoup plus relatif. Alain Carrazé revient au micro de Frédérick Sigrist dans "Blockbuster" sur l'histoire de ce rendez-vous manqué…

Pourquoi la série "Star Trek" n'a pas en France le succès qu'elle a aux USA ?
Pourquoi la série "Star Trek" n'a pas en France le succès qu'elle a aux USA ? © Getty / CBS Photo Archive

Le cinéma actuel traite beaucoup de la fin du monde… mais rarement de façon optimiste comme le résume Frédérick Sigrist sur France Inter : "dans Terminator, les machines ont pris le pouvoir et ont presque éradiqué l’humanité ; dans Walking dead, un virus a décimé le genre humain et l’a transformé en hordes de zombies mangeurs de chair ; dans Soleil vert, les ressources de la planète sont tellement épuisées que l’on transforme les personnes âgées en substituts de repas"… Bref, reflets de nos angoisses contemporaines, les lendemains qui chantent ne semblent pas au programme des œuvres de science-fiction.

Dans cette galaxie d’œuvres d'anticipation, la série Star Trek est rafraîchissante : elle a été créée en 1966, à une époque où le futur était encore synonyme de monde meilleur et de progrès. Sonequa Martin Green, qui joue actuellement dans la série _(_sur Netflix), résume : 

On a atteint un niveau critique, je pense qu'on est tous d'accord là-dessus. La dévastation, les oppressions, les génocides, les divisions. Je pense vraiment que tout cela nous conduit à perdre espoir. On cherche tous une chose à laquelle se raccrocher. Voir ce type d'utopie et de futur, au milieu de tous ces défis, ça redonne de l'espoir, c'est inspirant.

"Star Trek" : une série ambitieuse

Gene Roddenberry, le créateur de la série, avait dès le début l'ambition de faire de Star Trek une série de science-fiction destinée aux adultes, donc sans discours infantile, à une heure de grande écoute. Programme audacieux… difficile à mettre en place dans les années 1960, alors que polars et westerns règnent en maîtres sur les grilles télé.

Il réussit finalement à convaincre NBC et, le 8 septembre 1966, le premier épisode de Star Trek est diffusé à la télévision. Cette première série durera trois ans - soit le temps de 79 épisodes. La série ne connut pas à cette époque de franc succès public… en revanche, ceux qui aimaient étaient vraiment fans - ils ont même un nom : les "Trekkies".

Les acteurs Leonard Nimoy, DeForest Kelley et William Shatner entourent l'écrivain Gene Roddenberry et du réalisateur Robert Wise lors du tournage du film "Star Trek" (1979)
Les acteurs Leonard Nimoy, DeForest Kelley et William Shatner entourent l'écrivain Gene Roddenberry et du réalisateur Robert Wise lors du tournage du film "Star Trek" (1979) © Getty / Michael Ochs Archives

Il faut rappeler aussi qu'à l'époque, en 1966, l'homme n'avait pas encore mis le pied sur la Lune (mémo : cela n'arrivera qu'en 1969). Au moment de la diffusion de Star Trek, l'engouement pour la conquête spatiale était planétaire mais il n'y avait pas encore eu de réalisation véritable…

Cet engouement pour l'espace a certainement aidé la série, mais ce qui fait qu'elle est culte encore aujourd'hui, c'est surtout sa capacité à refléter les questions contemporaines.

Par exemple, dans la première série de Star Trek (1966 - 1969), on trouve dans l'équipage :

  • Le lieutenand Nyota Uhura, en charge des communications, interprétée par une femme (!) noire (!!), Nichelles Nichols - une des premières afroaméricaines à tenir un rôle principal à la télévision américaine.
  • Pavel Chekov (interprété par Walter Koenig), un personnage d'origine russe - alors qu'on est en pleine Guerre Froide.
  • Le lieutenant Hikaru Sulu, un personnage asiatique (les Chinois devenus communistes étaient considérés comme le "Péril jaune" ; les Japonais étaient encore discriminés suite à leur position pendant la Seconde Guerre mondiale…)
  • Comme Starfleet n'est pas composée que de Terriens, on retrouve aussi dans l'équipage un extraterrestre : Mr Spock.

La série aborde des questions tantôt philosophiques, tantôt politiques, parfois même psychanalytiques… mais toujours contemporaines. Ted Sullivan, l'un des scénaristes actuels de la série, explique :

Star Trek consiste à se demander ''Pourquoi devons-nous raconter cette histoire ?'' Si on ne tenait pas compte de ce qui s'est passé dans notre culture et sur notre planète durant ces 15 dernières années, alors ce ne serait pas Star Trek. 

"Star Trek" : mal-aimé en France ?

"La série n'a pas été diffusée en France au moment où elle aurait dû l'être" estime Alain Carrazé, journaliste spécialiste des séries et fan de Star Trek, au micro de Frédérick Sigrist. En effet, si la première série de Star Trek date de 1966 aux États-Unis, il aura fallu attendre 1983 pour que la télévision française ait envie de la diffuser :

C'est arrivé sur TF1 le dimanche après midi, en remplacement de Starsky & Hutch : vous voyez un peu le type de programmation, c'était un peu casse-gueule ! 

La série est arrivée sur les écrans trop tard : les Français avaient déjà vu Star Wars (1977), Alien (1979)… et même le premier long métrage de Star Trek, en 1979. Bref, quand la série est arrivée, elle paraissait déjà complètement dépassée. Alain Carrazé résume, laconique :

En France, Star Trek, c'était une histoire de mecs en pyjama dans des décors chancelants.

Jason Alexander (à droite), ex-vedette de la série "Seinfeld", est ici invité dans "Star Trek: Voyager". Archives photos CBS.
Jason Alexander (à droite), ex-vedette de la série "Seinfeld", est ici invité dans "Star Trek: Voyager". Archives photos CBS. © Getty

Outre cette programmation bien trop tardive, le mésamour des Français pour la série tient aussi du doublage canadien, "qui était quand même assez lamentable, avec des intonations impossibles", pour reprendre les mots d'Alain Carrazé. En effet, n'ayant été acquise par aucune chaîne en France à l'époque, Star Trek fut doublée en français au Québec à partir de 1968 par la firme québécoise Sonolab. Les épisodes sont diffusés au Québec dès septembre 1971 (sous le titre désuet de Patrouille du Cosmos). Fait rare, et encore une fois marque du peu de considération que la télévision avait pour cette série, Star Trek a été diffusé en France avec le doublage québécois.

Aujourd'hui les choses ont un peu changé. Les séries Star Trek diffusées par la suite (La Nouvelle Génération, Deep Space Nine, Voyager, Discovery... et bientôt Picard) et puis les longs métrages de JJ Abrams réussissent finalement (bien que tardivement) à imposer en France l'idée que Star Trek est un univers riche, intéressant et pas ringard. 

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