Des traits comme des pattes de mouches au service de personnages souvent en mouvement… L’illustrateur anglais des livres de Roald Dahl se voit honoré à Paris dans une exposition autour des "Fables de la Fontaine" et de la littérature. L’occasion d’une rencontre dans un français parfait !

Affiche de l'exposition "Quentin Blake, voyages littéraires" du 17 septembre au 4 décembre 2020 à la Galerie Martine Grossieaux à Paris
Affiche de l'exposition "Quentin Blake, voyages littéraires" du 17 septembre au 4 décembre 2020 à la Galerie Martine Grossieaux à Paris © Quentin Blake

Des débuts précoces dans le dessin 

Sir Quentin Blake : "J’ai débuté le dessin à cinq ans ! Cela s’est imposé à moi. J’appréciais que le dessin puisse avoir sa propre vie. Puis j’ai dessiné dans le magazine de l’école. 

Au lycée, le mari peintre de ma professeure de latin m’a demandé, si j’avais une idée de ce que je voulais faire. J’ai répondu : 'Du dessin humoristique'. De le dire, cela a été comme un encouragement. J’ai creusé cette piste. J’ai envoyé des dessins au magazine Punch. Et j’ai eu deux petits dessins publiés en 1949.  

Avec le recul  je ne les aime pas du tout. Mais l’important était de voir mon dessin imprimé. Je me suis ensuite formé avec le peintre Alfred Jackson". 

Les dessinateurs français Honoré Daumier et André François parmi ses influences majeures 

"Honoré Daumier (1808-1879) a été la découverte de mon adolescence. J’ai acheté un livre de ses lithographies qui coûtait deux livres. Ma mère m’a reproché de dépenser autant pour un livre. Mais je l’ai toujours. Il est magnifique. 

C’est mon héros : il a la puissance d’un grand maitre, mais d’aujourd’hui, puisqu’il était publié dans un journal.  

L’autre influence, c’est le grand dessinateur humoristique français des années 1950, André François. Sa prouesse ? Son humour résidait dans le dessin lui-même. Il n’avait pas de limites. J’ai fait un seul pèlerinage dans ma vie, et c’était pour aller le voir dans sa maison des environs de Paris". 

Avec Roald Dahl, une coopération fluide 

"La rencontre s’est faite grâce à notre éditeur. Nous avons commencé avec Les Dents du crocodile (l’histoire d’un crocodile qui n’arrive pas dévorer d’enfant). Nous avons enchainé avec Les deux gredins. Puis pendant les quinze années suivantes, jusqu’à sa mort, nous avons travaillé ensemble. L’illustration se faisait tout simplement.

Je lui proposais des dessins pour ses personnages et nous en discutions autour d’un bon repas et, surtout, d’une bouteille de Bordeaux.  

Pour Le Bon gros géant, nous avions tout décidé : sa corpulence, ses vêtements… mais pas ses chaussures. Quelques jours plus tard, j’ai reçu par la poste une sandale de Roald Dalhl, c’est ce qu’il voulait pour le géant. Je me suis rendu compte à quel point l’écrivain était proche de son personnage".

Le rat qui s'est retiré du monde - Quentin Blake, voyages littéraires du 17 septembre au 4 décembre 2020 à la Galerie Martine Grossieaux à Paris
Le rat qui s'est retiré du monde - Quentin Blake, voyages littéraires du 17 septembre au 4 décembre 2020 à la Galerie Martine Grossieaux à Paris / Quentin Blake

Un trait très fin, presque fragile 

"C’est parce que je cherche à représenter une action que mon trait est si fin. Peut-être aussi parce que j'ai commencé à dessiner sur le tas, avant d’apprendre la technique. Puisque j’ai étudié à Cambridge pour être enseignant, avant d’aller apprendre l’art à l’Université de Chelsea". 

Une longévité liée à l’action dans son dessin 

"Pour m’adresser aux plus jeunes, j’imagine que je suis enfant moi-même. J’ai alors plusieurs personnes en moi : le dessinateur, le lecteur, les personnages, moi enfant…  

L’illustration d’histoire, c’est comme jouer au théâtre : on tient tous les rôles de la pièce tour à tour.  

Si mon dessin parle encore aux jeunes aujourd’hui, c’est peut-être parce qu’il n’est pas descriptif. Je ne dessine pas ce que j’ai devant moi mais une activité : il y a toujours un geste, une expression du visage… Mes personnages sont toujours dans l’action.  

Et comme je mets peu de détails, mon dessin est, je l’espère, une invitation à l’imagination".  

Aller plus loin

L’Exposition Quentin Blake et les Fables de la Fontaine : Quentin Blake aime la littérature. Pour l’occasion, il a sélectionné lui-même ses illustrations de textes peu connus du grand public auxquels il rend leur nouveauté par le dessin. 

Quentin Blake, voyages littéraires du 17 septembre au 4 décembre 2020 à la Galerie Martine Grossieaux à Paris