Samedi prochain, une exposition événement s’ouvre à Paris, entièrement consacrée au pharaon Toutânkhamon et au trésor renfermé dans son tombeau. À cette occasion, nous avons pu rencontrer le célèbre pharaon, qui a répondu à nos questions sans concession.

Le masque funéraire de Toutankhamon, l'une des pièces maîtresses de l'exposition
Le masque funéraire de Toutankhamon, l'une des pièces maîtresses de l'exposition © AFP / MOHAMED EL-SHAHED

C’est une exposition très attendue, qui s’annonce d’ores et déjà comme celle qui sera certainement la plus vue de l’année - voire plus : Toutânkhamon, le trésor du Pharaon s’ouvre samedi prochain à la Grande Halle de la Villette. Après être passée par Los Angeles, et avant de continuer une tournée dans une dizaine de villes du monde, l’exposition présente 150 objets du trésor découvert en 1922 par l’archéologue Howard Carter.  

À cette occasion, nous avons eu l’immense privilège de dialoguer avec Toutânkhamon. Évidemment pas le Pharaon en personne, mais son esprit, qui habite tous les objets présents dans l’exposition - dont un tiers n’avait jamais quitté l’Égypte jusqu’alors. Voici ce que nous a dit le célèbre Pharaon, vieux de plus de 3 300 ans.  

Merci, votre Altesse, d’avoir accepté de nous répondre, nous sommes ravis de... 

MALHEUREUX ! Ne vous approchez pas ! Reculez. Encore un pas. Voilà. C’est mieux. 

Pardonnez-moi votre Altesse, j’oublie le respect dû aux souverains... 

Oh, ce n’est pas cela. Je suis mort depuis bien assez longtemps pour qu’il n’y ait plus de ça entre nous (rires). Le problème, c’est qu’avec les années, tous mes objets, toutes mes possessions, tout ici est devenu extrêmement fragile. Le moindre faux mouvement, un courant d’air ou un éternuement, pourraient même m’abîmer. Faites attention je vous prie. Cela étant, je vous écoute. 

Heureux de votre retour à Paris ? 

Ravi ! Il était temps ! Pour vous donner une idée, la dernière fois que je suis venu ici, à Paris, en 1967, la Grande Halle de la Villette, où je m’apprête à poser mes valises, était encore un lieu de vente de bovins ! À mille lieues du prestigieux Petit Palais où j’étais alors exposé. Mais j’espère que les Français vont venir à ma rencontre comme il y a cinquante ans. Un million deux cent mille visiteurs, vous vous rendez compte ? Et il n’y avait que 45 objets issus de mon butin, aujourd’hui j’en ai amené 150 avec moi. Personne n’a jamais attiré autant les foules dans un musée autant que moi, depuis cinquante ans !  

Et ça semble bien parti... à une semaine de l’ouverture de l’exposition, 130 000 billets ont été pré-vendus. 

Ah, si je pouvais accrocher un nouveau record... quelle joie ! Et quelle belle revanche sur mon règne... 

"J'ai saccagé l'héritage de mes parents".

C’est vrai qu’au fond, vous êtes plus connu pour votre tombeau que pour votre règne. 

QU’OSEZ-VOUS DIRE ? TREMBLEZ DEVANT MON IRE (rires) Je plaisante, évidemment. Vous avez raison. Monté sur le trône à neuf ans, mort à dix-huit... et au milieu de tout cela, j’ai même trouvé le temps de saccager l’héritage de mes parents, dont plusieurs chercheurs pensent qu'il s'agissait de Néfertiti et Akhenaton. Ils avaient rompu avec le polythéisme égyptien pour vénérer un seul dieu, Aton. Moi, j’ai rétabli le polythéisme. Je n’ai pas redressé l’économie de l’Égypte antique, je suis mort malade, à moitié infirme... Heureusement qu’il y a eu la découverte de mon tombeau pour redorer mon héritage ! 

L'une des pièces du trésor de Toutankhamon qui seront exposées à Paris
L'une des pièces du trésor de Toutankhamon qui seront exposées à Paris © Radio France / Isabel Pasquier

Parlons-en, de cette découverte... quand l’explorateur égyptologue Howard Carter a trouvé votre tombeau en 1922, il n’avait jamais été ouvert. Qu’est-ce qu’on fait, quand on reste enfermé dans un tombeau près de trois millénaires ? 

On s’occupe comme on peut. J’ai écouté beaucoup de musique, comme Walk like an Egyptian ou Alexandrie Alexandra.  

C’est vrai ?! 

Non.  

… ah. Vous nous racontez votre découverte ? 

De l’intérieur, je n’en ai pas vu grand-chose. Ce que je sais, c’est que je ne m’attendais pas, ce jour de 1922, à revoir la lumière du jour. Le 4 novembre. D’après ce qu’on m’a raconté, c’est un grand hasard qui a conduit à ma découverte, un gamin qui a creusé pour caler une jarre d’eau dans le sol... Et qui est tombé sur la première marche qui descendait à mon tombeau.  

Et tout était intact chez vous ? 

Tout. Tout dans mon tombeau était conservé comme s’il avait été sous vide tout ce temps. Pas de variation d’humidité ni de température. Rien n’a bougé. L’or ne s’est pas oxydé, les statues ne se sont pas effritées. C’est pour cela qu’aujourd’hui, la conservation de mon trésor est un véritable casse-tête. En étant exposé à l’air libre, certes je me suis ouvert au monde, mais en même temps, tout mon trésor s’est fragilisé.  

C'est ma tournée d'adieu !

Et après Paris ? Quel est votre programme ? 

Je repars pour une dizaine de villes en tournée d’adieu.  

D’adieu ? 

Oui. Après cette tournée, vous ne me verrez plus qu’à un seul endroit. J’ai quitté pour de bon le musée du Caire, place Tahrir, et je ne retournerai en Égypte que dans trois ou quatre ans, quand, tout mon trésor sera exposé dans un musée tout neuf. Alors, je ne quitterai plus ce pays où je suis né, où j’ai régné et où je suis mort.  

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