L'Edito du festival

Massimadi - Le festival des films et documentaires LGBT d’Afrique et de ses diasporas

Ce festival est né de l’envie de quelques personnes de parler, au travers de films et de documentaires, de l’homosexualité en Afrique et dans les diasporas africaines, anciennes et récentes (Caraïbes, Etats-Unis, Europe). Il s’agit de parler des manières dont se vivent les homosexualités féminines et masculines des africain.es et des noir.es quel que soit leur pays de résidence. Les questions des identités et de l’intersection de l’origine, du genre, de la classe et de l’orientation sexuelle sont au coeur de ce festival.

La réalité de l’homosexualité en Afrique ou chez les africain.es de la diaspora est aussi ancienne que dans les autres parties du monde. Par contre, la visibilisation des personnes homosexuelles et le débat public autour de cette « question » sont quant à eux plus récents dans les communautés noires. Cette visibilisation est en partie le fait de la volonté de gays et de lesbiennes qui veulent pouvoir vivre « au grand jour » cette partie d’eux- ou d’elles-mêmes. D’autres acteurs de la société (organes de presse, autorités religieuses, monde politique) participent aussi à la visibilisation de l’homosexualité mais rarement à des fins bienveillantes. Au contraire, l’homosexualité est souvent stigmatisée ou instrumentalisée à d’autres fins. Mais en Afrique, la particularité de cette visibilisation est de se faire dans des pays où les pratiques homosexuelles sont souvent légalement réprimées et le sujet grandement tabou.

Mais ce festival ne veut pas se limiter à montrer des films traitant uniquement de l’homosexualité sous l’angle des discriminations et stigmatisations que subissent les personnes noires homosexuels-les et contre lesquelles ils et elles se battent. Cette réalité n’est pas un phénomène propre à ce continent, ni l’unique réalité des homosexualités en Afrique. Nous voulons parler d’homosexualité en Afrique sous l’angle tant sexuel qu’affectif et amoureux.

En Europe, on a aussi souvent tendance à observer la visibilisation de l’homosexualité en Afrique et au sein des communautés noires de la diaspora dans une perspective occidentale fondée notamment sous l’angle de l’affirmation d’une identité LGBT, notamment par des Gay & Lesbian Prides, des Coming Outs ou des revendication d’égalité de droits. Or, toutes les personnes concernées ne se reconnaissent pas toujours dans cette perspective ou dans ces moyens d’affirmer leur orientation sexuelle. C’est pourquoi nous avons choisi des films qui abordent “de l’intérieur” les questions d’orientations sexuelles dans les communautés noires et non des films sur l’homosexualité en Afrique ou dans les communautés noires.

La migration ne permet pas à tout le monde de vivre plus librement son orientation sexuelle. D’une part, parce que le tabou de l’homosexualité reste très présent au sein des communautés de la diaspora et d’autre part, parce que les communautés homosexuelles des pays d’accueil ne sont pas toujours ouvertes aux migrants.es ou parce que les migrant.es ne s’y reconnaissent pas toujours. Nous espérons que le Festival pourra contribuer à la compréhension des trajectoires des personnes qui arrivent ici ou là et inciter à la rencontre.

Parler d’homosexualité en Afrique ne peut se faire sans aborder la question de la forte séroprévalence du VIH/SIDA au sein du groupe des « hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes ». Ces derniers sont toujours oubliés par les campagnes de prévention, contribuant ainsi non seulement à la propagation de l’épidémie et au renforcement du tabou et de la stigmatisation de l’homosexualité. Les femmes en sont également victimes puisque, lesbiennes ou hétérosexuelles, elles sont encore souvent victimes de violences sexuelles les exposant au VIH/SIDA, de même que les femmes mariées à des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes.

Si l’homosexualité masculine commence à être visibilisée en Afrique, l’homosexualité féminine est, quant à elle, absente de la scène publique, invisible, muette. Lorsque la question est rendue publique, c’est souvent au travers de viols correctifs ou punitifs soit disant destinés à « corriger les déviances sexuelles » des femmes homosexuelles ou supposées telles. Le fait que certains pays condamnent uniquement l’homosexualité masculine est révélateur de la non-considération d’une sexualité propre aux femmes et donc, non soumise à une domination masculine. Le festival voudrait contribuer à donner une visibilité plus grande aux homosexualités féminines au sein des communautés d’Afrique et leurs diasporas.

C’est donc un festival pour réfléchir à ces questions mais aussi pour se divertir et se rencontrer que nous vous proposons les 9, 10, et 11 Mai 2013 à Bruxelles !

Mots-clés :
Articles liés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.