De lui on connaît les portraits de groupes ou les magnifiques bouquets. Fantin-Latour avait aussi une passion pour la photographie, et plus particulièrement pour les photos de nus.

Torse de femme
Torse de femme © Radio France / Anne Audigier

Très indépendant, d’un tempérament introverti, volontiers solitaire, dans un siècle où les aventures artistiques se vivent en groupe, Henri Fantin-Latour laisse l'image d’un peintre marginal, guidé par une conception très élevée de sa mission d’artiste et qui cachait sous les glacis d’une peinture austère une sensibilité à fleur de peau.

Coin de table (de g à d : Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Elzéar Bonnier, Léon Valade, Emile Blément, Jean Aicart, Ernest d'Hervilly, Camille Pelletan) 1872
Coin de table (de g à d : Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Elzéar Bonnier, Léon Valade, Emile Blément, Jean Aicart, Ernest d'Hervilly, Camille Pelletan) 1872 © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

L’exposition que lui consacre le musée du Luxembourg s'ouvre sur une série d'autoportraits, puis fait la part belle aux portraits de groupes sur lesquels figurent quelques uns de ses illustres contemporains (Manet, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine…) et aux natures mortes… Mais pas seulement…

Moi, je suis fanatique de la photographie, ce que je n'aime pas, c'est de me voir photographié

Cette phrase pour le moins sibylline est l'une des seules allusions à la photographie que l'on trouve dans les écrits de Fantin-Latour, au point qu'elle pourrait passer pour négligeable dans le flot d'informations échangées entre Fantin et le peintre allemand Otto Scholderer durant plus de quarante ans.
L'aveu de Fantin est pourtant loin d'être anodin.
Assez peu connu, le fonds de photographies de l'artiste, conservé au musée de Grenoble, révèle une dimension inattendue de son travail.
On y trouve tout d'abord des reproductions d’œuvres anciennes. Jusque là rien d'étonnant pour quelqu'un qui a passé l'essentiel de sa jeunesse au Louvre. Plus surprenant, un fonds de photographies de nus assez conséquent - près de 1400 tirages.

Exposition Fantin-Latour
Exposition Fantin-Latour © Radio France / Anne Audigier

Comme beaucoup de ses contemporains, Fantin avait un appareil Kodak, même si la plupart des prises de vues qu'il utilisait en tant qu' "académies" ou "études d'après nature" pour l'élaboration de ses toiles, lui étaient fournies par des amis photographes.
Ce sont quelques-uns de ces tirages argentiques un peu passés que l'on découvre presque à la fin de l'exposition.
Fantin-Latour semble avoir acquis de façon compulsive ces images, objets d'étude autant que de délectation. Il les rangeait soigneusement dans des albums donnés à la ville de Grenoble par sa veuve en 1921, accompagné d'une volonté écrite du peintre : que ses catalogues intimes ne soient pas ouverts avant 1936, année du centenaire de sa naissance.
Cette volonté a été plus que respectée puisque sa collection n'a fait l'objet d'un inventaire et d'une étude sérieuse qu'en 2010.

Fantin-Latour collait consciencieusement les photos qu'il collectionnait dans des albums
Fantin-Latour collait consciencieusement les photos qu'il collectionnait dans des albums © Radio France / Anne Audigier

La surprise ne s’arrête pas là. Fantin a "décalqué" certains de ces clichés, puis les a transposés sur papier ou même sur toile.
Laure Dalon, conservatrice du patrimoine, adjointe au directeur scientifique de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais nous éclaire : "On comprend ainsi l'usage que Fantin faisait de ces images : à une époque où il pouvait être difficile de trouver des modèles, et pour un homme pudique et exigeant tel que lui, il y avait certainement de nombreux avantages à travailler sur photographies plutôt que d'après des modèles vivants."

(à g.) photographie de Joseph Vasse - (à d.) Etudes pour des baigneuses ©Musée de Grenoble
(à g.) photographie de Joseph Vasse - (à d.) Etudes pour des baigneuses ©Musée de Grenoble © Radio France / Anne Audigier

►►► POUR ALLER + LOIN
L'exposition au musée du Luxembourg : Fantin-Latour à fleur de peau

Fantin-Latour et la photographie
Une conférence de Dominique de Font-Réaulx, conservatrice générale du patrimoine, directrice du musée national Eugène Delacroix. Le 17 janvier 2017

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