Est-ce le côté Jeanne d'Arc ou Ségolène d'Ingrid Bétancourt qui traverse le festival? Dieu est partout à Avignon. Bigre! S'il fallait trouver un thème, ce serait celui-ci : la foi, la spiritualité, le rôle de Dieu dans les agissements humains. Claudel en tête bien sûr, mais aussi l'enfer de Dante par Castellucci ou "Ordet", cette pièce scandinave que le metteur en scène Arthur Nauzyciel met en scène au Cloître des Carmes.Quel ovni! On hésite d'abord entre les longs baillements et le fou-rire nerveux, puis on se laisse glisser dans cette poésie étrange de Kaj Munk (pièce de 1925 qui devint un film de Carl Theodor Dreyer). "Ordet" nous emmène dans la campagne danoise. Décor assez vilain et dépouillé, un grand fond bleu abstrait (signé Eric Vigner) et un plateau quasiment nu. Sur ce terrain de jeu vierge, deux familles se livrent bataille car elles ne partagent pas la même vision de Dieu. Aussi, quand un des fils s'éprend de la fille des voisins, les querelles vont bon train, menées par les ainés : les pères et grand pères, Pascal Grégory d'un côté, cheveux longs et barbe grise et le formidable Jean-Marie Winling (si juste et si présent). Au milieu de cette querelle de famille et de thèmes assez beaux (la paternité, l'affection entre les enfants, la folie), il est question de Dieu, chacune des deux familles ne priant pas, en gros, de la même façon. Histoire de familles, oeuvre sur la spiritualité, théâtre naturaliste et théâtre de boulevard, voilà l'étrange "Ordet" qu'il est difficile d'applaudir à tout rompre mais aussi de détester.Il faut subir le froid et le mistral de la nuit d'Avignon (nous sommes en plein air aux Carmes), mais passée cette épreuve réfrigérante et le temps de se mettre dans le rythme (lent, très lent) de la pièce, c'est un sentiment de curiosité qui s'éveille (la traduction de Marie Darrieussecq n'a pas peur de la trivialité du langage d'aujourd'hui, c'est drôle), ainsi qu'une tendresse pour ses personnages perdus au milieu de nulle part. Avec comme guide et comme espoir, un Dieu qui pourtant ne les épargne pas. "Ordet", la parole, traduction Marie Darrieussecq, cloître des Carmes, jusqu'au 15 juillet.Du 14 au 17 oct au CDN d'Orléans, les 22 et 23 à Bourges, du 12 au 14 novembre à la comédie de Clermont Ferrand, les 19 et 20 novembre à Lorient, les 26 et 27 à Caen, du 2 au 7 déc aux Gémeaux à Sceaux.

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