Eléments de réponse sur le film "Premier contact" de Denis Villeneuve avec les critiques cinéma du Masque et la plume.

Affiche de "Premier contact"
Affiche de "Premier contact" © FilmNation Entertainement/Lava Bear Film/21 Laps entertainement

Avec Danièle Heymann (Marianne), Pierre Murat (Télérama), Jean-Marc Lalanne (Inrockuptibles) et Michel Ciment (Positif), et Jérôme Garcin (L’Obs et France Inter)

Premier contact, est un film du Québécois Denis Villeneuve à qui on doit Incendies, Enemy, et Sicario. Il s’essaye ici à la SF avec Amy Adams, Jeremy Renner, et le colonel Forest Withaker. La formule est connue : 12 vaisseaux extra-terrestres, en forme de suppositoire XXL, débarquent un peu partout dans le monde. Question rituelle : les visiteurs sont-ils des méchants ? Ou au contraire des amis ? L’armée dépêche une linguiste au passé plutôt lourd et un physicien pour tenter de traduire les intentions de ces aliens qui ressemblent un peu à des poulpes géants qui s’expriment avec des taches d’encre. Pendant ce temps-là, la Chine s’éveille. Et la guerre mondiale se profile.

Un beau design, mais je ne suis toujours pas sûr d’avoir compris ce qu’il y avait à comprendre

Jean-Marc Lalanne : je suis très partagé. Je suis très séduit par le film. J’aime le design des vaisseaux. Ces « suppositoires géants » sont très beaux. Il y a une vraie invention autour de ce que serait un vaisseau spatial, la manière dont il se déplace, dont il s’évapore. Il y a une séquence que je trouve sublime : c’est quand il y a une cage d’ascenseur dans laquelle on monte verticalement. Et tout à coup, elle devient un couloir dans lequel on avance horizontalement, parce qu’il n’y a plus de gravité. Donc au niveau de la direction artistique de la mise en scène, la mise en place d’un univers sensoriel qui est assez fascinant.

En revanche, j’ai plus de difficultés avec le scénario qui finit par me perdre. Je ne suis toujours pas sûr d’avoir compris ce qu’il y avait à comprendre. Par exemple, vous allez m’expliquer : les flash-back du début du film, deviennent des back forward ensuite ? Il y a tout à coup, une courbure de l’espace-temps, et on ne sait plus si on est dans le passé ou dans le futur. Cette complication m’a perdu. C’est trop alambiqué. Ça a réduit pour moi, ce qui me semblait très ample au niveau de l’imaginaire.

Le mélo de Science-fiction n’a pas réussi à me toucher.

Danièle Heymann : les graffitis des aliens, ces sortes de traînées de langage, avec lesquelles ils s’expriment ne rejoindront pas dans l’imaginaire collectif les cinq notes peut-être vieilles, mais inoubliables, des Rencontres du 3e type. C’est un peu le même principe de recherche du langage des aliens. Je trouve qu’effectivement spectaculairement parlant, c’est très beau.

Après, le mélo de science-fiction n’a pas réussi à me toucher. Et une fois que le dispositif est en place : elle y va, puis elle a du mal, donc elle revient, là, elle y arrive, donc elle revient, puis elle retourne, elle repart… Et elle comprend, elle croit comprendre, elle ne comprend pas… J’ai été séduite par le dispositif, mais une fois qu’il s’est répété pour la septième fois, j’ai commencé à trouver ça un peu lassant.

Un film sur le langage et la rencontre avec l’Autre

Michel Ciment : je trouve le travail de Denis Villeneuve passionnant depuis Incendies et, Prisoners qui est un renouvellement du film noir. Et même Sicario. Et là avec ce film de science-fiction, ce n’est pas absolument original, mais il est à contre-courant de la majorité des films de sciences fictions américains qui, à part Gravity et quelques autres, sont dans les effets spéciaux, ou dans "l’héroïsation" des personnages. Là d’abord, il prend comme personnages principaux, une linguiste et un physicien, ce qui est assez original, dans l’ère Trump. Ce sont donc des intellectuels qui sont au cœur du film.

Ce n’est pas pour rien que les jeunes adorent la science-fiction : c’est parce qu’ils se posent des questions philosophiques. La SF est un genre philosophique. Ce film est une réflexion sur le langage. Et je trouve assez formidable de faire un film à grand spectacle, très visuel, splendide, et en même temps de dire : on ne peut pas décoder une langue, si on ne rencontre pas celui qui la parle. C’est un film qui est pour le contact avec l’autre. C’est-à-dire qu’on ne doit pas ignorer l’autre, on doit essayer de le comprendre, plutôt que de le rejeter.

Oui, ça a déjà été fait dans Les Rencontres du troisième type, ou par Le jour où la Terre s’arrêta de Robert Wise. Ce n’est pas nouveau que les alliens soient présentés sous un jour positif, et pas comme hostiles. C’est-à-dire l’étranger n’est pas hostile, et même absolument pas, si on apprend sa langue, si on apprend comment il parle.

C’est un film plus moral que politique. Surtout je trouve incroyable de dépenser un tel budget pour un film sur le langage. D’autre part, le langage de ces heptapodes (ils ont sept tentacules) me fait penser à des peintures de Pollock ou de Zaouki, c’est magnifique. Ce sont des idéogrammes.

Ésthétiquement ce film est très fort, autant psychologiquement, je le trouve très épais.

Pierre Murat : Je n’ai pas la culture picturale de Michel Ciment, mais j’ai trouvé ça très beau. Moi qui ne suis pas très fan de films de SF. Pendant une heure et quart, il y avait une vraie beauté… Ça m’a fait penser à Solaris le film de science-fiction de Tarkovski avec cette découverte d’un monde différent. Et c’est superbe. Le seul petit problème, c’est qu’au bout d’une heure et quart la psychologie américaine reprend ses droits, et il y a donc la mère avec la fille, le côté sentimental. Autant esthétiquement ce film est très fort, autant psychologiquement, je le trouve très épais. Et je regrette parce que pendant une heure et quart, j’ai marché à fond. C’est quand même très : le passé ? Le futur ? Est-ce que nous renaîtrons un jour ? Est-ce que nous sommes nés. C’est de la philosophie, mais de bazar !

Ce film raconte que ce sont les hommes qui font la guerre et que les aliens viennent apporter une sorte d’harmonie.

François, spectateur de la salle du Masque : il faudrait citer en référence le manga Akira. Le personnage ingère une force dont il ne sait pas quoi faire… Donc dans ce film on dirait qu’il trouve, et réussit. Ce film raconte aussi que ce sont les hommes qui font la guerre et que les aliens viennent apporter une sorte d’harmonie. De plus, la femme est choisie par les aliens, et elle agit. Et l’homme, est ici juste là pour la regarder faire. C’est mon film préféré.

Ecoutez l’extrait de l’émission du Masque et la plume consacré à Premier contact :

►►► Écoutez Le Masque et la plume

La bande-annonce :

Les autres films dont il est question dans l'émission :

  • A jamais
  • Baccalauréat
  • Personal Shopper
  • Carole Matthieu
  • Go Home
  • Salt and Fire
Articles liés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.