Au moment de la rentrée littéraire, deux écrivaines racontent leur façon à elles d'être connectées. En permanence, avec des moment off, ou mode avion.

Frederika Amalia Finkelstein et Emmanuelle Pireyre
Frederika Amalia Finkelstein et Emmanuelle Pireyre © AFP / Ulf Andersen / Joel Saget

Comment les écrivains, les penseurs, naviguent-ils sur le web ? Qu'est-ce qui retient leur attention ? Les fake, les lol, les travaux d'artistes ? trop de violence ou trop d'info ? Questions à Emmanuelle Pireyre, écrivaine que le Centre Pompidou a conviée à partager une websession dans le cadre du festival Extra ! Questions également à Frederika Amalia Finkelstein, auteure de Survivre qui sort en cette rentrée chez L'arpenteur.

Connectées ou déconnectées ?

Elles sont connectée en permanence ou presque.

Frederika Amalia Finkelstein : J’utilise internet pour les infos, ça fait une revue de presse virtuelle, avec les sites de journaux ou radio. Je n’ai pas de télé chez moi. J’ai un iphone que je peux consulter 150 fois par jour. Mais j’ai un rapport ambigu à la technologie et parfois je me mets en mode avion, c’est mon dimanche à moi en fait ; il y a des jours où je choisis de disparaître des réseaux.

Emmanuelle Pireyre : J’ai un rapport au monde totalement connecté mais pour écrire, je coupe la liaison wi fi, je mets des boules Quies, là il faut que je sois isolée de tout. Sinon je passe mon temps à chercher des documents de toutes sortes, il m'est arrivé de lire des forums de traders qui se racontent leur vie personnelle, des forums de jeunes filles qui décident de se voiler. Ce sont des choses auxquelles je n'aurais pas accès normalement. Je n’aime pas avoir de téléphone, j’en ai un petit, donc pas de smartphone car je veux garder mon indépendance. Je n'ai pas envie que mes données se promènent. Donc pour le smartphone je freine autant que je peux.

Les réseaux sociaux, pour quoi faire ?

FrederikaAmalia Finkelstein : Je publie sur Facebook les articles de presse me concernant, et cela permet aux gens d'entrer en contact avec moi. Sur Instagram je poste des photos d'art contemporain ou d'objets qui me plaisent, cela fait une banque d'images que j'aime bien faire défiler.

Emmanuelle Pireyre : Avec Facebook j’ai du mal avec le ton que les gens et mes amis parfois, emploient. C'est comme si on était tous un peu saouls en fin de soirée et qu'on se relâche, sauf que là c’est public. La confusion public privé me dérange.

Internet, matière première

Frederika Amalia Finkelstein : Ça alimente mon travail, je recours souvent à Wikipédia, beaucoup plus complète qu’on l'imagine. Dans Survivre, mon héroïne chasse la violence sur internet, parce que ça la fascine. Elle souffre d’un monde qui devient entièrement virtuel et elle n’arrive plus à être dans le réel, elle a du mal à ressentir des émotions, à force d’être devant les écrans, elle cherche un rapport plus organique. Ce danger je le ressens. Il ne faut pas perdre ce rapport à l'organique.

Emmanuelle Pireyre : Internet est ma documentation. Je me demande comment Balzac a fait pour concevoir la Comédie humaine ; il fallait connaître toutes les strates de la société, dans tous les milieux, et donc échanger des courriers pour avoir des informations. Avec internet on a des filons rapides pour voir presque à l’intérieur de la pensée des gens. En revanche j'échappe totalement aux phénomènes viraux et aux buzz, car je dois avoir une attitude volontariste.

L'internaute est en situation de non-assistance à personne en danger

Frederika Amalia Finkelstein : Il n’y a pas de hiérarchie, c'est l'horreur absolue ou des choses innocentes ou burlesques, qui sont au même niveau. C’est un danger car on ne filtre plus ce que l’on voit. On est confronté à une violence qu’on n’arrive pas à maîtriser. J’avais 10 ans en 2000 j’ai toujours connu internet donc j’ai du apprendre à vivre avec différents internets. Pour moi il n'y a pas un internet mais des mondes différents dans l'internet.

Emmanuelle Pireyre : On voit défiler des horreurs, et nous sommes passifs. C'est comme si nous ne portions pas assistance à des personnes en danger.

La littérature à l'heure d'internet : un nouveau pouvoir ?

Frederika Amalia Finkelstein : On ne se rend pas compte à quel point aujourd’hui la littérature peut jouer un rôle important. On est à un tournant, le politique a tendance à s’effondrer. La religion ramène des gens qui ont un besoin d’être nourris, qui ne croient pas en la société de consommation. Pour moi la littérature n’est pas du divertissement, elle a un pouvoir, politique, une nouvelle forme de politique. Changer le monde ça commence par changer la vie de quelqu’un, or un livre peut changer votre vie et votre rapport au monde, c’est un pouvoir qu’il ne faut pas sous-estimer.

Emmanuelle Pireyre : C'est vrai que ce que je fais dans une websession c'est un peu comme un poème dada. Mais au contraire de ce qui a pu se faire au début du XXe siècle avec la déconstruction de toutes formes esthétiques, je suis dans une démarche de re-connstruction avec ce que je trouve sur internet.

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Le festival des littératures hors du livre, Extra !

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