Conte coloré et sans paroles, Fe est un jeu vidéo qui fait passer de manière très habile deux messages : une ode à la puissance et à la fragilité de la nature, mais aussi une célébration subtile du pouvoir du langage et du dialogue.

Fe, un jeu vidéo entre couleurs pastel et créatures fantasmagoriques
Fe, un jeu vidéo entre couleurs pastel et créatures fantasmagoriques © Zoink / Electronic Arts

Fe est un jeu volontairement déstabilisant au premier abord. Il donne au joueur très peu d'indications sur ce qu'il doit faire ou comment il doit le faire, et le propulse sans autre forme de procès dans une curieuse forêt aux tons pastel. Aux commandes d'une créature aussi mignonne que bizarre (sorte de croisement entre un ornithorynque, un porc-épic et un renard), il va d'abord falloir explorer, expérimenter, observer comment fonctionnent la faune et la flore locales.

On comprendra donc plus ou moins vite qu'on peut "discuter" avec à peu près tous les organismes végétaux ou animaux, simplement en chantant avec eux de manière harmonieuse. Une fois la bonne voix et la bonne note trouvées, chacun vous aidera comme il le peut dans votre aventure. Évidemment, quelques minutes plus tard, des créatures bien plus mécaniques s'en prennent à vos nouveaux amis, que vous allez devoir libérer : le sous-texte écolo est assez classique, bien sûr, mais fonctionne plutôt bien.

Communiquer, c'est survivre

Paradoxalement, pour un jeu sans paroles, Fe est avant tout une célébration du langage. Ce qui compte, c'est moins de résoudre des énigmes ou d'échapper à la vigilance des monstres que de réussir à établir un lien quasi verbal avec toutes les créatures que l'on croise. Pour ce faire, votre personnage va progressivement apprendre de nouvelles "voix" qui lui permettront de communiquer de plus en plus facilement, et donc d'obtenir l'aide dont il a cruellement besoin dans sa quête.

Fe vous met dans la position d'un nouveau-né, d'abord incapable de se faire comprendre autrement que par des gazouillis, mais qui va apprendre en communiquant avec le monde extérieur, de moins en moins hostile à mesure qu'on peut lui parler et le comprendre. Un point de vue assez rare dans le jeu vidéo, qui rappelle par exemple les jeux de la série Oddworld (qu'on ne saurait trop vous recommander), pour les nostalgiques des années 90. Eux aussi misaient beaucoup sur l'étrangeté de leurs créatures et véhiculaient un message pacifiste et humaniste similaire.

Comprendre et célébrer l'étrangeté du monde

Le jeu en lui-même reste assez classique : on progresse petit à petit dans de nouveaux espaces en débloquant des compétences (grimper aux arbres, flotter dans les airs, etc.) mais son univers ne manque ni de charme ni d'audace visuelle. Certaines séquences sont d'ailleurs impressionnantes, comme ce passage où l'on doit libérer un cerf aussi grand qu'une montagne avant d'entamer une ascension jusqu'à sa tête pour pouvoir, enfin, apprendre à lui parler.

Autre originalité rafraîchissante, Fe est un monde dans lequel (et contre lequel) on ne se bat pas : le héros du jeu est de toute façon trop faible pour rivaliser avec ses ennemis et ne mise que sur votre ruse. C'est un monde qu'on nous propose d'apprivoiser, un monde où l'on débarque comme un étranger, et que l'on finira par sauver en devenant son ambassadeur polyglotte. En ne libérant que le pouvoir de sa propre voix.

FE - Disponible sur PC, Playstation 4, Xbox One et Switch

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