Festival sur les frontières
Festival sur les frontières © Radio France

Sur les frontières est un festival largement ouvert à toutes les disciplines artistiques, qui se veut un temps privilégié de dialogue, de réflexion et de rencontres ; un espace particulier où les propositions de créateurs venus d’horizons différents se confrontent, se « frottent », se répondent ou s’interrogent mutuellement. Sur les frontières se tournera chaque année vers un thème différent, défini au gré des découvertes, des désirs et des lignes de force à l’oeuvre dans le spectacle vivant. Au moment de présenter cette première édition, le Sud et l’Est du bassin méditerranéen résonnent encore des cris et des batailles qui ont permis ce qu’il est convenu d’appeler désormais « le printemps arabe ». Bien avant ces événements, et a fortiori depuis ceuxci, les artistes ont traduit, dans leur discours et leur création, la force, l’imaginaire et la fascination qu’inspirent ces territoires – et ces peuples – où nos racines communes (culturelles, historiques, religieuses…) se mêlent, se croisent et dialoguent. Ils sont, dans la course de l’histoire, des acteurs indispensables, porteurs d’un discours sensible et ouvert, parfois dur, douloureux, généreux toujours. C’est à ces hommes et ces femmes, créant dans leur pays d’origine ou artistes de la diaspora, que nous avons voulu ouvrir les scènes du Théâtre National de Chaillot pour quinze jours d’un festival d’une rare intensité. Quinze jours à vivre avec tous vos sens !

Quelques rendez-vous

Hafiz Dhaou et Aïcha M’Barek - Kharbga-jeux de pouvoir
Hafiz Dhaou et Aïcha M’Barek - Kharbga-jeux de pouvoir © Jef-Rabillon

Danse - Hafiz Dhaou et Aïcha M’Barek - Kharbga-jeux de pouvoirles 16 et 17 avril à 19h - Salle Gémier Au Maghreb, le kharbga, variante du jeu de go ou de dames, se pratique traditionnellement à même le sol. D’où l’amas de gravats et de cailloux sur lequel évoluent les six interprètes de cette pièce aux échos d’outre-Méditerranée. Non qu’il y soit directement question de la Tunisie, pays d’origine d’Hafiz Dhaou et Aïcha M’Barek, fondateurs de la compagnie CHATHA. Mais comment ne pas voir, dans ce paysage scénique aride sans cesse bouleversé par les déambulations des danseurs, la métaphore d’un monde arabe en plein devenir, confronté à tous les enjeux ? Et dans les défis successifs que se lancent les danseurs, à eux-mêmes et entre eux, le pendant chorégraphique des jeux de pouvoir liés aux révolutions en cours ? La scène devient ainsi le lieu mouvant de tous les possibles et l’espace privilégié d’une libération instinctive, presque viscérale, des corps. À ce mouvement que rien n’arrête, la présence différente du comédien nonvoyant Melchior Derouet apporte comme une gravité prophétique qui questionne l’avenir.Isabelle Calabre

Silent Warriors
Silent Warriors © Carl-Staaf

Danse - Silent Warriorsles 25 et 27 avril a 19h. Samedi 27 avril à 17h - Salle Gémier Nouvelle preuve de l’effervescence chorégraphique actuelle de la scène en Israël, Silent Warriors est un projet initié par une femme, Naomi Perlov, et chorégraphié par trois hommes, Roy Assaf, Michael Getman et Léo Lérus. Tous trois, accompagnés sur le plateau par le danseur Eldad Ben Sasson, devront nourrir le propos comme des « reporters qui se glissent dans la mémoire et racontent, à leur façon, une situation de guerre, du siècle dernier à aujourd’hui ». Silent Warriors aura pour arme la danse, bien sûr. Roy Assaf, danseur virtuose pour Emanuel Gat, est également chorégraphe. Michael Getman, qui a dansé avec Amanda Miller en Allemagne, est devenu un des espoirs de la danse dans son pays. Léo Lérus, le Français de l’aventure, a dansé des pièces de Wayne McGregor ou Ohad Naharin et voyage beaucoup, d’Israël à la Norvège. En les réunissant, Naomi Perlov fait de Silent Warriors un spectacle engagé qui parle de la vie plus que de la guerre. Mais au-delà des corps, ces guerriers silencieux montrent un monde en mutation. Le nôtre. Dans le sillage de ce trio d'as, le public est en terrain conquis.Philippe Noisette

Derviches tourneurs
Derviches tourneurs © Håkan-Sjölander

Danse / musique - Derviches tourneurs

Vendredi 26 avril 22h, samedi 27 avril 15h et 21h30 au Grand Foyer Souvent, la découverte de la cérémonie des derviches, en Turquie ou ailleurs, se résume à une version tronquée, formatée pour un public de touristes. Pourtant, il n’y a rien de plus envoûtant que la vision de ces «hommes-toupie». Le rituel complet, comme on peut le découvrir dans certains monastères non loin d’Istanbul, se compose d’une introduction musicale qui conduit doucement vers la transe avant la danse des derviches, appelée samä. Tout en tournant sur luimême, le « danseur » ouvre la paume de la main droite vers le ciel pour recueillir la grâce d’Allah et tourne la main gauche vers la terre pour l’y répandre. À l’origine de la danse des derviches, il y a leur appartenance à l’ordre musulman soufi Mevlevi fondé au XIIIe siècle à l’époque de l’Empire ottoman. Déclarée un temps hors-la-loi, cette tradition fut légalisée en 1950 en Turquie. Depuis, on en a vu l’influence chez nombre de créateurs contemporains fascinés par la répétition des mouvements circulaires et la beauté des chants. Ces représentations à Chaillot – miroirs inversés du solo d’Ali Moini My Paradoxal Knives –, sont une invite à regarder ailleurs, les sens en éveil.Philippe Noisette

Batsheva Dance Company - Deca Dance
Batsheva Dance Company - Deca Dance © Radio France

Danse - Batsheva Dance Company - Deca DanceSamedi 27 avril 19h. Dimanche 28 avril 15h30 - Salle Jean Vilar Pour qui n’a jamais vu la Batsheva Dance Company, rarement présente à Paris, Deca Danse s’impose comme une évidence. Imaginé pour la première fois en 2000, ce programme célébrait alors les dix ans de création d’Ohad Naharin au sein de la compagnie en offrant un saisissant collage d’extraits de son répertoire. Régulièrement recomposée et enrichie depuis, la pièce est aujourd’hui l’occasion, pour le chorégraphe israélien, de montrer la variété de son inspiration – du mouvement le plus démonstratif à l’expression très intime –, mais aussi de questionner les lignes de force de son travail. Plus qu’un ensemble de morceaux choisis, il s’agit donc d’une véritable re-création dont le répertoire fournit la matière sans cesse revisitée. Énergique et sensuelle, toujours sur le fil tendu des émotions qu’il s’agisse de celles du corps ou de celles de l’âme, la danse devient son propre théâtre. Pour le plus grand bonheur du spectateur, emporté dans un tourbillon de gestes, de sons et d’images inoubliables servi par une troupe à son meilleur.Isabelle CalabreThéâtre - Mani Soleymanlou - Un

Mani Soleymanlou - Un
Mani Soleymanlou - Un © Radio France

les 24 et 26 avril à 19h - Studio / Première en France L’exil vécu comme une déchirure. Quitter son pays est une chose. Mais, avec le temps, l’affaire se complique quand on découvre peu à peu le décalage entre ce qu’on est devenu et ceux qui continuent à vivre au pays. Voilà précisément le genre de sentiments auxquels est confronté le héros de Un, pièce du dramaturge et comédien iranien Mani Soleymanlou. L’auteur ne s’en cache pas, il s’agit bel et bien d’un monologue autobiographique. Né en Iran, Mani Soleymanlou vit actuellement à Montréal après être passé par Paris, Toronto et Ottawa. En s’interrogeant sur ses origines, il prend conscience qu’un gouffre le sépare des jeunes Iraniens et Iraniennes qui se battent et manifestent au péril de leur vie pour conquérir la liberté. Partager une langue, une tradition, des origines communes ne suffit pas. Pour celui qui vit au Québec, dans un pays où le pouvoir n’est pas aux mains des religieux, la réalité de ses frères et soeurs semble infiniment éloignée. Alors il s’interroge. Est-il toujours un Iranien ? Que veut dire « être quelque chose » ?Que veut dire « venir de quelque part » ? Qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes ? Un spectacle sur l’identité et la mémoire, sur l’oubli et la perte de soi. Un spectacle qui est aussi une comédie.Hugues Le Tanneur

Film - Jacqueline Caux - Si je te garde dans mes cheveux23 avril 2013, 20h30 - Salle Gémier / Création mondiale Si je te garde dans mes cheveux. Compte tenu du rôle actif des femmes dans les révoltes des « printemps arabes », il m’a semblé urgent de parler de ces artistes, dispensatrices de richesses d’intelligence, de sensibilité et de délicatesse et qui revendiquent leur liberté d’artistes et de femmes. J’ai choisi dans ce film de privilégier les femmes indociles de la musique arabe.Rebelles, celles que nous allons évoquer l’ont été assurément, en tout cas par rapport aux diktats érigés par une religion peu encline à les aider dans leur désir d’affirmation. Dieu ou Allah savent la dose de courage, de volonté et de résistance qui leur a été, et qui leur est encore nécessaire pour faire triompher leur parole, leur féminité, leur talent, leur art !Jacqueline Caux Un concert de la chanteuse syrienne Waed Bouhassoun est prévu à l’issue de la projection de Si je te garde dans mes cheveux.

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