Quels conseils de stratégie numérique donner à des candidats à l'élection présidentielle ? On en trouve quelques uns dans un roman réjouissant et érudit "Paresse pour tous". L'auteur Hadrien Klent y défend l'informatique libre, les réseaux sociaux alternatifs, et la journée de travail de 3 heures seulement.

Paresse pour tous, paru chez Le Tripode
Paresse pour tous, paru chez Le Tripode © Simon Roussin

Comment faire une campagne électorale sans réseaux sociaux ? Ce serait évidemment impensable aujourd'hui. Cette question se pose en lisant notamment le roman d'Hadrien Klent "Paresse pour tous" paru au Tripode. C'est un roman de politique fiction : imaginez un prix Nobel d'économie qui a conçu, en suivant John Maynard Keynes qui prédisait la fin du travail, la journée de travail de 3h, soit 15h par semaine au lieu de 39 ou plus. 

Avec une telle promesse, voilà ce prix Nobel, Émilien Long, candidat à l'élection présidentielle. Long a un programme économique décroissant, durable, écolo, dont l'individu est au centre des préoccupations. Il s'agit de lui faire gagner du temps de vie. Non pas pour glander bêtement, mais pour se réaliser lui-même. Ce ne sont pas des valeurs comme celles que l'on cote en bourse, mais ce sont celles d'Emilien Long. 

"On travaille trop, le temps travail est trop important et on passe à côté de la vie. La question du temps passé devant des écrans fait partie du problème aussi. Le programme de mon héros ce n'est pas simplement se déconnecter du travail, c'est aussi de se déconnecter de ces machines" explique Hadrien Klent. Se déconnecter c'est se reconnecter à soi-même et à la nature selon lui. "On continue aussi à les regarder ses mails ou à répondre à chaud. Soit parce que, justement, on reste un tout petit peu trop collé à nos écrans. On perd sa vie plutôt qu'on ne la gagne à force de réagir, répondre, suivre, commenter, recommander, etc, bref participer à ce grand bla bla sur les réseaux et sur internet". 

On n'a qu'une seule vie. Pas deux. Il faut bien faire attention à ce qu'on fait du temps qu'on consacre justement à telle ou telle pratique

Pour défendre son programme, Émilien Long, trublion du jeu politique, fait tout à rebrousse-poil. Il ne fait pas campagne à Paris, mais à Marseille, circule à petite vitesse, et s'il accepte de travailler plus de 3h par jour, c'est uniquement le temps de la campagne, et avant de lancer ses grandes réformes. 

"Il y a énormément de choses dans le livre qui sont construites de façon à remettre en question les habitudes" dit Hadrien Klent. 

Ainsi il s'entoure d'une équipe dans laquelle on trouve entre autres un youtubeur super populaire et une adepte des logiciels libres et des réseaux sociaux alternatifs. Des réseaux sociaux qui n'appartiennent pas à Google ou Facebook, il en existe bien sûr mais ce sont des petits poucetset il ne viendrait pas à l'idée d'un candidat à la présidentielle, un vrai, de les ignorer. Adrien Klent estime que c'est pourtant incohérent : "C'est étrange de voir des responsables politiques qui proposent des programmes de rupture, prétendent changer le monde, et sont si prompts à nourrir la bête, et à se produire sur des réseaux dont les sociétés ne paient pas d'impôts en France" répond-il quand on cite par exemple la forte présence d'un Jean-Luc Mélenchon sur les réseaux sociaux. 

Dans le livre, l'équipe imagine que le candidat Emilien Long pourrait poster ses messages sur des réseaux alternatifs, plus respectueux des données personnelles de leurs abonnés, et qu'ils seraient re-postés ensuite sur les canaux habituels. Une demi-mesure peu convaincante, qui montre l'effet d'écrasement exercé par nos habitudes.

"L'enjeu c'est l'effet de masse", dit Hadrien Klent, "il suffit que tout d'un coup, on se détourne de quelque chose pour que tout le monde s'en détourne. Cela s'est produit pour Firefox qui est devenu un navigateurs Internet important, alors que c'est un logiciel libre. Mais c'est le plus léger, le plus rapide de tous les navigateurs, c'est signe qu'en fait, si on propose des outils qui marchent bien, on peut récupérer les gens derrière. Donc, ce n'est pas complètement utopique. À mon avis, c'est moins utopique que la semaine de 15 heures." 

Hadrien Klent est à cet égard aussi militant que la directrice de communication de son héros en campagne, et s'étonne que responsables politiques et médias s'emparent si peu de ces questions d'indépendance dans le monde numérique : "Le monde du logiciel libre pâtit d'un manque de notoriété certain, alors que les systèmes Linux par exemple convient largement aux usages domestiques. Les choses changent peu à peu et désormais certains pc sont livrés avec un logiciel libre. La gendarmerie nationale a en partie basculé sur ce type de système. L'Assemblée nationale aussi en partie. On n'en parle trop peu. Je reste effaré par exemple que les gens continuent d'utiliser gmail, qui scannent tous les mails pour nous envoyer des publicités. Les gens pourraient au moins chercher une messagerie qui n'appartiennent pas à Google".

Paresse pour tous a le mérite d'être nourrie de données économiques réelles, parfaitement vérifiables, les arguments d'Emilien Long sont en béton, et souvent ils sont même issus des travaux d'économistes libéraux. 

Ce roman est comme une espèce d'utopie politique, mais assez concrète aussi C'est-à-dire qu'en réalité, même si c'est une fiction, il y a plein de choses qui sont documentées et en fait, je voulais dire aux gens 'prenez conscience du fait que vous pouvez changer ça, vous pouvez changer'. Ce candidat n'existe pas, mais out ce que lui propose, on pourrait le faire.

Paresse pour tous va jusqu'au bout de la campagne, et jusqu'au jour de l'élection. Émilien Long gagne-t-il ? Vous le saurez en le lisant. Les derniers mots du roman sont "À suivre".