Pour l'édition 2019 du Concours Eurovision de la Chanson, 41 pays sont en compétition. Avant les premières demi-finales, nous avons écouté l'intégralité des chansons en compétition cette année. Entre celles qui se ressemblent toutes et celles qui sont un peu trop atypiques, quelques-unes trouvent un bon équilibre.

Les très étranges Hatari représentent l'Islande avec une chanson nommée... "La haine triomphera". Ambiance.
Les très étranges Hatari représentent l'Islande avec une chanson nommée... "La haine triomphera". Ambiance. © AFP / HENRIK MONTGOMERY / TT NEWS AGENCY / TT News Agency

Ce mardi, à Tel-Aviv (Israël), a commencé la dernière ligne droite pour le Grand Prix de l'Eurovision 2019 : 41 groupes, chanteuses et chanteurs, représentant toute l'Europe et au-delà, vont tenter de prendre le relais de Netta, gagnante israélienne du concours l'an dernier. Bien avant la grande finale, qui sera diffusée sur France 2 samedi et verra s'affronter 26 candidats, deux demi-finales, mardi et jeudi (diffusées sur France 4), vont départager l'ensemble des concurrents.

Dix pays seront qualifiés à chaque demi-finale. Six pays sont qualifiés d'office pour la finale : Israël, pays hôte, et les "big five", plus gros financeurs de l'Union européenne de radiodiffusion (UER) qui organise le concours (la France, le Royaume-Uni, l'Italie, l'Allemagne et l'Espagne). Tous les autres doivent donc passer l'étape des demi-finales... et la moitié d'entre eux n'auront pas la chance d'être entendus par le public de la finale samedi.

Mais à France Inter, nous avons pris notre courage à deux mains, relevé nos manches, puis par superstition posé une bougie devant notre autel à Marie-Myriam et rayé un disque du groupe Twin Twin (bon dernier en 2014), avant d'écouter une par une toutes les chansons candidates pour cette édition 2019. Et devinez quoi ? Si enchaîner 41 chansons demande un peu de concentration, l'auteur de ces lignes s'en est toutefois sorti sain et sauf : la promo 2019 de l'Eurovision n'est pas mauvaise, loin de là... Même si on a souvent l'impression d'entendre encore et toujours la même chose.

L'attaque des clones

Sur les 41 chansons, nous en avons compté (de façon totalement subjective) 16 qui sont dans l'air du temps à 100%. Des rythmes électro avec des mélodies pop, des "oh oh oh" ou des "lalala", ces titres ont un potentiel de bons tubes radio, mais n'ont pas le petit supplément d'âme qui suscite le coup de cœur. Dans ce prisme qui navigue entre pop-rock et "eurodance music", on englobe notamment l'Arménie, l'Autriche, l'Azerbaïdjan, Chypre, l'Estonie, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, la Lituanie, la Moldavie, la Roumanie, la Serbie ou la Suède. Exemple avec deux chansons parfaitement formatées mais que vous aurez oubliées sitôt leur lecture finie, avec Chingiz qui interprète "Truth" pour l'Azerbaïdjan et John Lundvik et "Too Late for Love" en Suède.

Et c'est sans compter sur ceux qui "font comme" telle ou telle vedette mondiale. La République Tchèque, avec "Friend of a Friend" de Lake Malawi, nous propose une chanson qu'un Justin Timberlake n'aurait pas reniée. 

Et côté Royaume-Uni, Ed Sheeran n'étant probablement pas dispo, c'est un certain Michael Rice qui s'y colle avec "Bigger Than Us", un hymne très universel à l'amour plein de "oh oh oh" tous en chœur. Notez que ce pays faisant partie des "Big Five", il ira forcément en finale samedi.

Quant à l'Espagne, qui a choisi de chanter en espagnol, elle nous propose un véritable tube de l'été avec "La Venda" de Miki. Dommage qu'il ressemble aux tubes de l'été de 1997 à 2017 (en 2018, c'était les Trois Cafés Gourmands, ça ne compte pas). 

Les (trop) atypiques

C'est l'une des recettes du succès à l'Eurovision : marquer les esprits par son originalité. Cors de chasse, percussion martiales, instruments folkloriques, mamies chanteuses en costume, mélanges des genres, costumes, acrobaties : la recette complète a été dévoilée en 2016 dans une chanson (culte pour les fans de l'Eurovision) intitulée Love Love Peace Peace. Dans cette catégorie, on trouve "Zero Gravity", la chanson de la candidate australienne Kate Miller-Heidke, sur la sortie de son combat face à la dépression, a-t-elle raconté au journal 20 Minutes. Une chanson qu'elle interprète perchée sur une robe géante façon "Reine des neiges" du haut de laquelle elle fait face aux affronts de créatures beaucoup plus "dark". 

Là où la Croatie et Israël présentent des ténors, on aime aussi beaucoup la prestation de la Norvège, "Spirit in the Sky" du groupe KEiiNO, un trio qui mêle deux voix pop chantant en anglais... et une troisième qui entonne des chants nordiques avec une voix grave en langue sami. Un mix qui n'est pas sans nous rappeler le délicieux mélange de RnB et de chant yodel proposé par la Roumanie il y a deux ans. 

Quant au clip, là aussi à l'esthétique très "Frozen", il est très proche de "What does the fox say", une autre chanson norvégienne qui a cartonné sur Internet il y a une poignée d'années... mais qui était une parodie.

L'instant douceur de ce concours Eurovision sera porté d'une part par le Danemark et sa candidate Leonora, dont une partie de "Love Is Forever" est chantée en français ("L'amour est pour toujours") au sommet d'une chaise géante. Une scénographie parfaite, il ne manque plus que des petits chatons pour que cette chanson vous fasse totalement craquer. 

... d'autre part, par la Lettonie et le groupe Carousel, dont la très intimiste chanson "That Night" est peut-être la plus jolie de tout le concours. Dommage qu'elle ne soit pas du tout (mais alors pas du tout) calibrée pour la démesure de l'Eurovision. La preuve : elle pointe, à l'heure où l'on écrit ces lignes, à la 40e place du classement des paris effectués par les bookmakers (sur 41, donc).

Le kitsch à la sauce Eurovision sera quant à lui incarné par le Montenegro et la chanson "Heaven" du groupe D-mol, coincée entre les instruments traditionnels et une mélodie tout droit venue des années 90. "Say Na Na Na", la chanson de Serhat, candidat de Saint-Marin, est quant à elle bloquée quelque part dans un vortex temporel entre 1980 et 2000 (mais on ne sait pas exactement où). 

La touche "bobo" de cette édition est incarnée par la Slovénie et le duo Zala Kralj et Gašper Šantl sur la chanson "Sebi". Après leur échec à l'Eurovision, on les imagine très bien dès cet été au milieu de couronnes de fleurs au festival "We Love Green". 

Quant à la Suisse et au Portugal, ils font le choix des sonorités méditerranéennes et des arabesques. Avec une mention toute particulière pour le Portugal et "Telemoveis" de Conan Osiris et sa mise en scène... étonnante. Voici le fils d'un goéland et d'Edward aux mains d'argent. 

Et les tambours, les flammes et les tenues martiales, alors ? Dans ce secteur, la Géorgie s'en sort pas mal avec le titre "Keep on Going" et Oto Nemsadze, qu'on croirait sorti d'une comédie musicale. 

Le cas Hatari

Le groupe islandais mérite qu'on s'y arrête une minute. Vous pensez que l'Islande est un pays aux grands paysages paisibles ? Que l'Eurovision est un festival d'hymnes à la paix et à l'amour ? C'est parce que vous n'avez pas encore fait la rencontre de Hatari (rien à voir avec les ordinateurs). Un groupe électro punk dont la chanson s'intitule très sobrement "Hatrið mun sigra", comprenez "La haine triomphera", dans lequel il est aussi dit "L'Europe va s'effriter". À une semaine des élections européennes, le message n'est pas anodin.

Un clip sanguinolent, une musique agressive, des tenues à harnais et une voix assénant les paroles avec violence : c'est la proposition de ce groupe qui se dit opposé à l'idée qu'Israël organise le concours : "Nous avons le pouvoir de dénoncer l'absurdité qu'un concours fondé sur les valeurs d'unité et de paix se déroule dans un pays déchiré par le conflit et la désunion", ont-ils déclaré en interview.

Les équilibrés

C'est le moment de souffler un coup. Voilà les chansons qui, au final, savent maintenir la balance entre un style dans l'air du temps et une touche d'originalité. À commencer par le grand favori du concours selon les parieurs : les Pays-Bas. Il faut dire que "Arcade", de Duncan Laurence, est redoutablement efficace. Une chanson sur la rupture amoureuse qui commence tout en douceur et monte progressivement en puissance pour finir sur un refrain choral. Alors oui, on y chante encore "Oh, oh oh oh". Mais vous verrez, en quelques écoutes la chanson ne vous sortira plus de l'esprit.

Même efficacité pour la chanson de la Russie, un petit côté épique en plus. La chanson "Scream" coche elle aussi les cases pour finir en bonne position. Une production sonore très actuelle, un message fort (sur la difficulté de lutter contre ses propres démons) portée par le chanteur Sergey Lazarev, déjà candidat il y a trois ans. 

Du côté des chansons très pop, certaines auraient pu tomber dans la masse des "clones" mais s'en sortent un peu mieux : pour la Biélorussie, la candidate Zena pourrait bien faire un bon coup avec son titre très énergique "Like It". 

Quant à la candidate de Malte, Michaela, elle interprètera "Chameleon" sur la scène du pavillon Expo Tel Aviv. On parie qu'après une seule écoute, vous aurez le gimmick "Chama-chameleon" en tête ? La chanson pointe dans le top 10 des parieurs moins d'une semaine avant la finale. 

On ajoute à cette sélection de titres plutôt bien équilibrés l'Albanie, qui propose encore une chanson à flammes et tambours, l'Irlande et sa chanson très pop, l'Allemagne et ses Sisters qui ne sont pas sœurs, ou encore l'Italie et le titre "Soldi" de Mahmood, qui mélange habilement les influences et les genres, ce qui lui vaut une place, elle aussi, dans le top 10 des bookmakers. 

Reste la Macédoine du Nord et la chanson "Proud" de Tamara Todevska, une chanson écrite par la chanteuse, déjà candidate il y a 11 ans, pour sa fille. Cette ballade puissante véhicule un message puissant de force et d'indépendance, enjoignant la fillette à ne pas avoir peur de s'affirmer. Une chanson d'actualité, la recette a déjà fait ses preuves.

Et la France dans tout ça ?

Notre candidat Bilal Hassani a-t-il ses chances ? Ces derniers jours, sa côte de popularité est montée en flèche et l'a propulsé dans le top 3 des favoris - encore une fois selon les paris des bookmakers. Et avec sa chanson "Roi", le représentant de la France arrive lui aussi à tenir l'équilibre entre une chanson pop efficace, un message fort, une touche d'originalité sur scène (il portera une perruque plus longue que toutes celles qu'il a déjà montrées)... Et la promesse d'une prestation encore plus impressionnante le soir de la grande finale. Si atteindre le sommet du classement est toujours une tâche ardue tant la victoire est le fruit de facteurs différents, une belle place peut être espérée pour Bilal Hassani. 

Et notre pronostic ?

Même si notre cœur aimerait bien voir la Norvège ou le Danemark l'emporter, la raison devrait nous porter plutôt vers la Russie ou plus probablement les Pays-Bas, très appuyés par les parieurs. Parmi les outsiders, on aimerait voir Malte l'emporter... et, évidemment, la France, dont les chances ne sont pas négligeables. 

Voici donc le top 6 de l'auteur de ces lignes. Si ces six-là arrivent en tête de classement, promis, on réhabilite Twin Twin. 

  1. Pays-Bas (Duncan Laurence, "Arcade")
  2. France (Bilal Hassani, "Roi")
  3. Russie (Sergueï Lazarev, "Scream")
  4. Malte (Michaela, "Chameleon")
  5. Norvège (KEiiNO, "Spirit in the Sky")
  6. Danemark (Leonora, "Love is forever")
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.