Covid, climat, civisme… Dans l’émission d’Augustin Trapenard l’écrivain italien qui publie "Impossible", a lu pour sa carte blanche, un texte inédit (traduit en français par Danièle Valin) dans lequel il relie l’épidémie, le dérèglement climatique, et notre vie de citoyen en communauté.

Erri de Lucca en 2018
Erri de Lucca en 2018 © Getty / Leonardo Cendamo

Erri de Lucca : 

"Chez moi, la pluie de fin août tombe comme un rideau. 

Dans les régions du Nord au contraire, elle tombe à verse, grêle, inonde…

Ici, elle dépoussière les feuilles et mouille l’air.

La terre sèche, l’absorbe et envoie un parfum de remerciements.

On revient à l’état d’exception qui a changé toutes les relations 

La période estivale a voulu l’oublier, mais l’épidémie n’a pas cédé sa prise et touche aussi une tranche d’âge plus jeune. Les discothèques ont fait la tentative de la dernière insouciance, des dernières transpirations en groupe. Le virus en a profité, dans le rassemblement des corps sans protection.

Maintenant, c’est le tour des écoles

Elles ont un bac à passer en début et non en fin d’année. 

On redevient des citoyens d’une communauté et non des clients dispersés d’un public de consommateurs 

Etre des citoyens aujourd’hui consiste à se protéger et à protéger 

La couverture des voies respiratoires est à double emploi. La porter n’est pas seulement un dispositif hygiénique, c’est un signe de bonne éducation civique. Elle rapproche, elle fait se sentir membre d’un ensemble. Ne pas la porter est une dissociation de la communauté en s’excluant de la nouvelle et nécessaire discipline publique, c’est comme si on resquillait. 

On s’adapte à une nouvelle normalité. On l’assimile plus par nécessité que par vertu

On assiste à un remaniement géographique : le Sud acquiert une plus-value

Le travail à distance redonne une résidence à ceux qui ont dû déménager dans les villes à taux d’emplois élevés. 

Le Sud devient un choix prioritaire

A côté de la question méridionale dépassée, c’est une question septentrionale qui se dessine. 

Le tumultueux climat tropical des tornades et des inondations s’acharne sur la région Padane. 

On est arrivés à une époque de mutations. De nouvelles frayeurs, mais aussi de nouvelles opportunités.

Cette fois-ci les pluies de fin d’été ne marquent pas seulement le changement de saison. Elles rappellent à l’ordre du jour."

Le poète a ensuite précisé à Augustin Trapenard :

"Cet ordre du jour, c’est l’invention d’urgence d’une nouvelle communauté, d’une autre manière d’être ensemble, une invention face à une difficulté globale qui appauvrit les personnes pauvres et rend l’intervention sur la vie de la planète indispensable. 

Nous avons un problème de voies respiratoires : nous avons déjà asphyxié la planète avec notre pression. C’est une forme de réponse littérale. 

Il faut s’adapter à une nouvelle disposition. Cette invention de vivre ensemble nouvelle est en cours. Même si elle se fait par nécessité que par vertu. La situation durera longtemps. Ce n’est pas une parenthèse que l’on dépassera et où on reviendra à la situation d’avant…"

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