Le New York Times annonce la fin des caricatures politiques dans son édition internationale dès juillet prochain. Une décision qui fait suite à la publication d'un dessin jugé antisémite en avril dernier.

Le New York Times arrête les dessins politiques dès juillet
Le New York Times arrête les dessins politiques dès juillet © Getty / Erik McGregor/Pacific Press/LightRocket

Pour le dessinateur Plantu, qui a créé - avec Chapatte - l'association Cartooning For Peace aux cotés de l'ancien Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, pour défendre les dessinateurs de presse, la décision du New York Times d'arrêter de publier les dessins politiques dans son édition internationale dès le mois de juillet est une mauvaise nouvelle pour la démocratie en général et pour le dessin de presse en particulier. 

Le New York Times avait publié en avril le dessin d'un dessinateur portugais qui a créé la polémique. Le journal s'est excusé et a retiré le dessin après des manifestations et un tollé sur les réseaux sociaux.

Manifestation devant le siège du New York Times le 29/04/2019 après un dessin sur Netanyahu : "Le NYT alimente la haine envers les Juifs"
Manifestation devant le siège du New York Times le 29/04/2019 après un dessin sur Netanyahu : "Le NYT alimente la haine envers les Juifs" © Getty / Erik McGregor/Pacific Press/LightRocket

FRANCE INTER : Comment réagissez-vous à l'annonce du New York Times d'arrêter les caricatures ? 

PLANTU : "On a défendu ce dessinateur portugais qui bien sûr n'est pas antisémite, mais qui a été présenté comme tel par les réseaux sociaux. On a été étonnés de voir le New York Times s'aplatir devant les réseaux sociaux, s'excuser deux fois. Ils ont enlevé le dessin. C'est une censure bête. Au moins en Iran c'est une censure à l'ancienne : on va en prison si on a fait ça ou ça. Là c'est pire. Ce sont des petites pétoches qui s'installent dans la tête des rédacteurs en chef... On a défendu un dessinateur israélien, un dessinateur allemand qui ont été virés parce que leurs rédacteurs en chef se sont aplati devant les réseaux sociaux. On se rend compte que les peurs se sont installées dans tous les esprits. S'ils s'aplatissent tous, la liberté des dessinateurs va se réduire (mais ça c'est secondaire), mais c'est la liberté des journalistes, la liberté des citoyens, la liberté d'opinion qui va être mise en pièces."

Pensez-vous que c'est la liberté d'expression qui est remise en cause ? 

"Oui ! maintenant on sent l'inquiétude 'Ah! tu as fait un dessin !'. On sent que les peurs se sont installées dans les esprits, et nos démocraties le paieront très cher. C'est tout juste si on s'inquiète pas du dessin d'un enfant qui rentre de l'école !  On se rend compte que les peurs se sont installées dans les esprits et évidemment nos démocraties le paieront très cher."

C'est comme si le Monde arrêtait les dessins politiques...

"C'est pour cela qu'il y a douze ans, nous avons créé Cartooning for peace, avec Kofi Annan, une association de dessinateurs chrétiens, juifs, musulmans, pour défendre la liberté d'opinion avec l'arrivée des réseaux sociaux. Car les fatwas contre les dessinateurs danois n'ont eu de valeur que parce qu'il y a avait les réseaux sociaux.  Les caricatures dans le journal danois n'auraient pas fait beaucoup de bruit s'il n'y avait pas eu les réseaux sociaux. Il n'y aurait pas eu polémique. Mais maintenant avec la manipulation des images et de l'interprétation des images, nous sommes à la veille d'une disparition de la pensée et de l'opinion. "

Cette auto-censure est donc une catastrophe pour l'avenir de la démocratie ?

"Ce n'est pas un problème de dessinateur. On soutient Chappatte évidemment. Mais c'est un problème de liberté d'opinion tout simplement. On a défendu un dessinateur israélien parce qu'il avait dessiné Netanyahu en cochon. Il a été viré pour antisémitisme ! Les réseaux sociaux gagnent la bataille contre la liberté d'exprimer une opinion simple dans un journal. C'est Kofi Annan qui m'a appris tout ça. Il m'a dit 'attention, la manipulation des images par certains imams du Proche-Orient, du Liban, c'est le début d'une nouvelle bataille'. C'est pour ça qu'il m'a demandé de réunir des dessinateurs de tous horizons, de toutes religions. "

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