Ce week-end, le festival d’Annecy s'achève. Le plus grand rendez-vous français consacré au cinéma d'animation a lancé cette année une compétition spécifique consacrée aux films en réalité virtuelle. Avant cette innovation, en plus d'un siècle, de nombreux progrès techniques ont tout changé dans l'animation.

"Qui veut la peau de Roger Rabbit" est le premier long-métrage à mêler ainsi dessin animé et prises de vues réelles
"Qui veut la peau de Roger Rabbit" est le premier long-métrage à mêler ainsi dessin animé et prises de vues réelles © Maxppp / American Pictorial

"Gloomy Eyes", "The Lost Botanist" ou "Nothing to be written" : au sein de l'édition 2019 au Festival d'Annecy, une catégorie spécifique accueille les films proposés dans un nouveau format : la réalité virtuelle, ou VR. Neuf films sont en compétition dans cette catégorie. Avec la mise en place de cette nouvelle compétition, la réalité virtuelle trouve ses lettres de noblesse dans le milieu de monde de l'animation... comme l'ont fait, précédemment, l'animation par ordinateur ou en images de synthèse. Et depuis les débuts du dessin animé, les innovations ont fait progresser ce domaine.

1892 : Les Pantomimes lumineuses du Théâtre optique

À cette époque, le cinéma n'est pas encore né... et pourtant, l'animation existe déjà. Grâce à son procédé de "théâtre optique", le photographe et dessinateur Charles-Emile Reynaud parvient à projeter des séquences animées. Le système fonctionne comme le praxinoscope, cet objet tournant doté d'un miroir qui, quand on le fait tourner très vite, permet à des images de s'animer. Mais il est beaucoup plus grand : il permet de projeter des animations de plusieurs minutes. Seul souci : chaque image est peinte à la main, et donc chaque film est quasi impossible à reproduire. C'est au musée Grévin, à Paris, que ces "films" ont connu le succès. 

1906 : "Humourous Phrases of Funny Faces" 

Ce dessin animé de James Stuart Blackton, sorti en 1906, est le tout premier dessin animé sur pellicule - et donc facile à reproduire. Il représente tout simplement des visages qui s'animent, non identifiés et sans aucune histoire. Le dispositif est simple, les personnages sont tracés en blanc à la craie sur fond noir. 

Deux ans plus tard, le dessinateur français Emile Cohl est le premier à aller au-delà de l'innovation technique pour raconter une histoire avec ce même procédé. "Fantasmagorie" est son premier film, et il introduit un petit bonhomme nommé Fantoche. 

1914 : Winsor McCay invente le premier personnage, Gertie le dinosaure 

En 1914, le dessinateur Winsor McCay présente son dessin animé "Gertie le dinosaure". Pour la première fois, le personnage est caractérisé : ce dinosaure est souriant et dodelinant, et donc très souvent vu comme le premier personnage caractérisé du cinéma d'animation. Il est également le premier film dans lequel le dessinateur, pour simuler le fait qu'il "entre" dans l'écran, se représente lui-même. Par la suite, il a dit regretter que l’animation soit devenue une industrie et non plus un art expérimental.

Si Gertie est le premier personnage au sens propre, la première star du domaine est un chat noir connu sous le nom de Félix le Chat, qui occupera le devant de la scène (et de l'écran) jusqu'à la fin des années 20.

1917 : "El Apostol" de Quirino Cristiani 

On lit souvent que "Blanche Neige et les Sept Nains" est le tout premier long-métrage d'animation de l'histoire. C'est faux : c'est en Argentine que sont nés les premiers longs métrages d'animation, avec les productions du caricaturiste Quirino Cristiani. Très politique, "El Apostol" est une satire impliquant le président argentin de l'époque. Seulement, le film est produit en une seule copie... qui disparaît dans un incendie en 1926. Il ne reste aujourd'hui aucune trace de ce film, mais on peut avoir une idée du travail de Quirino Cristiani avec ses autres films. 

1923 : Max Fleischer et "Out of the Inkwell" font sortir le dessin animé dans la vraie vie 

Les studios Max Fleisher, qui seront ensuite connus pour lancer le personnage de Betty Boop, innovent avec une série de dessins animés dans lequel le décor n'est pas dessiné... mais une prise de vue réelle. Des décennies avant "Mary Poppins" chez Disney, réalité et imagination s'entrecroisent déjà. 

1928 : "Steamboat Willie"

Ce court-métrage des studios Disney est révolutionnaire à deux niveaux : il est le tout premier film d'animation sonore, où la piste musicale est synchronisée avec le film. Pour la première fois à l'écran, on voit des personnages siffler, crier, grogner. Et le personnage principal du film, une petite souris aux grandes oreilles, est un certain... Mickey Mouse. Quatre-vingt dix ans plus tard, il est le personnage le plus connu du monde de l'animation et de la bande dessinée. 

1937 : "Blanche Neige et les Sept Nains"

Certes, Blanche Neige n'est pas le premier long-métrage d'animation. Ce n'est pas non plus le premier dessin animé sonore, ni le premier en couleur... mais il est le premier à mettre toutes ces technologies dans un seul et même film. Le développement du film prend quatre ans et coûte plus d'un million de dollars aux studios de Walt Disney, qui frôlent la faillite. Mais le long-métrage est un immense succès : il attire 20 millions de spectateurs à sa sortie - et a été vu par 200 millions de spectateurs en salles dans le monde entier.

1986 : "Basil, détective privé"

Pourquoi un film des studios Disney, sans succès particulier, figure-t-il dans cette sélection de films particulièrement novateurs ? Pour cela, il faut regarder en particulier cette scène qui se déroule dans les rouages de Big Ben, à Londres. Dans les années 80, et dans la foulée de Tron, Disney développe l'animation par ordinateur et la distille dans ses films. Cette spectaculaire scène de course-poursuite est l'une des plus emblématiques de cette période.

1988 : "Qui veut la peau de Roger Rabbit ?" 

Si mélanger des personnages animés et des acteurs réels n'est pas nouveau, là encore, les studios Disney poussent le concept à l'extrême avec ce long-métrage en prises de vue réelles dans lequel des "toons" sont intégrés à l'action. Le tournage prend sept mois et est extrêmement difficile pour les comédiens, qui doivent donner la réplique à des personnages totalement absents. Il faut ensuite plus d'un an de post-production pour intégrer Roger Rabbit et les autres personnages fictifs à la pellicule. Le budget de ce film est de 70 millions de dollars... soit près de 70 fois plus que Blanche Neige.

1995 : "Toy Story"

On n'avait pas vu si étonnant à l'écran depuis des dizaines d'années : en 1995, les studios Pixar, sous la houlette de (là encore) Disney, proposent un long métrage entièrement en images de synthèse. Toy Story est le premier film de ce genre et inaugure une longue série de succès au cinéma. Et surtout, depuis, le monde de l'animation a presque totalement abandonné les dessins animés traditionnels au profit de ces créations.  

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