Un procès un peu particulier s'est tenu mardi soir au palais de justice de Paris, organisé par des étudiants en droit : le procès fictif de Louis-Ferdinand Destouches... dit Céline.

Cour d'honneur du Palais de justice de Paris.
Cour d'honneur du Palais de justice de Paris. © Radio France / Nathanael Charbonnier

"Faut-il censurer Céline ?" La question est complexe. Elle méritait bien un procès. L'auteur du Voyage au bout de la nuit, génie de la langue, était aussi l'auteur de trois pamphlets antisémites, Bagatelles pour un massacre, L’Ecole des cadavres et Les Beaux Draps. C'est ce qu'a décidé d'organiser la Fédération française de débat et d'éloquence, ce mardi soir, à l'ancien Palais de Justice de Paris. Le procès, fictif, consistait à mettre de futurs avocats en situation de défendre Céline, ou de l'attaquer, face à des avocats expérimentés et sur un sujet particulièrement sensible.

Ainsi, sous les hauts plafonds d’une antique salle de tribunal aux estrades en bois, alors qu'environ deux cents spectateurs avaient pris place, Lara Atia, 20 ans, a défendu l’écrivain face à Amine Sanhaj, étudiant en deuxième année de droit. 

"Ce ne sont pas des œuvres de l'esprit mais des hurlements de haine"

Un procès fictif confronté à la réalité, à l'heure où la réédition chez Gallimard des pamphlets de l'écrivain fait polémique. "Je viens du meilleur de moi même m'opposer à la réédition des pamphlets de Céline qui ne sont pas des œuvres de l'esprit mais des hurlements de haine à l'égard des juifs", a d'ailleurs plaidé Me Christian Charrière Bournazel, dans le rôle de l'avocat général. Face à lui, Me Jean-Yves Le Borgne, dans une plaidoirie magistrale, se demande s'il vaut mieux cacher, ou montrer, pour éviter que l'histoire se répète. 

La décision a été renvoyée à 2031, date où les écrits de Céline tomberont dans le domaine public
La décision a été renvoyée à 2031, date où les écrits de Céline tomberont dans le domaine public © Radio France / Jade Peychieras

Question si complexe que le tribunal fictif a finalement botté en touche, en renvoyant sa décision à 2031, date à laquelle l'oeuvre de Céline tombera dans le domaine public.

Dans ce exercice, de jeunes avocats étaient chargés de défendre l'écrivain devant un avocat général expérimenté.
Dans ce exercice, de jeunes avocats étaient chargés de défendre l'écrivain devant un avocat général expérimenté. © Radio France / Jade Peychieras

Louis Ferdinand Auguste Destouches, dit Céline, écrivain et médecin, né le 27 mai 1894 à Courbevoie et mort le 1er Juillet 1961 à Meudon, a été pendant l’Occupation nazie un collaborateur engagé aux côtés des nazis. Et pas seulement par des mots, comme dans ses articles et pamphlets qu’il donne aux journaux collaborationnistes, mais aussi par des actes comme lorsqu’il dénonce aux autorités, en octobre 1940, un certain Joseph Hogarth, médecin non naturalisé dont il souhaitait obtenir le poste. 

Un procès à l'heure de la réédition de pamphlets

À la fin de la guerre, après le débarquement allié en Normandie en 1944, Céline s’échappe avec son épouse Lucette. Ils se réfugient comme d'autres vichystes à Siegmaringen en Allemagne. Puis l’exil les conduira au Danemark. Condamné par contumace en 1950 pour collaboration, Céline et sa femme Lucette rentreront en France l’été 1951. Voilà pour la 'vraie vie'.

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Le procès fictif de Louis-Ferdinand Céline

Par Jade Peychieras
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