Forte de plus de 300 oeuvres et documents, dont beaucoup sont inédits, cette exposition couvre tous les aspects et toutes les étapes de la carrière d’Erwin Blumenfeld. Outre qu’elle embrasse l’éventail complet de ses activités artistiques, depuis le dessin et la photographie jusqu’aux montages et aux collages , elle passe en revue toutes les périodes et tous les lieux où Blumenfeld a vécu et travaillé. On y trouve les photographies en noir et blanc expérimentales, devenues désormais des classiques, mais aussi une série d’autoportraits et d’études de modèles, célèbres ou anonymes. L’exposition est organisée autour de sept thèmes : « Dessins, montages et collages », « Autoportraits », « Portraits », « Nus », « Le dictateur »,« Architecture », « Mode ». La plupart des tirages sont des vintages, provenant de l’Estate d’Erwin Blumenfeld, de collections publiques et privées.Une grande partie de l’exposition porte sur la période où il fut un photographe recherché dans la mode et la publicité, à Paris puis à New York. Ces photos, souvent en couleur, montrent l’intérêt constant de Blumenfeld pour les expérimentations photographiques après 1945 et révèlent en quoi son travail antérieur en noir et blanc lui a été utile pour son activité publicitaire. À travers des oeuvres tirées des magazines, le visiteur peut également mesurer combien son travail a été façonné par les contraintes éditoriales et, grâce à plusieurs archives sonores, découvrir la radicalité de son langage imagé. Une série d’images en petit format, datant de ses dernières années, prises dans les villes de Berlin, Paris et New York, et peu connues à ce jour, est projetée sous forme de diaporamas.

Quelques thèmes

Autoportraits

Erwin Blumenfeld, Autoportrait, Paris, vers 1938, épreuve gélatino-argentique, tirage tardif. Collection Helaine et Yorick Blume
Erwin Blumenfeld, Autoportrait, Paris, vers 1938, épreuve gélatino-argentique, tirage tardif. Collection Helaine et Yorick Blume © The Estate of Erwin Blumenfeld

Blumenfeld prend ses premières photographies lorsqu’il est écolier en se choisissant comme propre modèle. Les plus anciennes datent des années 1910, mais, jusqu’à la fin de sa vie, il reste fidèle à l’autoportrait. Le jeune homme au regard rêveur fait place au bohémien louche à la cigarette, puis au photographe soigneusement mis en scène en train de s’amuser avec son appareil. Plus que l’expression d’un excès de vanité, l’autoportrait est plutôt une récréation – avec ou sans masques, maquettes et autres accessoires grotesques (une tête de veau !), propres à introduire un élément cocasse dans les images.

« […] (A)vec le motif du visage composite, souvent introduit dans des autoportraits, où le sujet apparaît à la fois de face et de profil, il a décliné tout au long de sa vie une grande idée qui est à la fois une invention dans l’esprit de l’amateur inventif et l’expression d’un éclatement de l’identité moderne. » Ute Eskildsen

nus

Erwin Blumenfeld, In hoc signo vinces [Par ce signe tu vaincras], 1967, épreuve gélatinoargentique, tirage d’époque. Suisse Coll
Erwin Blumenfeld, In hoc signo vinces [Par ce signe tu vaincras], 1967, épreuve gélatinoargentique, tirage d’époque. Suisse Coll © The Estate of Erwin Blumenfeld

Les premiers nus, très prosaïques, de Blumenfeld datent de sa période néerlandaise, mais ce thème ne deviendra une passion que lors de ses années parisiennes, à partir de 1936, avec la découverte des oeuvres des photographes d’avant-garde français, particulièrement Man Ray. Comme ce dernier, Blumenfeld apprécie le corps féminin pour son aptitude au modelé. Dans ses photographies, les corps des femmes sont des surfaces sur lesquelles il projette son imagination d’artiste en les découpant, en les solarisant et en les tirant vers l’abstraction par le jeu des ombres et des lumières.À partir des années 1930, les visages de ses nus sont rarement visibles et les femmes restent des êtres assez mystérieux. Lorsque Blumenfeld s’installe à New York dans les années 1950, ses nus deviennent des oeuvres tout à fait concrètes et illustratives.

« À Paris, il avait fait des clichés érotiques rêveurs, miroirs et tissus conférant aux modèles quelque chose de mystérieux. À New York, il travailla plutôt sur les effets graphiques dans des mises en scène de studio révélant un grand sens de la couleur. » Ute Eskildsen

Architecture

Erwin Blumenfeld, Natalia Pasco, New York, 1942, épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque. Collection Henry Blumenfeld
Erwin Blumenfeld, Natalia Pasco, New York, 1942, épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque. Collection Henry Blumenfeld © The Estate of Erwin Blumenfeld

Une courte séquence de l’exposition est consacrée aux images d’architecture et de paysage urbain. Ces noir et blanc des années 1930 montrent des immeubles et des espaces urbains selon diverses perspectives expérimentales et abstraites. La tourEiffel, par exemple, est saisie avec de forts contrastes entre lumière et ombre, tandis que les photographies de la cathédrale de Rouen attirent l’attention du spectateur sur les formes particulières de l’édifice. Blumenfeld exprime son regard artistique et sa connaissance de l’architecture gothique en privilégiant les détails fantastiques.

« La ville réinventée apparaît dans son plus simple appareil, elle est nue et vigoureuse. […] La ville ouverte devient symbole de liberté, lieu intemporel et déférence faite à l’harmonie. » __ François Cheval

Le dictateur

Erwin Blumenfeld, The Minotaur or the Dictator [Le Minotaure ou le Dictateur], Paris, vers 1937, épreuve gélatino-argentique,
Erwin Blumenfeld, The Minotaur or the Dictator [Le Minotaure ou le Dictateur], Paris, vers 1937, épreuve gélatino-argentique, © tirage d’époque New York, Collection Yvette Blumenfeld Georges Deeton / Art+Commerce, Berlin, Gallery Kicken Berlin © The Estate

Les images présentées ici traduisent la réaction de Blumenfeld à l’arrivée au pouvoir de Hitler dans l’Allemagne de 1933. Renouant avec la veine politique de certains de ses premiers collages, il associe plusieurs négatifs – un crâne et un portrait du dictateur, Hitler – pour réaliser une seule et même image. Dans un de ces montages, il insère une croix gammée tandis que, sur un autre portrait, des « larmes de sang » sont peintes après coup. Cinq ans plus tard, à Paris, Blumenfeld photographie une tête de veau dont il tirera plusieurs images. Celle où la tête de l’animal surmonte un torse de femme s’intitule Le Dictateur ou Le Minotaure. Ce montage ne vise personne en particulier et se veut évidemment allégorique.

«Le portrait de Blumenfeld représentant Hitler avec la croix gammée sur le front, qu’il intitulait Gueule de l’horreur, est connu dans le monde entier sous le titre Gueule de Hitler. […] Si l’artiste visait une interprétation politique, il souhaitait certainement que l’on pense autant à Mussolini et surtout à Franco qu’au régime nazi et, plus probablement encore, que l’on voie généralement dans son Minotaure une allégorie de la tyrannie politique. » Wolfgang Brückle

bandeau blumenfeld
bandeau blumenfeld © radio-france

Légende du bandeau en 3 photos :Variante de la photographie parue dans Life Magazine et intitulée « The Picasso Girl » [La jeune femme Picasso] (modèle : Lisette) vers 1941-1942 impression jet d’encre sur papier Canson baryta tirage posthume (2012) Collection Henry Blumenfeld / Voile mouillé - Épreuve gélatino-argentique, tirage d’époque.Collection particulière, Suisse. / Trois profils. Variante de la photographie parue dans l’article "Color and lighting" [Couleur et éclairage], de Photograph Annual 1952 © The Estate of Erwin Blumenfeld

Autour de l'exposition

- Le dernier mardi de chaque mois de 17 h à 21 h - Les mardis jeunes : Entrée des expositions gratuite pour les étudiants et les moins de 26 ans et visite commentée par un conférencier du Jeu de Paume.- Samedi 30 novembre à 14 h 30 : Projection du film documentaire sur Erwin Blumenfeld et l’architecture de Paris, Berlin, New York réalisé par le Musée Nicéphore Niépce. Séance présentée par François Cheval, directeur du musée.- Samedi 18 janvier de 11 h à 18 h - Journée d’études « Façonner la féminité : La mode, la photographie et la société de consommation » en lien avec l’exposition d’Erwin Blumenfeld, sous la direction d’Abigail Solomon-Godeau, historienne et critique d’art.- Le mercredi et le samedi à 12 h 30 - Rendez-vous du Jeu de Paume : Visite commentée des expositions par un conférencier du Jeu de Paume. Gratuit sur présentation du billet d’entrée.

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