Comme chaque année, la Fiac, qui a commencé ce jeudi à Paris, met en avant la création contemporaine. Parmi les artistes représentés, si certains cherchent l’abstraction ou la poésie, d’autres ancrent leur travail directement dans l’actualité.

Une partie des oeuvres exposées à la Fiac 2018
Une partie des oeuvres exposées à la Fiac 2018 © Radio France / Julien Baldacchino

Pour les visiteurs amateurs d’art contemporain, la Fiac 2018 s’ouvre sur une reproduction grand format (et lumineuse) par Stefan Nikolaev du porte-bouteilles utilisé par Marcel Duchamp dans les années 10 ou sur une vidéo de Théo Triantafylldis mettant en scène un pigeon et un bretzel. Pas franchement en prise avec l’actualité.  

"Prometheus" de Theo Triantafyllidis
"Prometheus" de Theo Triantafyllidis © Radio France / JB

Et pourtant, une fois passées les portes du Grand Palais, un bon nombre d’œuvres présentées font écho aux grands sujets qui traversent l’actualité. De la culture de masse, sujet de prédilection de l’art contemporain, aux événements récents qui ont marqué les Etats-Unis, les artistes font de l’actualité leur terrain de jeu. Franceinter.fr est allé parcourir les allées de la Fiac à la recherche de ces œuvres qui évoquent, de près ou de loin, le monde d'aujourd'hui. 

Mona Hatoum, “Hot Spot” 

"Hot Spot" de Mona Hatoum
"Hot Spot" de Mona Hatoum © Radio France / JB

Quand l'artiste palestinienne Mona Hatoum a créé la sculpture Hot Spot en 2006, représentant un globe terrestre où le contour des continents est un néon rouge incandescent, elle cherchait plutôt à mettre en avant la prédominance des conflits sur Terre. Dans cette nouvelle version, créée en 2018, on ne peut pas s'empêcher de penser au réchauffement climatique, en voyant ce "point chaud" ("Hot Spot"), plus petit et donc moins invincible que dans sa version précédente. 

Galerie White Cube

Andreas Gursky, “Jumeirah Palm” 

Andreas Gursky, “Jumeirah Palm”
Andreas Gursky, “Jumeirah Palm” © Radio France / JB

Andreas Gursky est le spécialiste des photos monumentales où l'accumulation suscite un effet visuel perturbant. Ici, il présente un morceau de l'île artificielle de Jumeriah Palm, à Dubaï. Pourtant, on ne reconnait pas la forme de palmier si caractéristique de cette île. Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est retouché, dans cette photo ? Le résultat laisse paraître un paysage surchargé et pas si paradisiaque. 

Galerie Van de Weghe Fine Art

Yael Bartana, ”What if women ruled the world” 

Yael Bartana, ”What if women ruled the world”
Yael Bartana, ”What if women ruled the world” © Radio France / JB

Cette phrase s'affiche puissamment en néons jaunes sur l'une des cimaises de la Fiac mais laisse la question en suspens. "Et si les femmes gouvernaient le monde ?" : une phrase en forme de teasing... Et qui joue bel et bien ce rôle car What if women ruled the world est le titre d'un projet beaucoup plus vaste de l'artiste israélienne Yael Bartana : une performance dans laquelle elle réunit, dans une même "salle de crise", comédiennes et non-comédiennes pour décider de l'avenir du monde

Galerie Raffaela Cortese

Ashley Hans Scheirl, “Golden Shower (L’Origine du monde)” 

Ashley Hans Scheirl, “Golden Shower (L’Origine du monde)”
Ashley Hans Scheirl, “Golden Shower (L’Origine du monde)” © Radio France / JB

Composée d'un tableau, de trois vidéos sur des petits écrans et de deux objets en papier mâché ressemblant vaguement à une paire de testicules, l'installation provoque en proposant une "golden shower", pratique sexuelle où l'urine est remplacée par un flux de pièces de monnaie. Le plus intéressant dans cette oeuvre, c'est le profil de l'artiste, qui joue avec son genre et son identité : le temps de son passage à la peinture, Angela Scheirl a pris de la testostérone et est devenue Hans Scheirl, avant de "redevenir 'elle'" et de prendre le prénom ambivalent "Ashley". 

Galerie Loevenbruck

Nicolas Ceccaldi, “Bestiality” 

"Bestiality" de Nicolas Ceccaldi
"Bestiality" de Nicolas Ceccaldi © Radio France / JB

L'artiste Nicolas Ceccaldi imagine des créatures et des objets hybrides et inquiétants. Et parmi eux, cette caméra de surveillance aux allures pas franchement rassurantes où un bras squelettique semble tenir lui-même l'objectif. Si c'est à ça que ressemble Big Brother, ça ne donne pas envie d'en faire la connaissance. 

Galerie Gaga

Wang Du, “China Daily” 

"China Daily" de Wang Du
"China Daily" de Wang Du © Radio France / JB

Né en Chine en 1956, Wang Du, qui fait partie de la génération de la Révolution culturelle chinoise, vit en France depuis les années 90. Sa sculpture China Daily représente une page du quotidien chinois du même nom, déchirée et froissée. Elle existe en plusieurs exemplaires tous disséminés, pour symboliser l'éclatement et le sur-dimensionnement de l'information en Chine. 

Galerie Laurent Godin

Miao Ying, “Satie Bought Seven Identical Velvet Suits Complete With Matching Hats That He Wore Uninterruptedly for Seven Years” 

Miao Ying, “Satie Bought Seven Identical Velvet Suits Complete With Matching Hats That He Wore Uninterruptedly for Seven Years”
Miao Ying, “Satie Bought Seven Identical Velvet Suits Complete With Matching Hats That He Wore Uninterruptedly for Seven Years” © Radio France / JB

Ne vous fiez ni à son titre à rallonge, ni même à l'apparition de la figure de Donald Trump dans cette oeuvre d'art : moins qu'une oeuvre anti-Trump, le travail de l'artiste chinoise Miao Ying est qualifié d'art post-Internet. C'est cela qui en fait surtout une oeuvre d'actualité : elle s'inspire d'un "meme" revenu régulièrement sur le web, consistant à placer Nicolas Cage dans la peau d'à peu près n'importe qui. 

Galerie Nacsht St. Stephan Rosemarie Schwarzwalder

Sam Durant, “No Justice, no peace” 

Sam Durant, "No Justice, no peace"
Sam Durant, "No Justice, no peace" © Radio France / JB

L'artiste américain Sam Durant explore la poésie que l'on peut trouver dans les luttes. Il s'intéresse beaucoup aux combats pour les droits civiques et propose, dans cette installation, une série de pancartes "No Justice, no peace", qui font écho au mouvement Black Lives Matter.

Galerie Praz Delavallade 

Andrea Bowers, “Gun Bench” 

Andrea Bowers, "Gun Bench"
Andrea Bowers, "Gun Bench" © Radio France / JB

C'est assurément l'une des œuvres les plus politiques de la Fiac, puisqu'elle est explicitement proposée en soutien à la March for our lives, mouvement créé à la suite de la fusillade de Parkland, aux Etats-Unis. Ce banc renferme une gigantesque mitraillette rose ornée d'un slogan qui joue sur le double sens du mot "arms" en anglais, qui signifie aussi bien "bras" que "armes". On peut y lire "arms are for hugging", autrement dit "les bras/les armes, c'est pour se faire des câlins". 

Galerie Kaufmann Repetto

Kehinde Wiley, “Portrait of Quentin Lee Moore” 

Kehinde Wiley, “Portrait of Quentin Lee Moore”
Kehinde Wiley, “Portrait of Quentin Lee Moore” © Radio France / JB

Kehinde Wiley s'est notamment fait connaître du grand public en réalisant le portrait officiel de Barack Obama. Dans ses toiles, il met en relief le mélange des cultures en mettant en scène des personnalités noires de la société civile contemporaine dans leurs habits modernes mais dans une position, un cadre et avec des techniques qui évoquent plutôt les portraits classiques des personnalités (blanches) des siècles d'avant, le tout mixé avec des motifs très colorés. 

Galerie Templon

Claude Closky, “Objectif” 

"Objectif" de Claude Closky
"Objectif" de Claude Closky © Radio France / JB

Le Français Claude Closky est l'artiste de l'accumulation, de la suite logique, des séries - d'ailleurs il n'a pas un site web, mais autant de sites web que d'œuvres. Son oeuvre montrée à la Fiac, "Objectif", est une tablette sur laquelle sont montrées des photos d'objets de consommation courante, de plus en plus gros... jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus rentrer dans l'écran, qui émet un son de bug, et repart à zéro, et ainsi de suite. Une certaine image de la consommation sans fin. 

Galerie Laurent Godin

General Idea, “Untitled (Placebo)” 

"Untitled (Placebo)", de General Idea
"Untitled (Placebo)", de General Idea © Radio France / JB

Deux œuvres plus anciennes pour terminer cette sélection mais qui montrent encore à quel point la société moderne inspire les artistes : avec les séries intitulées "Placebo", le collectif General Idea, très actif aux Etats-Unis dans les années 80 en pleine explosion de l'épidémie du Sida, adopte la gélule comme motif récurrent. Le médicament est-il un art ? L'art, un médicament ? L'un comme l'autre n'ont-ils qu'un effet en surface ? 

Galerie Mitchell-Innes & Nash

Bertrand Lavier, “Walt Disney Productions” 

"Walt Disney Productions" de Bertrand Lavier
"Walt Disney Productions" de Bertrand Lavier © Radio France / JB

Enfin, Bertrand Lavier est un artiste français qui fait entrer en symbiose l'art contemporain et la pop culture : les motifs et les formes de ses peintures et sculptures de la série Walt Disney Productions, il les a piochés... dans une BD des années 50 où Mickey Mouse va au musée d'art moderne. Sans rien y changer, Lavier a donné vie à ces œuvres, jouant sur la frontière entre réalité et fiction. 

Galerie Massimodecarlo

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