Le Musée Galleria propose "Back Side / Dos à la mode", une exposition hors les murs au Musée Bourdelle entièrement consacrée au vêtement vu de dos.

Back/Side, exposition hors les murs du Musée Galliera, dans les murs du Musée Bourdelle à Paris
Back/Side, exposition hors les murs du Musée Galliera, dans les murs du Musée Bourdelle à Paris © Paris Musées Pierre Antoine

Dans la mode, le dos s'habille avec soin, par exemple sculpté de roses chez Alexander Mc Queen ou en dentelle noire pour Yves Saint Laurent. Dans une époque obsédée par le visage, le Musée Galliera propose au spectateur de déplacer son regard, comme l'explique Alexandre Samson, commissaire de l'exposition : 

"Aujourd'hui avec les réseaux sociaux, l'influence d'internet, la diffusion de nous-même qu'est le selfie, le dos est mis au rebut". 

"L'appréciation de notre propre dos est vraiment maintenant extrêmement dépréciée, donc notre volonté c'était vraiment d'offrir une bouffée d'air frais, et rappeler également à quel point le dos était important dans la conception de notre vêtement, dans la conception de l'imagination de notre propre silhouette, rappeler à quel point la création de mode a fait du dos un véritable support, et parfois la clé de voûte de chacune des créations."  

Dos nu et dos orné dans les allées du musée Bourdelle, pour l'exposition Back/Side
Dos nu et dos orné dans les allées du musée Bourdelle, pour l'exposition Back/Side / Paris Musée Pierre Antoine

Comme avec la traîne, qui apparaît au XIIIe siècle et dont l'exposition présente plusieurs modèles faits de perles et de broderies. Alexandre Samson poursuit : 

"Notre dos, c'est la seule surface de nous-même que nous ne pouvons pas voir, que les autres voient mieux que nous" 

"Il n'est donc pas étonnant que les puissants, les monarques aient commencé à porter des traînes comme un symbole de pouvoir mais également pour protéger leurs arrières. Quant vous portez une traîne, vous créez un espace interdit aux autres".     

Le dos nu, signe de l'émancipation de la femme

Une grande partie de l'exposition est aussi consacrée au dos nu qui  fait ses premières apparitions à la fin des années 1910. "Le dos nu suit l'émancipation de la femme, la libération du corps féminin, surtout dans les années 1920 favorisé par la pratique du bronzage" explique Alexandre Samson. 

L'une des pièces majeures de l'exposition date de 1972, une robe noire décolletée jusqu'à la naissance des fesses signée Guy Laroche qui, en une seule scène du "Grand Blond avec une chaussure noire", fait de Mireille Darc une icône glamour des années 1970.  

Photos, extraits de films : le dos se décline sous toutes les coutures. Et grâce à une scénographie ingénieuse et onirique, les robes de créateurs entrent en dialogue avec les sculptures d'Antoine Bourdelle. Pour Alexandre Samson, "la sculpture permet pour une exposition de mode de récupérer ce dont nous manquons : le mouvement (parce que les robes sont figées) et le modelé corporel. La sculpture nous aide à retrouver ces deux facteurs".  

Curiosité : seuls les vêtements des femmes occidentales se ferment dans le dos. "Encore en 2019, alors qu'on prône une parité et une égalité entre les sexes, en Occident les femmes continuent à avoir des vêtements qui se ferment dans le dos" constate Antoine Samson qui précise avoir travaillé sur ce sujet avec des ostéopathes : 

Dialogue entre les sculptures du musée Bourdelle et les robes de l'exposition Back/Side
Dialogue entre les sculptures du musée Bourdelle et les robes de l'exposition Back/Side / Paris Musées Pierre Antoine

"Nous avons fait le constat qu'ils traitaient (à Paris en tous cas) jusqu'à dix cas par an de femmes qui se luxaient les épaules à cause de leurs glissières!" 

"On présente une robe de John Galliano fermée par cinquante et un boutons dans le dos. Quand vous portez ce vêtement vous n'avez pas forcément conscience que, historiquement, c'est un symbole de dépendance." 

À partir des années 1960, le vêtement se fait bavard avec des inscriptions, des messages politiques. On croise notamment dans l'exposition la parka Zara portée par Melania Trump lors d'une visite aux enfants sans-papiers à la frontière avec le Mexique en juin 2016, et dont le dos hurlait "I really don't care. Do u?". 

"Back side/ Dos à la mode" est à découvrir au Musée Bourdelle, 18 rue Antoine Bourdelle 75014 - jusqu'au 17 novembre.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.