Les Chorégies d'Orange, festival d'opéra le plus populaire est-il en train de vivre ses dernières heures, faute d'argent ?

"Nabucco" donné dans le Théâtre Antique d'Orange en 2014
"Nabucco" donné dans le Théâtre Antique d'Orange en 2014 © AFP / DAN SHANNON

Comme tous les festivals il est tiraillé entre argent public et privé. Subventionné à hauteur de 900 000 euros seulement (contre 8,5 millions pour le festival d'Aix-en-Provence), il se voit aujourd'hui refuser un prêt bancaire de la Société Générale pour éponger un déficit d'1,5 millions d'euros. Le festival a dû faire face à une baisse de fréquentation et à une saison ratée, avant de recommencer à se reprendre.

Les Chorégies d'Orange sont fragiles depuis plusieurs années. Elles sont autofinancées à plus de 80%, ce qui est rarissime pour un festival classique.

Une situation emblématique de la difficulté pour les festivals d'équilibrer leur budget.Ils doivent faire face aux surcoûts des mesures de sécurité, à la baisse des aides publiques, à la baisse du pouvoir d'achat des spectateurs.

Il y en a environ 1800 en France, qui connaissent des fortunes diverses, et qui tous tirent le diable par la queue. Actuellement le paysage est en train de se modifier, en raison de l'arrivée d'opérateurs-mastodontes qui pourraient changer la donne.

Les banques et les grandes entreprises au premier rang du mécénat

Traditionnellement, les grandes entreprises ou les banques comme HSBC, BNP, Crédit Mutuel, Crédit Lyonnais, Caisse d'Epargne ont depuis longtemps engagé des politiques de mécénat dans divers domaines, mais ce mécénat, toutes entreprises confondues, ne concerne la culture et le patrimoine que pour 13 % (contre 38 % pour le social ). 16 % des entreprises mécènes ne savent pas de quoi sera fait leur investissement dans les deux ans qui viennent, même si elles y mettent un fort enjeu de communication et visibilité.

Sur les scènes musicales sont arrivés depuis quelques années des opérateurs dont la stratégie est plus agressive. Vivendi, Venteprivee.com, la FNAC, Fimalac, Lagardère Live Entertainment, et des étrangers comme Live Nation et AEG sont venus créer une concurrence certaine parmi les festivals tels les Vieilles Charrues ou Rock-en-Seine. Avec des moyens privés importants, ils n'ont pas hésité à faire monter les cachets des artistes pour obtenir les affiches les plus attrayantes.

La surenchère en terrain difficile

Il est reconnu que ces manifestations culturelles drainent derrière elle une activité économique enviable pour les hôteliers et restaurateurs. Un euro investi peut en rapporter quatre, et le fonctionnement des festivals à l'année génèrent par ailleurs des emplois. Certains en appellent donc à la raison publique, estimant que les festivals indépendants subventionnés doivent assurer une diversité et permettre à un large public d’accéder à la culture.

Or les nouveaux venus dans ce domaine n'hésitent pas aussi à mener une politique de prix forts sur la billetterie, voire "assèchent le marché pour revendre les places plus cher et même si c'est interdit en France, cela impacte l'Hexagone par ricochet", explique Jules Frutos, patron d'Alias Productions, associé du festival Musilac.

Jack Lang sur France Inter regrettait que certains de ces opérateurs bénéficient aussi de subventions publiques et fassent travailler des bénévoles.

Mais face à la raréfaction de l'argent public, on ne voit pas comment désormais les festivals pourraient se passer d'argent venu du secteur privé. C'est même devenu leur seule chance de subsister.

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