Replongez dans les meilleurs moments de Boomerang cette semaine : Augustin Trapenard recevait Sara Forestier, Juliette Binoche, Marianne James, Marjane Satrapi et les mots de Delphine Seyrig.

Féminisme : "il faut joindre les actions à la parole"
Féminisme : "il faut joindre les actions à la parole" © Getty / JGI/Jamie Grill

Pablo Cotten a préparé spécialement pour vous le best-of de Boomerang de la semaine à partir des entretiens d'Augustin Trapenard :

11 min

Le Best-of de Boomerang du vendredi 6 mars 2020

Par Pablo Cotten

Sara Forestier

Elle a été nommée dans la catégorie meilleur second rôle féminin pour le film "Roubaix, une lumière" d’Arnaud Desplechin à la 45e cérémonie des César. Sara Forestier était l'invitée d'Augustin Trapenard

SF : "Ce qu'on attend des femmes, on l'attend des actrices de manière peut-être un peu plus cristallisée. Encore maintenant, mais de moins en moins, la beauté était un dû pour une femme. 

On doit être belle… Si on n'est pas belle, une vie de femme peut être complètement ratée

On demande aux actrices de faire ce qu'on demande aux femmes du quotidien de faire bénévolement. 

Je me suis exprimée sur la cérémonie des César à travers un post Instagram : 

Oui, on aurait dû partir, quitter la salle par rangées

C'est une bonne question : qu'est-ce qu'on fait et qu'est-ce qu'on va faire ? Ce qui m'intéresse c'est ce qui va changer les choses dans le quotidien des femmes. Laissez-moi vous dire vraiment ce que je pense : il y a un point de non-retour après cette cérémonie des César

Juliette Binoche

Elle est à l’affiche du nouveau film de Martin Provost "La bonne épouse". Juliette Binoche est l'invitée de Boomerang où elle s'est confiée sur la place des femmes dans la société, hier et aujourd'hui, notamment les représentations du corps des femmes au cinéma : 

JB : "On a besoin de se tourner vers le féminin en ce moment, je pense que c'est vraiment important parce que le féminin nous apporte et je ne parle pas de la femme, mais du féminin à l'intérieur de nous.

Nous sommes fait.e.s de deux pôles : du masculin et du féminin. On a exprimé beaucoup le masculin dans le passé, nous étions dans un patriarcat enfermant pour les femmes. 

Se tourner vers le féminin, ce n'est pas d'aller vers un matriarcat, c'est se tourner vers une partie de nous-mêmes plus mystérieuse, celle des émotions, des sensibilités à mettre là où c'est nécessaire

Je pense qu'on ne peut pas reconstruire à partir de cet esprit-là, de cette médiocrité, je crois qu'il faut reconstruire parce que le cinéma, ce n'est pas ça, ce n'est pas les César. Le cinéma, c'est autre chose. Quand on ressort de ce genre de soirée, on a l'impression de ne rien avoir vécu qui ait un rapport avec le cinéma. Heureusement, il y a eu "Les Misérables", un film magnifique qui parle des gens et de réalités. À la fois, ça transcende dans un art mais j'ai trouvé que c'était tellement médiocre que c'est déprimant, il faut reconstruire autrement". 

📖 LIRE - "Toi le féminin" - La Carte blanche de Juliette Binoche

Marianne James

Elle est auteure-compositrice, interprète et actrice et est actuellement en tournée avec son spectacle musical "Tatie Jambon". Marianne James a prêté sa voix au micro de Boomerang

MJ : "Parfois, les spectateurs ne sont pas prêts à l'endroit où on veut les emporter. Je m'appelle souvent "le décapsuleur" et, face à moi, j'ai plein de jolies bouteilles mais je ne sais pas si, à l'intérieur, la bouteille est vide, si c'est un grand cru, si c'est une piquette, une eau pétillante, une autre source, une eau croupie, je n'en sais rien moi ce qu'il y a l'intérieur des gens, je sais juste que je vais aller les cueillir plusieurs fois, les saisir comme un morceau de viande. Je les passe à la poêle et au bout d'un moment, ils vont rendre les armes : leur certitude, leur quant à eux, leur barrière, je vais essayer de faire sauter ça".

Marjane Satrapi

À l'occasion de son cinquième film "Radioactive" où elle signe un hommage à Marie Curie, son idole de jeunesse dont elle retrace le parcours d'exception, Marjane Satrapi était au micro d'Augustin Trapenard :  

MS : "Évidemment que quand je fais un film, je le fais pour des spectateurs. Vous savez, c'est comme ces gens qui disent "J'écris pour moi-même. Excusez moi, mais mon cul, ça n'existe pas. Quand vous écrivez et vous vous faites publier, dans le mot "publié", il y a le mot "public", donc on écrit pour que les gens nous lisent ! Moi, je fais un livre pour que les gens aillent le voir. 

Je me demande toujours si ce que je vais raconter sera compris par les autres de la même façon

Parce que s'ils ne comprennent pas, ça ne veut pas dire que tout le monde est débile, c'est juste que moi je n'ai pas bien fait mon travail.  

Marie Curie n'a jamais fait partie d'aucun mouvement féministe, ça ne veut pas dire que si les femmes lui demandaient de signer un papier ou je ne sais pas quoi, elle ne l'aurait pas fait. Mais pour moi, elle incarne le féminisme factuel, c'est-à-dire qu'elle est féministe par ce qu'elle a accompli sans se poser de questions et elle ne se positionne pas en tant que femme mais en tant que scientifique. 

C'est ce que j'essaye d'être moi aussi parce que certes brandir le bras et le poing, c'est très bien mais à un moment donné, si on brandit le bras et qu'après on est tout le temps en train de minauder, tout ça ne sert à rien. 

Il faut joindre les actions à la parole 

C'est mon grand cri d'amour à la France : quand je dis à mes amis français, "mais quand même, c'est un super pays" et qu'ils me disent "mais on ne va pas quand même nous comparer avec moins bien". En fait, en France, on se compare avec personne ! Finalement, on se compare avec personne. Mais pourquoi on se compare avec personne ? Parce qu'on est en très bonne position.

Un homme qui n'est pas libre, ça ne vaut pas la peine, c'est la seule chose qui est importante, cette liberté-là

Delphine Seyrig

Cela fait 20 ans qu'elle nous a quittés et pourtant ses mots sont plus d'actualité que jamais. À l'occasion de la journée spéciale #ToutesFéministes chez France Inter, Boomerang est allé retrouver la voix et les mots d'une des grandes icônes du féminisme, Delphine Seyrig :

DS : "Il y a une culture féminine et une culture masculine. Il est évident, par exemple, de se poser la question "pourquoi est-ce que les femmes ne sont jamais de grands artistes ? Pourquoi est-ce que depuis la nuit des temps, on parle de Michel-Ange ? Que tout ce qu'est art dans notre civilisation est le fait des hommes et pas des femmes ?" Alors, les femmes peuvent et pensent qu'elles sont moins douées, moins intelligentes, que le génie est une chose qui ne leur appartient pas. 

On peut décider que les femmes sont inférieures, c'est une décision qu'on peut prendre, c'est une décision raciste…

Je suis complètement féministe. Je le dis avec beaucoup de sérieux. Je n'aime pas qu'on en sourit. Je pense que c'est très important et très grave. C'est très difficile d'être féministe. On est très attaquée quand on est féministe. On se moque de vous, on ne vous prend pas au sérieux, on vous dit hystérique. 

Ce ne sont pas les féministes qui sont hystériques, ce sont les gens contre le féminisme qui sont hystériques et c'est contre ça que nous avons à lutter

C'en est arrivé à ce qu'on respecte et qu'on ne soit pas, au contraire, considérées, nous, comme des folles. C'est des gens qui ne veulent pas nous considérer comme des êtres égaux qui sont eux fous. 

J'ai les mains qui tremblent. Je ne suis pas à mon aise parce que j'ai trop à dire, il y a un trop plein. Beaucoup de femmes ont ce trop plein en elles. C'est justement cela qui prouve que leur vie n'est pas ce qu'elles devraient être. Je crois que c'est très important à dire parce que je le ressens moi-même, là en ce moment et je trouve qu'en tant que femme, je voudrais qu'on sache que j'en suis consciente et que je sais que beaucoup de femmes partagent ça avec moi".

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