L'exposition "Fêtes himalayennes, les derniers Kalash" est un coup de cœur de Sophie Bécherel, journaliste scientifique à France Inter. Elle a invité Jean-Yves Loude, un des premiers ethnologues qui a rencontré et étudié ce peuple mystérieux aux frontières du Pakistan et de l'Afghanistan…

Berger dans les hauts-pâturages à 4 000 m, à proximité de la frontière afghane
Berger dans les hauts-pâturages à 4 000 m, à proximité de la frontière afghane © Hervé Nègre

Tout d'abord il y eut un livre, "L'homme qui voulut être roi"…

En 1888, l'écrivain britannique Rudyard Kipling fait paraître la nouvelle "L'homme qui voulut être roi". Il y met en scène deux déserteurs de l'armée britannique, Daniel Dravot et de Peachy Carnehan. Ces deux aventuriers caressent un rêve fou : entrer au Kafiristan (littéralement, « le pays des étrangers »), un pays légendaire situé au nord-ouest du Pakistan, où aucun Européen n'a mis le pied depuis Alexandre le Grand… et en devenir le roi.

Après un long et périlleux voyage, ils pénètrent dans une contrée sauvage et mystérieuse, "à 300 miles au nord de Peshawar", peuplée d'habitants étranges : les Kafir. Mais un seul des deux soldats en reviendra, complètement fou, avec dans ses bagages la tête décapitée de son compère…

… livre qui donna lieu à un film…

En 1975, John Huston se lance dans la réalisation d'un film qu'il projette depuis 25 ans : l'adaptation au cinéma de cette aventure écrite par Kipling. 

Pour incarner les deux héros, il pense d'abord à Clark Gable et Humphrey Bogart, mais ceux-ci décèdent avant que le projet ne voit le jour. Finalement, ce seront Sean Connery et Michael Caine qui incarneront à l'écran les deux héros. Avec leurs côtés, Christophe Plummer, qui interprète Rudyard Kipling (rôle absent du livre). 

Le tournage se déroule aux Etats-Unis, au Maroc, au Royaume-Uni… mais aussi en France, à Chamonix. Ce qui n'est sans doute pas sans incidence sur l'expédition de trois jeunes Lyonnais au Pakistan, un an après…

… puis une expédition scientifique…

En 1976, Viviane Lièvre, Jean-Yves Loude et le photographe Hervé Nègre décident de se rendre sur les lieux de L'homme qui voulut être roi. Jean-Yves Loude explique :

On a voulu aller les voir parce que - shocking ! - Kipling a écrit cette nouvelle sans jamais y être allé !

"Il ne restait plus rien de cette région et de cette civilisation, puisque les Kafir du Kafiristan ont été anéantis en 1896 par le premier roi de Kaboul. Mais de l'autre coté de la ligne Durand (une frontière de 2430 kilomètres entre l'Afghanistan et le Raj britannique) se trouvent les Kalash, considérés aujourd'hui comme les derniers Kafirs".

Pour documenter leurs expéditions, ils partent avec des appareils photos, des magnétophones, des cameras super 8, des carnets… 

On a fait le même pari que les deux déserteurs de l'armée anglaise : retourner chez les Kalash pour écrire le premier livre jamais écrit au monde sur ce peuple.

Pour ramener le témoignage de ce peuple inconnu, les trois aventuriers retournent dans la région pakistanaise à huit reprises, "deux saisons à chaque fois". Jean-Yves Loude raconte : 

La première rencontre : on n'a rien compris. On ne parlait pas la langue. Les Kalash ne parlaient ni français, ni anglais.

Lors de ce premier voyage, ils parlent peu, mais ils observent. Ils assistent à "des danses d'été magnifiques, avec les femmes kalachs qui portent des longues robes noires barrées d'une ceinture blanche, des kilos de collier et sur la tête une double coiffe ornée de coquillages", ils notent "ces têtes de chevaux qui marquent le sacré dans les sanctuaires", ils observent "les sacrifices faits aux dieux et aux esprits de la nature"…

Puis ils décident de revenir, deux ans plus tard. "On ne parlait pas mieux la langue, mais cette année-là, la chance fit qu'un jeune Kalach, qui avait fait ses études de droit à Peshawar pour défendre les droits de cette minorité (qui est déconsidérée et harcelée par ses voisins), parlait anglais". Ainsi a pu véritablement commencer une étude de terrain…

… puis une exposition

En 2016, le trio de voyageurs confie le fruit de leurs recherches au musée des Confluences à Lyon. Une exposition temporaire, qui se tient actuellement, permet de découvrir le cœur de la culture kalash, dans les pas des trois voyageurs. Constituée de leurs archives, de photographies en grands formats ou en diaporamas, de films super 8, d’enregistrements sonores, d'herbiers, de quelques vêtements, bijoux et objets usuels, le parcours décrit la vie quotidienne des Kalash, au fil des saisons

L'exposition permet de rencontrer une population vivant à rebours des codes culturels de nos sociétés de consommation. Jean-Yves Loude décrit "une société qui arrive à être en harmonie avec elle-même, à effacer les conflits en permanence, à ne pas avoir peur de l'enfer (qui est une chose incompréhensible pour les Kalash)..."

► VOIR L'EXPO | Fêtes himalayennes, les derniers Kalash, à voir au Musée des Confluences de Lyon jusqu'au 1er décembre 2019.

Exposition "Fêtes himalayennes, les derniers Kalash" au musée des Confluences,
Exposition "Fêtes himalayennes, les derniers Kalash" au musée des Confluences, / Lyon photo Bertrand Stofleth

Aller plus loin

🎧 ECOUTER | La Tête au carré - Le Peuple Kalash, entre le Pakistan et l'Afghanistan. Jean-Yves Loude au micro de Sophie Bécherel.

📖 LIRE | Une Fêtes himalayennes, les derniers Kalash : une BD mêlant dessins et photographies invite à la découverte du peuple kalash à travers le récit de Viviane Lièvre, Jean-Yves Loude et Hervé Nègre. Dessins d'Hubert Maury.

► VIDEO | Un an chez les Kalash : chaque mois, le musée publie une vidéo qui renvoie au calendrier Kalash, pour vivre leurs fêtes et leurs rituels au fil des saisons. Sept vidéos sont actuellement disponibles

Carte extraite de "Fêtes himalayennes, les derniers Kalash", page 4. Dessins d’Hubert Maury, couleurs de Philippe Marlu.
Carte extraite de "Fêtes himalayennes, les derniers Kalash", page 4. Dessins d’Hubert Maury, couleurs de Philippe Marlu. / Coédition musée des Confluences/La Boîte à Bulles, 2018
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