Comme chaque année, l'Europe (et le monde tout entier) aura les yeux rivés sur la finale du Concours Eurovision de la Chanson, ce samedi soir en direct de Lisbonne, au Portugal. Si cette année la France joue la carte de la sobriété, certains pays tentent des choix plus surprenants... parfois payants.

Humour barré, poses suggestives, monstres dégoulinants : trois recettes qui marchent ?
Humour barré, poses suggestives, monstres dégoulinants : trois recettes qui marchent ? © AFP / Jörg Carstensen / DPA // JOERG KOCH / DDP / ddp images

Ils seront installés sans fioritures sur scène, dans des costumes noirs dessinés par Jean-Paul Gaultier, et défendront leur chanson, Mercy, lors de la finale du 63e concours Eurovision de la chanson, ce samedi soir à Lisbonne (Portugal). Cette année, la France a joué la carte de la sobriété, et mise tout sur la chanson en-elle-même. 

Face à eux, tout le monde n'en fait pas autant. Parmi les autres favoris, Israël a choisi une chanteuse atypique, Netta, au look extravagant et qui fait usage d'onomatopées dans sa chanson "Toy" (qui ne manque pas de message non plus, puisqu'elle évoque ceux qui voient les femmes comme des jouets). 

Alors, quelle formule marche le mieux ? Nous avons fait un saut en arrière pour vérifier si l'audace payait toujours, ou si elle avait parfois plombé certains pays.  

1980 : Le succès surprise du Papa Pingouin 

Une chanson pour enfants à l'Eurovision ? Et pourquoi pas ? En 1980, le Luxembourg présente les jumelles Sophie & Magaly, leur duo "Papa pingouin" et leurs danseurs costumés... en manchots. Car Pierre Delanoë, qui a commis cette chanson (et bien d'autres comme "Je n'aurai pas le temps" ou "Les lacs du Connemara"), confond tout au long de la chanson pingouin et manchot.  

Verdict : C'est un cas paradoxal, la chanson ne fonctionne pas tellement le soir du concours, mais devient un succès commercial par la suite, avec près d'un million de disques vendus.  

1995 : "Nocturne" et silencieux 

Cette chanson du groupe Secret Garden, représentant la Norvège, a joué dangeureusement avec les règles du concours : en tout et pour tout, dans l'intégralité de la chanson, il n'y a que quelques phrases chantées, tout le reste est instrumental. Or, l'Eurovision est-elle un concours de chanson ou de musique ? 

Verdict : Ca n'a pas eu l'air de gêner ni le jury ni le public, puisque la chanson est arrivée en tête du concours. En revanche, après sa victoire, plusieurs pays ont demandé à l'UER, organisatrice de l'Eurovision, de trancher une bonne fois pour toutes la question des titres instrumentaux.  

1998 : Dana International fait sa Diva

En 1998, la chanson qui représente Israël, "Diva", est interprétée par Dana International. Et cette chanteuse a une particularité, elle est la première artiste transexuelle à participer à l'Eurovision, déjà bien connue dans son pays.  

Verdict : Malgré les réticences des communautés orthodoxes israéliennes, Dana International participe au concours et rafle la victoire. Cette victoire, symbole fort, permet aussi à la chanteuse d'entamer une carrière en Europe, avec un premier album bien vendu.  

2006 : Monstrueux triomphe

L'audace de la Finlande, qui propose au groupe Lordi de représenter le pays à l'Eurovision en 2006, tient en deux phrases : ils font du heavy metal. Et ce sont des monstres.  

Verdict : C'est un triomphe total, le groupe explose le record du nombre de points marqués (battu en 2009). Toujours actif en scandinavie, il est resté l'un des groupes les plus connus de ces dernières années d'Eurovision (et on se souvient des commentataeurs français qui ne pariaient pas un sou sur leur victoire).  

2006 : "On est les gagnants", ben voyons !

Décidément, l'audace ne manque pas cette année-là. Les Lituaniens du groupe LT United bâtissent leur chanson sur une idée : "Nous sommes les vainqueurs de l'Eurovision", sur un air de comptine pour enfants. Outre son côté gentiment provoc, cette chanson flirte avec les limites des règles du concours, car il est normalement interdit de faire directement référence à l'Eurovision ou à l'UER dans les paroles d'une chanson, si c'est pour émettre des critiques..  

Verdict : Pas de prophétie auto-réalisatrice pour cette chanson, mais pas un bide non plus : les LT United arrivent en 6e position du concours. Pour se rattraper, ils enregistrent une version plus footeuse pour la Coupe du monde de 2006. Pas de chance, la Lituanie ne se qualife pas.  

2007 : l'humour à la française ne prend pas

A force de ne pas arriver à gagner l'Eurovision avec de belles et fortes chansons, que doit faire la France pour s'en sortir ? En 2007, la délégation française tente le second degré, et propose aux très drôles Fatals Picards de tenter l'aventure, avec une chanson très amusante aussi, L'Amour à la Française, très cliché.  

Verdict : Il faut croire qu'il n'y a que la France qui prend l'Eurovision au second degré. Ou que l'humour français ne convainc pas tout le monde. La chanson finit 22e sur 24, l'une des pires places de l'histoire pour la France.  

2008 : l'Irlande, dindon de la farce

L'Irlande s'y connait en Eurovision : c'est le pays qui a le plus gagné le concours. De fait, il peut se permettre, de temps en temps, un écart. En 2008, le candidat irlandais est donc... un dindon. Et pas n'importe lequel : Dustin, animateur d'une émission télévisée irlandaise.  

Verdict : Non, non et non. Ca ne peut pas, ça ne doit pas marcher. La chanson ne passe pas le cap des demi-finales.  

2008 (encore) : l'Espagne danse le Chiki-Chiki

Décidément une bien bonne année que cette année 2008 à l'Eurovision : des années après que la très espagnole "Ketchup song" a envahi les ondes de toute l'Europe, la péninsule ibérique tente d'imposer une nouvelle danse : le Chiki-chiki, avec cette chanson de l'humoriste David Fernandez Ortiz, ou plutôt de son personnage fictif Rodolfo Chikilicuatre, avec sa coiffure à la Elvis et sa petite guitare en toc. 

Verdict : un flop, la chanson finit seizième de la finale. Mais vous retiendrez que pour danser le chiki-chiki, il faut enchaîner un pas de breakdance, un croisement de jambes, un moonwalk et une danse du robot. Rien que ça.  

2011 : La manif portugaise des Homens Da Luta 

Le Portugal, la révolution des Œillets et l'Eurovision, c'est une longue histoire. Après que, dans les années 70, les chansons portugaises du concours ont servi deux fois de messages cachés pour les révolutionnaires, en 2011, le groupe de comédiens Homens da Luta, spécialisé dans l'improvisation et le théâtre de rue autour des luttes révolutionnaires, propose une chanson en tenue (et en costume) de manif.  

Verdict : le groupe ne passe même pas le stade des demi-finales. Si l'intention est louable, les performances vocales ne suivent pas, et la chanson est peut-être un brin trop référencée à l'histoire du pays.  

2012 : Les doyennes russes 

C'est un drôle de girls band que la Russie fait entrer en jeu en 2012 à l'Eurovision : "Les grands-mères de Bouranovo" ont entre 45 et 82 ans. Le groupe n'a rien d'une invention marketing, il existe depuis une quarantaine d'années.  

Verdict : Elles ne chantent pas très bien, leur chorégraphie laisse à désirer... et pourtant, leur capital sympathie les fait arriver à la deuxième place du concours cette année. Une victoire qui leur permet d'organiser une collecte de fonds pour bâtir une église dans leur ville.  

2014 : Donatan & Cleo, la classe à la slave 

La chanson qui représente la Pologne en 2014 s'appelle "We are slavic". Hymne un brin traditionnel à l'Europe de l'est ? Détrompez-vous ! Si on trouve bien un ou deux instruments tradi dans le titre, la chanteuse Cleo s'adonne plutôt à un titre pop un brin énervé, pendant que sur scène, des danseuses lavent du linge et malaxent du beurre dans des positions plutôt suggestives. 

Verdict : C'était peut-être très aguicheur, mais peut-être un peu trop. La chanson n'arrive qu'en milieu de classement, à la 14e place sur 26 (mais on ne se moque pas, cette année-là c'est la France qui arrive dernière avec le groupe Twin Twin)  

2015 : Un piano qui brûle, ça ne suffit pas 

Cette année-là, l'Autriche tente le grand spectacle en amenant sur scène un piano à queue... qui prend feu au bout de quelques minutes. Des flammes qui seraient impressionnantes... si le piano n'était pas là juste pour faire joli, toute la musique de l'Eurovision était pré-enregistrée.  

Verdict : le sort aime jouer avec les mots. Cette chanson au piano enflammé fait un four. Elle figure au palmarès des quelques chansons qui n'ont obtenu aucun point, de la part d'aucun pays.  La défaite est d'autant plus dure à digérer que l'Autriche était cette année-là le pays hôte. 

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