Fascinant, bouleversant, troublant... Belle unanimité autour du nouveau spectacle de Bartabas et de son théâtre équestre Zingaro.

Ex Anima (Capture d'écran)
Ex Anima (Capture d'écran) © Zingaro

Le nouveau et peut-être dernier spectacle de Bartabas dans son théâtre équestre Zingaro d'Aubervilliers s'intitule Ex anima, sous titré Ultime création.

Jérôme Garcin : "Un spectacle beau et bouleversant pour ce qu'il raconte de la vie et du sacerdoce de Bartabas"

Un spectacle ou les fidèles ne vont pas retrouver les habituels numéros de voltige cosaque, post-hongroise ou de haute école française, car pour fêter ses 60 ans, Bartabas a fait le choix de rendre aux chevaux, qui sont les seuls et uniques acteurs d'Ex Anima, leur liberté. Des chevaux qui, d'ailleurs, ne sont plus montés et qui, selon le soir où vous le verrez jouent, galopent, se roulent, se mordillent, se couchent, dans des décors un peu imaginaires. On a soit une lande qui pourrait être écossaise ou un champ de bataille napoléonien. Il y a un percheron qui tire une très longue traverse de bois. Des colombes qui se posent méthodiquement sur le dos d'un Irish Cob. Et tous les soirs, une vraie et impressionnante saillie finale.

Armelle Héliot : Ce n'est pas ce qu'il y a de mieux. Et d'ailleurs si j'avais une réserve sur ce spectacle... Vous vous souvenez, dans ses premiers spectacles, il aimait tenter cela, mais sans la machine qu'il y a dans les élevages. Il aimait qu'on voit un bel étalon sur une belle jument, à la fin de ses spectacles. Tout d'un coup, il y a cette énorme machine qui arrive sur la piste…

Jérôme Garcin : Énorme machine, vous parlez de quoi, vous parlez de la.....

Fabienne Pascaud : moi je croyais que c'était une statue, je suis naïve.

Armelle Héliot : Et c'est dommage parce que ça casse la grâce de ce spectacle exceptionnel et extraordinaire où on voit que les chevaux pensent, réfléchissent. J'aurais préféré que le spectacle s'interrompît au moment ou on voit un cheval blanc se coucher, c'est-à-dire une ou deux scènes avant la fin qu'a choisie Bartabas.

Jérôme Garcin : Désormais, comme il le dit dans le programme, il n'est plus qu'une présence en retrait :

Non plus un monteur de chevaux, mais un montreur de chevaux.

Un spectacle, donc, qui peut paraître pour certains testamentaire, qui est aussi un vraie prise de risque.

Ex Anima (Capture d'écran)
Ex Anima (Capture d'écran) © Getty / Bartabas

Jacques Nerson : "J'ai été fasciné par ce spectacle"

Je trouve ça très beau, ce que fait Bartabas. C'est un peu le même effort qu'accomplit Flaubert quand il essaye de se retirer derrière son oeuvre et qu'on ne le perçoive pas. Et lui, il essaye de se retirer derrière les chevaux et il leur laisse entièrement la place. Il y a un travail énorme accompli évidemment, mais ce sont des chevaux non pas domptés, mais dressés.

Jérôme Garcin : On ne dresse pas un cheval, on le met. Ce n'est pas un caniche !

Jacques Nerson : En tout cas, j'ai plus qu'aimé, j'ai été fasciné par ce spectacle et je trouve que c'est un spectacle qui fait comprendre pourquoi le mot âme et le mot animal on la même étymologie. 

Fabienne Pascaud : "La démarche de cet artiste qui explore son art jusqu'au sang, c'est bouleversant"

Moi, je n'y connais rien en cheval, mais Bartabas m'attrape à chaque fois. Vous évoquiez auparavant tout ce qu'il a fait depuis maintenant près de 40 ans. Et c'est vrai qu'il arrive à se renouveler. Il cherche. Il veut faire autre chose. Des spectacles qui ne sont jamais tout à fait les mêmes, mais jamais tout à fait différents non plus. 

On se dit : "Où est-ce qu'il va m'emmener ?" Et il m'emmène toujours ailleurs…

Et là, il m'a emmenée dans des terrains totalement troublants. C'est-à-dire qu'il explore les frontières entre le rituel et le prosaïque, le burlesque et le tragique. Il y a des scènes de farce, de combat, de mort. Il manie à merveille le contraste, le chaos, la paix. Mais là, comme il n'y a pas d'hommes sur les chevaux, on se projette dans les chevaux. Et on finit par leur donner des sentiments. On les humanise. Et au bout du compte, on ne sait plus bien où on est ; on ne sait plus bien qui on est. On est réconcilié avec le monde animal. C'est une communion que moi je n'ai jamais vécue ailleurs. Cette proximité qu'il nous donne avec l'animal, c'est tout à fait bouleversant.

Ex Anima (Capture d'écran)
Ex Anima (Capture d'écran) © Getty / Zingaro

Armelle Héliot : "absolument envoûtée par ce spectacle"

J'y pense encore. Et c'est vrai que c'est un artiste qui va au bout d'une logique. J'espère que ça n'est pas son dernier spectacle. C'est extraordinaire d'avoir accompli le théâtre équestre Zingaro.

Jamais on a aussi bien mis en valeur la beauté des chevaux, leur caractère...

C'est vrai, on projette des sentiments, mais les chevaux ont des sentiments. C'est vrai qu'un cheval pense et qu'on ne lui fait pas faire ce qu'on veut. Et là il y a parfois des moments merveilleux d'entêtement. Tout d'un coup le caractère cabochard et presque ironique du cheval face à ce qu'on lui a demandé.

Vous dites qu'ils sont en liberté mais on leur a quand même appris des choses. Par exemple, il y a cette fameuse poutre et le cheval qui doit monter sur la poutre. C'est simple pour un cheval, il a été présenté au moins une dizaine de fois devant cette poutre, mais ce soir là, il ne voulait pas y aller.

Là, on voit à quel point ils sont puissants et intelligents.

Vincent Josse : "une expérience que j'ai rarement vécue au théâtre"

On a le sentiment d'être au milieu de ces chevaux. Dès la première scène on plonge, on est comme au milieu de la nature, à l'état sauvage presque. C'est-à-dire qu'ils bougent notre position de spectateur. 

Il y a énormément de sons. Il travaille avec ses musiciens, mais on entend aussi les éléments, la nature qui se déchaîne parfois, la pluie, tout ça avec énormément de délicatesse et j'aime beaucoup cette place qui est autre, d'être au milieu de la nature avec les chevaux, d'avoir le sentiment peut-être de les comprendre, de participer à une cérémonie avec eux - parce qu'on est dans une cérémonie. 

Et il tient ça jusqu'au bout... et quand il y a des ratés, ça n'a pas d'importance. Le temps n'est plus important, on a envie que cette cérémonie se prolonge.

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