À partir de ce lundi, les caricatures politiques sont bannies des éditions internationales du New York Times. Une décision radicale, conséquence du tollé autour d'un dessin de presse jugé antisémite par ses détracteurs. Nous avons contacté celui qui l'a dessiné : il ne regrette rien, et ne cache pas son inquiétude.

Le siège du New York Times en août 2018
Le siège du New York Times en août 2018 © AFP / Daniel Slim

À l'origine, il y a la publication, fin avril 2019, d'un dessin représentant le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou sous forme de chien, tenu en laisse par un Donald Trump aveugle, coiffé d’une kippa. Un dessin dénoncé comme antisémite, et qui a provoqué un tollé dans la communauté juive américaine et au-delà.

La réaction du New York Times ne s'est pas fait attendre : plus aucune caricature politique dans les éditions internationales du journal. Une décision qui inquiète les dessinateurs de presse, mais aussi les défenseurs de la liberté d'expression. Deux mois plus tard, l’auteur de la caricature, le Portugais Antonio Moreira Antunes, ne regrette rien, jure que son dessin n'est pas antisémite, et craint pour l'avenir de la caricature de presse. Il a accepté de répondre à nos questions.

FRANCE INTER : Votre caricature a été jugée antisémite, au sein de la communauté juive et au-delà. Avec le recul, le comprenez-vous ?

ANTONIO MOREIRA ANTUNES : "Mon dessin utilise des symboles qui sont à la fois politiques et religieux. Ce n’est pas ma faute si Israël a choisi de représenter l’Étoile de David sur son drapeau. J'utilise ce symbole dans sa dimension politique, comme représentant l’État d’Israël. Le dessin n'est pas antisémite, il est contre la politique menée par Israël vis-à-vis de la Palestine. Il n’est pas contre les Juifs, il est contre la politique de Benyamin Netanyahou."

Que pensez-vous de la décision du New York Times de bannir les caricatures de ses éditions internationales ?

"Le problème, c'est la force du dessin de presse. Il a des caractéristiques qui sont plus difficiles à contourner qu'un texte. Dans un texte, vous pouvez changer un mot, une phrase. Un dessin est plus difficile à contrôler, et dans ce moment de fondamentalisme politique que l’on vit aux États-Unis, il est très difficile de maintenir le dessin de presse. Or le dessin est indispensable à la liberté d'expression. Je n’imagine pas les journaux sans dessin de presse. Même quand on n'est pas d'accord, même quand on trouve le dessin excessif, la liberté de se moquer et de critiquer doit prévaloir, c'est très important."

Pour vous, le contexte politique aux États-Unis a joué dans la décision du NYT ?

"Mon dessin a été un prétexte, ce n'est pas la cause. La cause, c'est le moment politique aux États-Unis, et la force des réseaux sociaux vis-à-vis de la presse. Les réseaux sociaux sont un terrain sauvage où circulent les fake news, un espace manipulé par des politiciens comme Donald Trump. C’est un danger pour la liberté de la presse et la démocratie.

La vague de protestations contre mon dessin a commencé par un tweet du fils de Donald Trump, qui l’a décrit comme antisémite, horrible. Ensuite, tout le monde a marché dans la même direction. Le New York Times a présenté ses excuses… Et maintenant c’est Trump qui réclame des excuses au prétexte qu’il est personnellement attaqué.

Cette affaire signe une victoire de Donald Trump contre le New York Times, et contre la liberté de la presse.  J’espère que ce virus ne contaminera pas l'Europe, que les attaques contre la liberté d’expression ne seront pas aussi fortes qu'aux États-Unis."

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