On connaissait sa maladie, on a vu sa notoriété décroître au début des années 80 après avoir été l'une des plus grandes vedettes populaires féminines des années 70, et pourtant sa mort suscite une réelle émotion. Serait-ce parce qu'Annie Girardot a su interpréter des personnages souvent proches de nous, souvent nobles?

Annie Girardot
Annie Girardot © © RF/VJ / Vincent Josse

Annie Girardot
Annie Girardot © © RF/VJ / Vincent Josse
Une Françoise Gailland se battant contre la maladie comme médecin et luttant elle-même contre un cancer ("Docteur Françoise Gailland", de Jean-Louis Bertucelli), une professeur punie d'avoir aimé un élève au point de se suicider ("Mourir d'aimer", d'André Cayatte), une épouse qui refuse, façon "Potiche", de se laisser enfermer dans le rôle d'une femme au foyer, face à un de Funès entrepreneur machiste ("La Zizanie", de Claude Zidi). Brillante actrice, elle s'est pourtant vite enfermée dans un jeu systématique, un peu trop souvent hystérique à l'écran, laissant couler ses larmes à chaque scène tragique (comme le fera plus tard Juliette Binoche). La répétition n'a cependant pas empêché Girardot de toucher un public très large, élevant l'actrice, née au cabaret puis sur les planches de la Comédie Française, au rang de star et de madame tout le monde (elle affirmait que dans la rue, les gens l'appelaient "Annie"), un statut rare. Sans doute a-t-elle eu l'instinct d'aller vers des rôles en phase avec le désir d'émancipation de son époque, les années 70, le désir d'aller vers plus de liberté, de vivre des combats au cinéma quand d'autres les vivaient tout court. Affaiblie par la drogue dans les années 80 (elle en parlait courageusement), par l'alcool et la maladie d'Alzheimer, on aurait aimé que les producteurs et directeurs de théâtre ne cherchent pas à distribuer l'actrice à tout prix. Le spectacle de sa dégradation était tragique, comme celui de sa collaboration avec Jean-Pierre Coffe, auteur de "Descente au plaisir", une pièce de 1997 dans laquelle Girardot incarnait une bouteille de vin qui racontait sa vie. Le duo ne s'était pas entendu. Et quand la comédienne perdait son texte, en scène, elle se mettait à insulter l'auteur. On oubliera ces quinze dernières années si tristes où le métier l'a tantôt exhibée, tantôt délaissée, ce métier qui pourtant ne va pas tarder à se répandre en hommages. Resteront et s'imposeront évidemment ces formidables rôles féminins des années 60-70, de Nadia, tragique amoureuse sacrifiée dans "Rocco et ses frères" de Visconti à "la Vieille fille", de Jean-Pierre Blanc, aux côtés de Noiret, ces rôles portés haut par ce visage humain. Est-ce Frédéric Mitterrand ou l'un de ses conseillers qui rédige l'hommage officiel à Annie Girardot? Peu importe, les mots sont justes : "Elle a brûlé les planches comme elle a brûlé la vie : avec l’humanité et la profondeur dramatique qui plaisaient tant au public".

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