Proust peut changer votre vie, votre regard sur l'amour, la jalousie, le temps qui passe. Entouré de Proustien(ne)s concaincu(e)s, Ali Rebeihi va vous donner envie de plonger dans la Recherche.

Marcel Proust
Marcel Proust © Getty

La magie, on la sent dès les premiers mots. "Longtemps, je me suis couché de bonne heure". Si on n'est pas absolument conquis par cette phrase qu'on n'a pas envie de continuer, alors je ne sais pas ce qui peut réussir. - Antoine Compagnon, professeur au Collège de France

Il n'y a pas d'âge pour commencer A la recherche du temps perdu. Laurence Grenier en atteste. Auteur Du côté de chez Proust (First éditions), elle découvre l'ouvrage il y a une quinzaine d'années, sur les conseils un peu pressants de son père. "Je commence. Je trouve ça un peu ennuyeux, se souvient-elle, et puis tout d'un coup, page 47, je lis une phrase qui me fait un effet incroyable*. Je m'écroule en larmes :  je viens d'être victime de ce qu'on appelle un syndrome de Stendhal. Un choc esthétique."

Après cette première révélation, Laurence Grenier va poursuivre sa lecture, avec cette même émotion qui revient tout au long des sept volumes.

L'auteur donne au lecteur un instrument d'optique pour regarder en soi-même.

Voilà qui explique sans doute le succès universel de Marcel Proust et la quantité invraisemblable de livres qui sont édités autour de son oeuvre. "Chacun parle de lui même en fait et c'est ça la grande littérature" conclut Laurence Grenier.

7 volumes, 4000 pages, 2500 personnages

Voilà qui peut effrayer. Et pourtant le souhait de Proust était de s'adresser au plus grand nombre. Mais les années en ont fait une statue très intimidante. Impressionnés par les nombreux travaux universitaires qui lui sont consacrés, beaucoup de lecteurs n'osent pas aller vers Proust. C'est l'intime conviction de Fanny Pichon.

Cette agrégée de littérature moderne et professeur au lycée Louise Michel de Bobigny qui a publié Proust en clin d'oeil (First éditions) nous donne quelques clefs pour "entrer en contact avec ce monde extraordinairement foisonnant de Proust."

L'un des trucs, c'est de lire Proust par morceaux. La fameuse technique de la rondelle de saucisson. 

Pour se familiariser avec l'auteur, Fanny Pichon conseille de commencer par la préface de la traduction d'un livre de John Ruskin qui s'appelle Sur la lecture. Un texte court, écrit avant La Recherche, et dans lequel Proust évoque l'importance de la lecture pour les enfants.

Autre formidable moyen d'entrer dans l'univers de Proust, ce sont les entretiens de Philippe Garbit avec Céleste Albaret qui était la gouvernante de Proust, qui l'a suivi pendant toute sa vie, entretiens que vous pouvez toujours écouter sur le site de France Culture.

Proust, un auteur pour ado

C'est à l'adolescence et sur une plage bretonne que Christilla Pellé-Douël, (cheffe du service livre à Psychologies magazine)  a découvert Proust. "J'étais à la fois dans Proust et dans un paysage proustien. J'avais les mêmes sensations, donc je ne saurais suffisamment conseiller aux ados de se mettre en situation s'ils le peuvent."

"S'il y a un écrivain, poursuit-elle, qui décortique et analyse à merveille les affres de l'amour, les angoisses de l'amour, les angoisses de l'attente : comment attendre le coup de fil de l'amoureux qui ne vient pas ? Ou comment essayer de joindre quelqu'un à qui on voudrait déclarer son amour ? C'est vraiment Proust. Tout y est. Les ados peuvent se plonger là-dedans et ils comprendront tout de ce qui leur arrive."

Le plaisir des mots

Il ne faudrait pas oublier que lire Proust est d'abord un plaisir. Plaisir des mots, du rythme, des phrases, de la poésie. Plaisir de la réflexion. Sans oublier l'humour. Oui, il y a beaucoup d'humour dans La Recherche

"Les portraits des personnages sont un régal, précise Fanny Pichon. On pourrait le croire snob et moqueur. Mais il y a toujours beaucoup de tendresse dans les personnages qu'il décrit."

Aller Plus Loin

*La phrase qui a provoqué ce choc esthétique dont parle Laurence Grenier la voici. Elle se situe à la fin de la scène de la madeleine :

Et comme dans ce jeu où les Japonais s'amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d'eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s'étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l'église et tout Combray et ses environs, tout cela que prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

  • Extrait de Sur la lecture par Guillaume Gallienne :
La signature de Marcel Proust
La signature de Marcel Proust © Getty
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