La cinéaste Agnès Varda est morte à l'âge de 90 ans, des suites d'un cancer. C'était l'une des rares figures féminines de la Nouvelle vague. Retour en images sur le parcours maintes fois récompensé de la réalisatrice et artiste originale et espiègle.

Réalisatrice, Agnès Varda était aussi photographe et plasticienne. Ici en 2013, au Los Angeles County Museum of Art, dans une structure qu'elle a utilisé dans certaines de ses installations sculpturales.
Réalisatrice, Agnès Varda était aussi photographe et plasticienne. Ici en 2013, au Los Angeles County Museum of Art, dans une structure qu'elle a utilisé dans certaines de ses installations sculpturales. © Getty / Gary Friedman

À 90 ans, la cinéaste Agnès Varda est décédée dans la nuit du jeudi 28 mars. La Pointe Courte, Cléo de 5 à 7, Le Bonheur, Sans Toit ni Loi... Elle a soufflé sur le cinéma un vent de liberté, devenant la figure féminine de la Nouvelle Vague derrière la caméra. Histoire illustrée de l'artiste qui n'a jamais cessé d'aimer et de créer dans la spontanéité.

Varda et Demy, un amour de cinéma

Au Festival de Cannes de 1962, Jacques Demy est aux côtés d'Agnès Varda pour son film Cléo de 5 à 7.
Au Festival de Cannes de 1962, Jacques Demy est aux côtés d'Agnès Varda pour son film Cléo de 5 à 7. © Getty / Reporters associés

Leurs regards se sont croisés pour la première fois à la gare de Tours, alors qu'ils se rendaient au Festival du court métrage, en 1958. Trois ans plus tard, en 1962, ils célébraient leur mariage. Ensemble, ils étaient parents de deux enfants, Mathieu et Rosalie. Après la mort de son mari, Agnès Varda a rendu hommage dans plusieurs courts-métrages au réalisateur des Demoiselles de Rochefort et de Peau d'âne.

En 1965, Le Bonheur subversif

Accompagnés des acteurs Claire et Jean-Claude Drouot, Agnès Varda et Jacques Demy (à droite) sont à la première du film Le Bonheur, en février 1965, à Paris.
Accompagnés des acteurs Claire et Jean-Claude Drouot, Agnès Varda et Jacques Demy (à droite) sont à la première du film Le Bonheur, en février 1965, à Paris. © Getty / Reporters associés

Pour son film, Le Bonheur, Agnès Varda a obtienu L'Ours d'argent à Berlin. Mais cela n'a pas empêché son film d'être interdit au public de moins de 18 ans. La révolution sexuelle n'a pas encore eu lieu qu'elle y met en scène un héros amoureux de deux femmes. "Quatre ans avant 1968, on ne pouvait pas parler de ce que la société restrictive appelle adultère", se souvient la réalisatrice lors de la sortie de la version restaurée du film en 2015.

Agnès Varda, l'Américaine

Agnès Varda et Isabelle Huppert à la discothèque Studio 54 à New York en 1977
Agnès Varda et Isabelle Huppert à la discothèque Studio 54 à New York en 1977 © Getty / Caterine Milinaire/Sygma

En 1977, le club new-yorkais Studio 54 est un repère de stars, si sélect que Frank Sinatra et Warren Beatty ont pu être refoulés à l'entrée. Dans cet ancien théâtre, où se déroulaient de folles soirées sur des rythmes disco, Agnès Varda est ici aux côtés d'Isabelle Huppert. Mais c'est en Californie qu'Agnès Varda a trouvé l'inspiration. Installée à Los Angeles dès 1965, elle y a tourné 6 films.

En 1985, le gros succès de Sans toit ni loi

Agnès Varda sur le tournage de Sans toit ni loi, avec son actrice principale, Sandrine Bonnaire, en janvier 1985.
Agnès Varda sur le tournage de Sans toit ni loi, avec son actrice principale, Sandrine Bonnaire, en janvier 1985. © Getty / Micheline Pelletier

Tourné à l'hiver 1984 dans le Languedoc-Roussillon, c'est le plus gros succès d'Agnès Varda au box-office, entre documentaire et fiction. Sans toit ni loi a reçu le Lion d'or à la Mostra de Venise en 1985, et Sandrine Bonnaire le César de la meilleure actrice l'année suivante pour son rôle de la vagabonde Mona.

Féministe "révoltée et radicale"

Au 71ème Festival de Cannes, Agnès Varda a monté les marches avec 82 autres actrices et productrices de cinéma pour réclamer l'"égalité salariale".
Au 71ème Festival de Cannes, Agnès Varda a monté les marches avec 82 autres actrices et productrices de cinéma pour réclamer l'"égalité salariale". © Getty / Andreas Rentz

Jusqu'aux dernière années de sa vie, elle s’est engagée pour les droits des femmes, comme ici à Cannes, où elle avait plaidé pour l'"égalité salariale" dans le cinéma. Elle s'est engagée à travers ses films, avec L’une chante, l’autre pas, sorti en 1977. Mais aussi en se mobilisant, puisqu'en 1977, elle est l’une des signataires du Manifeste des 343 demandant la légalisation de l’avortement.

Si on m’ouvrait moi, on trouverait des plages.

En 2008, dans Les Plages d'Agnès, la réalisatrice revenait sur les plages qui ont marqué sa vie.
En 2008, dans Les Plages d'Agnès, la réalisatrice revenait sur les plages qui ont marqué sa vie. © Getty / Alessandra Benedetti

"Si on ouvrait des gens, on y trouverait des paysages. _Si on m’ouvrait moi, on trouverait des plages_", disait Agnès Varda dans la première partie de son film autobiographique Les Plages d'Agnès, en 2008. Le film a été tourné à Sète, dans l'Hérault, ville de son adolescence. Elle y est arrivée en 1940, fuyant la Belgique bombardée.

Derrière l'objectif... de l'appareil photo

Agnès Varda n'aimait pas seulement filmer, elle se plaisait aussi à figer les images. Ses photos ont été plusieurs fois exposées. Celle-ci par exemple, était au musée d'Ixelles en Belgique, ville de sa naissance. Dès 1954, elle photographiait la vie de son quartier dans la rue Daguerre, à Paris. En 2015, des photos qu'elle avait prises en 1962 et 1963, lors d'un voyage à Cuba, sont exposées au Centre Pompidou.

Avec l'artiste JR, un duo insolite

Avec le street-artiste JR, Agnès Varda a réalisé le documentaire Visages, villages, nommé aux Césars.
Avec le street-artiste JR, Agnès Varda a réalisé le documentaire Visages, villages, nommé aux Césars. © Getty / Amanda Edwards

55 ans d'écart, une amitié tendre et décalée entre le street-artiste aux lunettes noires et la cinéaste iconique aux cheveux violets. En 2015, JR et Agnès Varda ont parcouru les routes de France pendant deux ans, à bord d’un camion photomaton, au gré de leurs rencontres. Ils racontent leur road-trip dans Visages, villages, nommé aux Césars dans la catégorie meilleur documentaire, en 2018.

Une pluie de récompenses

Tout au long de sa carrière, Agnès Varda a reçu de nombreuses récompenses : prix, Césars, palme.... "J'ai l'oscar dans les chaussettes mais pas le moral", annonce-t-elle, alors qu'elle vient de devenir la première femme-réalisatrice a avoir obtenu un Oscar d'honneur pour l'ensemble de son oeuvre. C'était à 2017,  à l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences elle avait 89 ans.

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