Pour la première fois le prix Alice Guy est décerné. C'est la cinéaste algérienne Lidia Terki qui le reçoit pour son film "Paris La Blanche". L’ambition du Prix Alice Guy est de pallier l'absence de réalisatrices aux palmarès des grandes récompenses décernées dans le monde du cinéma.

Extrait du film primé, "Paris La Blanche" de Lidia Terki
Extrait du film primé, "Paris La Blanche" de Lidia Terki © AFP / Day for night productions / Collection ChristopheL

Le Prix Alice Guy récompense le meilleur film français ou francophone réalisé par une femme et sorti dans les salles françaises en 2017.

Créer un prix Alice Guy, c’est en premier lieu remettre à sa place la première femme cinéaste au monde. Française, née en 1873, émigrée aux Etats-Unis, elle a été directrice générale des productions Gaumont. A New York elle a fondé son propre studio pour tourner de très nombreux films, dont elle a dû laisser les bobines quand elle est revenue en France. Aucune exposition « grand public » ne lui a jamais été consacrée. Récemment la Bibliothèque Nationale de France a récompensé un travail de recherche à son sujet, puis elle a fait l'objet d'une mise en avant lors des journées du Matrimoine par le collectif H/F Ile-de-France. C'est enfin l'association Cinewoman, en partenariat avec H/F,  qui la remet au goût du jour en donnant son nom à ce prix. 

Un siècle après Alice Guy, la place des femmes dans le cinéma est toujours trop petite, et leur travail comme le sien, toujours aussi mal reconnu. "En 42 éditions, une seule femme a reçu le César du meilleur réalisateur et seulement quatre films de réalisatrice celui du meilleur film. Il est grand temps de reconnaître et de valoriser aussi le talent des femmes" selon Véronique Le Bris, créatrice du Prix Alice Guy et fondatrice et rédactrice en chef de cine-woman.fr

Un plan d’action a été signé le 18 mai 2016 par le ministère de la Culture et les organisations représentatives pour le développement d’emplois de qualité dans le spectacle vivant, l’audiovisuel et le cinéma. Le secteur du cinéma est investi par les femmes, mais elles décrochent rapidement : sur la période 2006-2015, la part des premiers films est plus importante parmi les films réalisés par des femmes (42 %) que parmi ceux réalisés par des hommes (32 %). Les troisièmes films ou plus réalisés par des femmes sont aussi en progression et cela confirme la consolidation des carrières des réalisatrices.

Les aides et la diffusion des films de réalisatrices sont bien inférieures par rapport aux films de réalisateurs
Les aides et la diffusion des films de réalisatrices sont bien inférieures par rapport aux films de réalisateurs © Radio France / CS

Les femmes seraient-elles donc moins talentueuses ?

Ce constat positif ne doit pas masquer qu'il est plus difficile pour une femme de faire financer son travail par le CNC et plus difficile de le faire diffuser. Les études du Haut Conseil à l'égalité entre femmes et hommes montrent que les budgets d’aide à la création sont plus faibles pour les femmes : en 2015 le budget moyen d’un long métrage réalisé par une femme est de 3,5 millions d’euros, contre 4,7 millions d’euros pour ceux signés par des hommes

Parmi les films ayant reçu l’agrément du CNC en 2015, 21 % seulement étaient l’œuvre d’une réalisatrice. D’après le CNC, entre 2011 et 2015, 22 % des films français auront été réalisés ou co-réalisés par des femmes. Selon le CSA, moins de 10 % de films de cinéma réalisés par des femmes ont été programmés en 2011 et 2012.

Des films moins récompensés : depuis la création du festival il y a 70 ans, seule Jane Campion a remporté la Palme d’Or en 1993, et elle a dû la partager avec un réalisateur. En 2017, si le jury était quasiment paritaire, seules 3 femmes sur 19 faisaient partie de la sélection officielle. Depuis 2010, la cérémonie des Césars du cinéma a sélectionné pour la catégorie « meilleur film » 4 films réalisés par une femme sur 50, et aucun n’a été primé. Dans la catégorie « meilleure réalisateur.rice », 7 films sur 45 sélectionnés étaient réalisés par une femme. Aucun n’a été primé. 

Représentation des femmes dans le monde du cinéma
Représentation des femmes dans le monde du cinéma / HCE

Les personnages féminins dans les films toujours peu valorisés

Au cinéma les femmes parlent peu. 

La première étude internationale de l’ONUFemmes a été faite en 2014. Elle a été menée sur 120 films populaires dans 10 pays du monde entier, dont la France. À l’échelle internationale, seulement 1/3 des personnages qui prennent la parole sont de sexe féminin. En France, dans cette étude, aucune femme ne tient le premier rôle. 

Au-delà de 40 ans, les personnages féminins se raréfient. Dans Bienvenue chez les Ch’tis, Intouchables et Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?, les rôles principaux reviennent à des hommes et les rôles de femmes "sont soit inexistants soit négatifs dans le sens où ce sont elles qui sont la cause des problèmes", relève l’étude. 

Les spectateurs n’aimeraient-ils donc pas voir les femmes en tête d’affiche et moteur d’histoires ? 

Selon l’étude d’ONU-Femmes de 2014, seules 17 % des femmes présentes à l’écran ont un travail, contre 67 % dans la vie réelle. Et les analyses menées par différents groupes d’expertes ou de chercheures en viennent à poser la question de la complaisance des téléspectateurs pour les scénarios mettant en avant viols et soumission des femmes. 

La reconnaissance des femmes artistes est inversement proportionnelle à leur nombre dans les rangs des écoles
La reconnaissance des femmes artistes est inversement proportionnelle à leur nombre dans les rangs des écoles / HCE
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